La Société Théosophique

Mme Blavatsky et le Colonel Olcott
Mme Blavatsky et Henry Steel Olcott
M. Sinnett est l’ancien éditeur du journal le Pioneer, organe officiel publié aux Indes anglaises. En juin 1881 il fut l’auteur d’un ouvrage intitulé Le Monde Occulte (Occult World ) qui produisit une certaine sensation, en faisant connaître l'existence de la Société Théosophique, fondée par M. le colonel Olcott et Mme Blavatsky.

Le livre de M. Sinnett s'intéresse principalement aux phénomènes extraordinaires, produits en sa présence et devant de nombreux témoins, par Mme Blavatsky, qu'il nous montre comme étant en rapport avec une vaste association de savants occultes, passés maîtres en matières hypnotiques, psychiques et même spirituelles.

 
 

Une société occulte dans les hauts plateaux de l’Inde

D'après M. Sinnett, ces savants ermites, qui n'ont rien de commun avec nos moines ventrus et ignares, et qui vivent dans la région sereine dominant la synthèse où toutes les religions se fusionnent, auraient décidé de faire entrevoir au monde entier leur existence mystérieuse et de laisser tomber sur nos langues enfiévrées par la lutte d'une période critique, quelques gouttes de l’Élixir de vie qui ranime les générations. Ils ont donc cherché à attirer l'attention d'un certain public à une époque où la négation, le scepticisme, l'étude obstinée de la matière dans ses combinaisons banales et ses lois stérilisantes étaient sur le point de produire une réaction en faveur de superstitions pires que les précédentes, ou d'amener un despotisme où les savants remplaceraient la science.

S'ils ont été obligés de descendre jusqu'à la production de faits dans des conditions peut-être bien banales pour des êtres qui sont en somme des demi-dieux, c'est, nous a-t-on dit, parce que pour instruire les enfants, il faut se résigner à jouer un peu avec eux. Aussi le lecteur français ne trouvera-t-il guère dans ce livre que des jeux, parfois enfantins, parfois titanesques, précédés ou suivis de la leçon du maître.

L'existence de cette Fraternité occulte, répandue par le monde, mais ayant ses centres privilégiés d'habitation du côté des hauts plateaux de l'Asie, fera sourire plus d'un lecteur. M. Sinnett prétend avoir les preuves matérielles de l'existence de cette association dont la Société théosophique, fondée par Mme Blavatsky et le colonel Olcott, serait la fille bien-aimée.

Création de la société théosophique

Le 17 novembre 1875, à New York, la Société Théosophique est fondée par Helena Blavatsky.

Cette société poursuit trois buts :
Former une Fraternité Universelle de l'Humanité, sans distinction de race, de sexe, de caste ou de couleur
Encourager l'étude comparée des Religions, des Philosophies et des Sciences
L’étude des lois inexpliquées de la Nature et des pouvoirs latents de l'Homme

Comme on devait bien s'y attendre, après avoir fondé la Société Théosophique, Mme Blavatsky fut attaquée par les missionnaires de la propagation de la mauvaise foi, qui se trouvent partout où il y a des cerveaux faibles à façonner ; car ses doctrines d'une science et d'une philosophie supérieures, qu'elle disait renfermées dans les livres sacrés des anciens sages hindous, nuisaient aux intérêts commerciaux de la chrétienté anglaise aux Indes.

L’enquête de M. Hodgson

Ne pouvant s'en prendre aux doctrines, qui étaient inattaquables, on s'en prit aux personnes ; la Revue du collège chrétien de Madras dénonça violemment, en septembre 1884, les phénomènes produits avec le concours de Mme Blavatsky, comme des fraudes honteuses ; et la Société des recherches psychiques de Londres, lui emboîtant le pas, envoya (novembre 1884) un M. R. Hodgson en Inde pour faire un semblant d'enquête à ce sujet.

M. R. Hodgson se fit héberger au quartier général de la Société théosophique à Adyar (Madras), il poussa même la gentlemanerie jusqu'à se faire photographier avec les délégués de cette Société, venus de tous les points de l'Inde pour leur fête annuelle ; puis, ayant jeté aux cactus sa fausse peau de brebis, il quitta la bergerie, emportant son dossier, fourni, en grande partie, par les deux calomniateurs — français, j'ai le regret de l'écrire — qui avaient déjà vendu aux missionnaires anglais de prétendues lettres de leurs anciens bienfaiteurs. Et voilà comment, après une enquête insuffisante, pour ne pas dire plus, M. Hodgson fit déclarer publiquement, à la face de l'Angleterre et de ses colonies, que Mme Blavatsky « ...n'est pas le porte-voix de voyants que le public ignore, ni une aventurière vulgaire ; mais qu'elle a conquis sa place dans l'histoire comme l'un des plus accomplis, des plus ingénieux et des plus intéressants imposteurs dont le nom mérite de passer à la postérité. »

Les études sur les phénomènes paranormaux

Pendant ce temps, en France, certaines études de l’invisible ont non seulement prêté au ridicule des masses non instruites et montré les exorcismes furieux d'un clergé jaloux, mais aussi été dénoncées dans les académies et les facultés, au détriment d'études plus philologiques que philosophiques, de sciences plus matérielles que naturelles.

Tandis que, chez nous, les phénomènes du magnétisme et du spiritisme étaient abandonnés entre les mains d'ignorants, parfois de charlatans, souvent en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, aux Indes, des chimistes, des astronomes, des biologistes, des mathématiciens, des philosophes, des littérateurs remarquables scrutaient le mystère et publiaient sans crainte leurs observations.

Les études effectuées dans le monde entier

Tout d'abord le savant chimiste W. Crookes se présente pour ceux qui s'adonnent à la méthode expérimentale rigoureuse ; les faits, qu'il a consignés dans différentes publications et qui ont été réunis en volume, étaient de nature à faire une révolution dans les sciences modernes ; pourtant il n'en a rien été, quoique de nombreux confrères étrangers aient, dès lors, marché vaillamment sur ses traces.

Nous avons ensuite des noms comme ceux du docteur J. Elliotson, qui fut président de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres ; du professeur de Morgan, ancien président de la Société mathématique de la même ville ; du docteur Wm. Gregory, ancien professeur de chimie à l'université d'Edimbourg ; W. F. Barrett, professeur de physique au collège royal des sciences de Dublin ; le comte de Crawford ; C.Varley ; B. Stewart ; A. R. Wallace ; le docteur Herbert Mayo, etc., etc.

Aux Etats-Unis : Hare, professeur de chimie à l'université de Pensylvanie ; Elliott Coues, docteur en médecine et en philosophie, professeur d'anatomie et de biologie à Washington ; l'illustre électricien Eddison, etc., etc.

En Allemagne : l'astronome Zöllner, professeur à Leipsig ; les professeurs W. E. Weber de Göttingen, et Hoffmann de Wurzbourg ; le philosophe Schopenhaucr, et, peu de temps après, son disciple von Hartmann.

A Vienne : le docteur Carl du Prel.

A Stockholm : les professeurs Tornebom et Edland.

En Russie : le savant prince Alex. Aksakof, qui a étudié d'une façon toute particulière les photographies spirites ; etc., etc.

Nous ne faisons que mentionner, en passant, les nombreuses célébrités littéraires qui se sont occupées de ces étranges phénomènes (étranges, naturellement, pour ceux qui admettent l'étrange et le surnaturel ; pour les autres ils n'ont rien que de normal) ; la seule liste de ces noms tiendrait plus d'une page de ce site.

En France, lorsque nous avons cité les noms de M. Flammarion, — et certes, celui-là peut compter, — du pédagogue Rivail, dit Kardec, du positiviste d'Assier, c'est à peu près toute la liste ; et même sommes-nous obligés de reconnaître qu'ils n'ont fait qu'effleurer le sujet.

Mais enfin, l'heure semble vouloir sonner où les études de la matière (?) impondérable vont reprendre le rang qui leur convient au-dessus des sciences humaines, près des sciences divines. Déjà nous voyons l'ancien magnétisme, éconduit par l'Académie de médecine, revenir à nous habillé de vêtements nouveaux, et c'est précisément la science française qui le réhabilite aux yeux des nations.

La renaissance des études occultes

M. Charcot, monté sur le piédestal de Mesmer, répétant les expériences de Donato, nous présente des hystériques bien dressées, tandis que MM. Feré et Binet, ses disciples fidèles, parcourent les hôpitaux, dissimulant des aimants dans leur manche, et que M, Richet découvre, en l'état de veille, le vigil-hypnotisme.

L'école de Nancy s'agite ; la province fait parler d'elle : les Bernheim, les Beaunis, les Liégeois suggèrent, transfèrent, braidisent, charcotisent, hypnotisent, et tout le monde se trémousse dans un rêve immense où le grand baquet de Mesmer, divisé en une infinité de petites cuves, chacun porte la sienne dans le cerveau. Continuez, Messieurs, votre course vertigineuse dans l'invisible ; vous serez bien obligés de vous arrêter au milieu de la métaphysique sereine, à moins que vous ne perdiez pied et ne rouliez dans les abîmes sans fond.

Nous constatons en France à la fin du XIXe siècle une renaissance des anciennes études occultes des sanctuaires séculaires. Pourquoi n'étudierions-nous pas aussi les livres sacrés que nous ont laissés les sages de l'Aryavarta, à la lumière des connaissances biologiques modernes ? C'est la question que se sont posée les fondateurs de la Société théosophique de l'Inde. Aussi apprenons-nous avec plaisir que M. le docteur Paul Gibier du Muséum, après avoir pris connaissance des phénomènes extraordinaires produits par Slade, à Paris même, et de concert avec d'autres personnes s'intéressant au sujet, songerait à faire venir de l'Inde quelques fakirs, pour les étudier au point de vue physiologique. Cela, naturellement, amènerait les chercheurs à s'occuper de ces philosophies ésotériques, d'une grandeur et d'une majesté dont nous ont déshabitués nos dix-huit siècles de catholicisme, et de l'existence desquelles l'université n'a pas l'air de se douter, bien que, récemment, M. Berthelot ait fait connaître la filiation qui relie la chimie moderne aux doctrines orientales, en passant par l'alchimie des Arabes et des Grecs, et ait déclaré, probablement au grand étonnement des pygmées de laboratoire, qu'il y avait une philosophie de la nature, digne de ce nom, chez les vaillants souffleurs qui ont précédé M. Wurtz.

Les publications théosophiques

Nous pouvons signaler différents documents, encore peu connus, qui se rattachent plus ou moins étroitement à l'oeuvre de la Société théosophique. Lors du passage de Mme Blavatsky à Paris, vers le mois de juillet 1884, parurent un article dans la Nouvelle Revue, du 1er juillet, un autre dans la Revue du mouvement social, de juillet ; et, surtout, une remarquable étude de M. Jules Baissac dans la Revue de l'histoire des religions, intitulée : la Nouvelle Théosophie.

Mais la première publication vraiment théosophique en français, sous une forme isolée, est la brochure de M. L. Dramard, dans laquelle il concentra avec une grande habileté et même avec clarté — et cela sans plagiat — la masse de l'enseignement théosophique fragmentaire qu'il avait reçu ; le présentant sous son vrai jour, c'est-à-dire au point de vue de l'utilité sociale. Il faut dire qu'auparavant, M. Courmes avait publié une traduction du catéchisme bouddhiste du colonel Olcott, en l'accompagnant de notes des plus intéressantes.

Enfin, un littérateur distingué, M. Stanislas de Guaita, fit paraître le premier fascicule d'une publication élégante ; le style en est aussi magique que la science qu'il traite.


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