L'alchimie et les secrets de la pierre philosophale

Illustration de l'alchimie
L'objet de l'alchimie est la transmutation des métaux : changer les métaux vils en métaux nobles, faire de l'or ou de l'argent par des moyens artificiels. Cette science singulière ne compte pas moins de quinze siècles d'existence.

Le principe de la transmutation métallique a probablement trouvé sa source dans l’observation des premiers phénomènes de la chimie. Dès que l’expérience eut fait connaître quelles modifications, quelles transformations surprenantes provoque l’action mutuelle des corps mis en présence, l’espoir de faire de l’or dut s’emparer de l’esprit des hommes. En voyant les altérations nombreuses que les métaux éprouvent sous l’influence des traitements les plus simples, on crut pouvoir produire dans leur nature intime une modification plus profonde, former de toutes pièces des métaux précieux, et imiter ainsi les plus rares productions de la nature. Au début de la science, un tel problème n’avait rien au fond que d’assez légitime ; mais, dans une question semblable, l’entraînement des passions humaines suscitait un élément trop opposé aux dispositions philosophiques.

Ces tentatives de production artificielle de l'or, qui n'auraient dû offrir à la chimie naissante qu'un problème secondaire et passager, devinrent le but de tous ses travaux, et pendant quinze siècles la résumèrent en entier. Ce n’est que vers le milieu du seizième siècle, que quelques savants, découragés de tant d’efforts inutiles, commencèrent d’élever les premières barrières entre l’alchimie, ou l'art prétendu des faiseurs d’or, et la chimie considérée comme science indépendante et affranchie de tout but particulier.

 

Les progrès de la science sont dus à l'alchimie

Œuvre au noir
Les découvertes de l'alchimie sont aussi impressionnantes qu'inattendues. Par exemple, l'invention de la porcelaine est le résultat de travaux d'alchimistes chinois. C'est aussi de l'alchimie que provient la découverte de la poudre à canon, toujours par les mêmes chinois.

Toutes ces expériences avaient pour but la transmutation des métaux. Cette opération s'effectue en plusieurs étapes :

1. La calcination
2. La réduction
3. L'incandescence

Dans le jargon des alchimistes, la calcination s'appelle l'œuvre au noir. L'étape de réduction est l'œuvre au blanc. La dernière étape se nomme l'œuvre au rouge. Et le tout s'appelle le Grand Oeuvre (l'opus magnum en latin).
 

L'origine de l'alchimie

Les premiers écrits alchimiques émanent des écrivains de Byzance du septième siècle. L’Égypte était alors considérée comme le berceau de toutes les sciences humaines.

Une opinion très répandue veut que les anciens Egyptiens aient possédé les trésors de toute la science humaine. De ce qu’un profond mystère a toujours dérobé aux yeux de l’histoire les travaux auxquels se consacraient, dans leurs silencieuses retraites, les prêtres de Thèbes et de Memphis, on n’est point, semble-t-il, autorisés à leur accorder la notion de tout ce que le génie humain peut enfanter. Les Égyptiens ont fait usage, sans doute, de procédés pratiques, de recettes empiriques applicables aux besoins des arts. Mais tous ces faits n’étaient point liés en un corps de science.

Si, depuis le moyen âge, ce préjugé s’est répandu que les Égyptiens possédaient en chimie des connaissances profondes, c’est que les emblèmes singuliers, les caractères bizarres qui couvraient l’extérieur de leurs monuments, demeurant alors impénétrables pour tous, firent penser au vulgaire que ces signes mystérieux étaient destinés à représenter, sur les diverses branches de la science humaine, des révélations perdues depuis cette époque. L’absence de tous documents positifs propres à dévoiler la nature et l’étendue des travaux scientifiques de ces peuples permet de leur contester de si hautes connaissances. En ce qui touche particulièrement l’alchimie, comme tous les documents écrits qui la concernent ne remontent pas au delà du quatrième siècle de l'ère chrétienne, il est d’une saine critique historique de ne point fixer son origine plus haut que cette époque.

L'élixir de jouvence

Elixir de Jouvence
Elixir de Jouvence
Il existe un autre but à l'alchimie que celui de transformer le plomb en or : c'est la découverte de la vie éternelle.

Considérée comme le plus grand secret des alchimistes, la précieuse pierre philosophale pourrait permettre de vivre plusieurs siècles.

La « poudre de projection » serait une réduction en poudre de la fameuse pierre philosophale. Celle-ci permet de fabriquer l'élixir de jouvence qui aurait la propriété de soigner toutes les maladies et d'apporter l'immortalité. L'orientation de la pierre philosophale vers des vertus médicales est initiée par les Arabes. Ils sont à l'origine du concept même de l'élixir philosophale. L'alchimie médicinale fait son entrée en Europe au XIVe siècle. Les alchimistes du monde entier sont alors habités par le désir d'accéder aux secrets cette pierre philosophale. Leurs recherches sont rigoureuses et scientifiques, elles s'inspirent du fonctionnement de la nature.

 

Les propriétés attribuées à la pierre philosophale

Alchimiste
Alchimiste dans son laboratoire
Sur quelle base, sur quel fondement théorique reposait la doctrine de la transmutation des métaux ? Elle s’appuyait sur deux principes que l’on trouve invoqués à chaque instant dans les écrits des alchimistes : la théorie de la composition des métaux, et celle de leur génération.

Les alchimistes regardaient les métaux comme des corps composés; ils admettaient de plus que leur composition était uniforme. D’après eux, toutes les substances offrant le caractère métallique, étaient constituées par l’union de deux éléments communs, le soufre et le mercure ; la différence de propriétés que l’on remarque chez les divers métaux ne tenait qu’aux proportions variables de mercure et de soufre entrant dans leur composition. Ainsi l’or était formé de beaucoup de mercure très pur, uni à une petite quantité de soufre très pur aussi ; le cuivre, de proportions à peu près égales de ces deux éléments ; l’étain, de beaucoup de soufre, mal fixé, et d’un peu de mercure impur, etc.

Les alchimistes partent du principe fondamental que les métaux, et en général toutes les substances du monde inorganique, sont dotés d’une sorte de vie.

D'après les alchimistes, il existe une substance capable de réaliser la transformation des métaux : c’est la pierre, ou pondre philosophale, désignée aussi sous les noms de grand magistère, de grand élixir, de quintessence et de teinture. Mise en contact avec les métaux fondus, la pierre philosophale les change immédiatement en or. Si elle n’a pas acquis son plus haut degré de perfection, si elle n’est pas amenée à son dernier point de pureté, elle ne change pas les métaux vils en or, mais seulement en argent. Elle porte alors le nom de petite pierre philosophale, de petit magistère ou de petit élixir.

Ce n’est qu’au douzième siècle qu’il est clairement question pour la première fois de la pierre philosophale. Avant cette époque, la plupart des auteurs grecs et arabes, à l’exception de Geber, se contentent d’établir théoriquement le fait de la transmutation, sans indiquer l’existence d’un agent spécial qui puisse réaliser le phénomène.