Les brahmanes

Brahmane
L'Inde aryanisée est sous la coupe des brahmanes suffisants, racistes, imbus de leur supériorité sur tous les autres humains, voire sur toute la création. Ils sont un pur produit de l'Inde védique.

Quand les Aryens étaient encore des pasteurs nomades, aux étapes, le soir, ils se réunissaient autour du feu de camp et, pour s'attirer la protection des dieux, ils leur offraient des sacrifices, ce qui explique le rôle central du feu dans le culte védique. Avec le temps, ces rites se sont compliqués, d'où une « spécialisation », d'où les brahmanes, les prêtres.

 

Les lois de Manu

Manu, le premier humain sur terre, l’équivalent de Adam, aurait décrété dans le Manava Dharma Shastra :

Pour la conservation de la création entière, l’Être souverainement glorieux assigna des occupations différentes à ceux qu'il avait produits de sa bouche, de son bras, de sa cuisse et de son pied.

Il donna en partage aux brahmanes l'étude et l'enseignement des Védas, l'accomplissement du sacrifice, la direction des sacrifices offerts par d'autres, le droit de donner et celui de recevoir.

Le brahmane, en venant au monde, est placé au premier rang sur cette terre ; souverain seigneur de tous les êtres, il doit veiller à la conservation du trésor des lois civiles et religieuses.

Tout ce que ce monde renferme est en quelque sorte la propriété du brahmane ; par sa primogéniture et par sa naissance éminente, il a droit à tout ce qui existe.

 

Nous voilà informés ! Et les brahmanes prennent cela très au sérieux, voire à la lettre.

Un code de vie très strict

Manu, en basant ainsi son système sur la naissance, figeait non seulement racialement mais aussi hiérarchiquement la société indienne, en prohibant les mariages exogamiques, avec pour conséquence un strict cloisonnement du système.

En plaçant les brahmanes à la tête, Manu, – brahmane lui-même ? – voulait éviter que les princes et les guerriers ne s'emparent du pouvoir. Afin que le brahmane puisse se consacrer entièrement à sa mission, Manu l'a libéré de tout travail autre que l'étude et le culte, en assurant son autonomie économique, d'où l'horreur des brahmanes pour tout travail manuel qu'ils considèrent comme déshonorant. Avait-il prévu tous les abus qui en découleraient ?

En pratique, le brahmane vit au crochet de la société, mais faut-il l'envier pour autant ? Certainement pas car, en contrepartie, chaque instant de sa vie est soumis à d'innombrables tabous et à de strictes prescriptions dont certaines sont plutôt folkloriques. Jugez-en : Manu (IV.37 et suivants) lui défend de regarder le soleil, d'enjamber une corde à laquelle un veau est attaché, de courir quand il pleut, de regarder son image dans l'eau, d'approcher sa femme pendant ses règles, de la regarder quand elle mange, éternue, bâille, ou est assise nonchalamment !

Manu a tout prévu, tout réglé : quand le brahmane est autorisé à voyager ou non, ce qu'il doit manger ou non (la viande lui est permise s'il l'a bénite). Il lui est interdit de danser, de chanter, de jouer d'un instrument de musique, sauf quand c'est prescrit par les Écritures, de grincer des dents, de faire du vacarme quand il est fâché. Il ne doit pas jouer aux dés, ne porte pas ses souliers à la main, ne mange pas couché sur un lit, etc.

Manu a ritualisé un tas de superstitions qui nous font sourire mais qui sont prises très au sérieux. Ainsi, si vous voulez une recette de longévité selon Manu, la voici : « Que celui qui veut vivre vieux ne marche pas sur des cheveux, de la cendre, des os ou des tessons, ni sur des graines de coton, ni sur des fétus de paille ». (IV. 78)

Manu est aussi obsédé par les besoins naturels du brahmane !

Victimes de leur propre système

Le système des castes aboutit à un paradoxe. En effet, si le sort des soudras et, pire encore, celui des hors-caste, est lamentable, celui des brahmanes n'est pas vraiment enviable non plus. A coup d'interdits et de tabous, ils se sont eux-mêmes rendus quasiment intouchables ! Ils seraient presque les victimes de leur propre système, obsédés qu'ils sont de « pureté », qui n'est d'ailleurs pas synonyme de notre propreté ou hygiène. D'abord basée sur la couleur de la peau (en sanscrit varna, couleur, désigne aussi les classes), l' « impureté » raciale des autres est devenue impureté physique tout court et, pour la préserver ils se sont emberlificotés dans un imbroglio de rites qui entravent toute leur vie quotidienne.

En Inde, par ignorance, l'Occidental non prévenu peut commettre bien des impairs. Ainsi, toucher de la main gauche, même par mégarde, un quelconque objet appartenant à un brahmane est censé lui porter malheur. Un brahmane orthodoxe ne vous invitera jamais à sa table : votre ombre souillerait son repas, qu'il devrait jeter. Au sujet du savoir-vivre à table, si d'aventure un hindou non-brahmane vous invitait à manger, complimenter la maîtresse de maison à propos du repas serait lui faire affront ! Par contre, la politesse requiert de roter ostensiblement et bruyamment, signe qu'on est repu. Alors, dans le doute, le mieux c'est de parler et de bouger le moins possible !

Les chef d’œuvres de l’Inde

Le brahmanisme s'attribue souvent tous les mérites et les acquis de la merveilleuse civilisation indienne, mais c'est faux. C'est vrai, les Aryens ont légué au monde ce monument qu'est le sanskrit et toute sa littérature ; par contre, ce sont les Indo-Alpino-Méditerranéens qui ont créé la civilisation indienne. De toutes ces merveilles qu'on admire en Inde, que ce soient les temples d'Ajanta, creusés et sculptés à même le roc de la falaise, les palais de Jaipur, le Taj Mahal, les temples de Mahabalipuram, ceux de Dilwara, au Mont Abu, et tous les grands temples du Sud de l'Inde, rien n'est sorti de mains aryennes car, pour l'Aryen, brahmane ou kshattriya, tout travail manuel est déshonorant, donc réservé aux serfs et aux hors-caste. Par conséquent, ce sont ces derniers qui ont créé ces chefs-d’œuvre.

Ernest Borneman a écrit :

Les peuples de bergers nomades, « pilleurs de villes », ont toujours et partout éprouvé le plus profond mépris pour le travail manuel [...] L'effort physique était réservé aux esclaves, s'y livrer volontairement, c'était déchoir.

L'homme libre gagnait sa liberté à la pointe de l'épée, le maniement des armes était le seul travail qu'il dut accomplir.

 

Un carcan pour le développement

Le brahmanisme représente un carcan pour le développement de l'Inde. Après l'Indépendance, une nouvelle Constitution indienne fut proclamée. Elle supprime les castes, la coutume de la dot, émancipe la femme indienne, autorise le divorce et le remariage des veuves. Mais, en pratique, presque tout est resté lettre morte à cause de l'inertie due aux traditions séculaires.

Une prise de conscience se fait dans les grandes masses opprimées, ce qui inclut les femmes, y compris aryennes, et les tensions montent. L'Inde pèse déjà et pèsera de plus en plus sur l'avenir de la planète. Cette Inde, au réseau ferré le plus vaste du monde, mais où les chars à bœufs, identiques à ceux de la civilisation de l'Indus, transportent encore plus de marchandises que tous les trains réunis. Cette Inde qui, actuellement, est déjà la quatrième puissance militaire du monde. Cette Inde, qui lance des satellites, maîtrise le nucléaire et possède la bombe atomique, dont les mathématiciens et les informaticiens égalent les meilleurs du monde (ah non, pas les informaticiens…). Cette Inde, enfin, dont la population dépassera dès le XXIe siècle, disent les démographes, celle de la Chine. L'avenir appartient à l'Asie.

Vénalité, hypocrisie, flemme sont des traits caractéristiques des Aryens, à commencer par les brahmanes. Ainsi, trop fainéants pour cultiver eux-mêmes leurs champs, ils font trimer les soudras et les Intouchables. Théoriquement, des aliments touchés par l'ombre et, pire encore, par des mains impures seraient impurs. Mais l’argent n’est pas impur pour eux, même touchée par un Intouchable, car « l’argent n’a pas d’odeur ». C’est un peu leur doctrine. Et pour concilier flemme et pureté, il ont l'astuce suivante : préparée par un brahmane, toute nourriture devient aussitôt pure. Mais si, après préparation, l'ombre d'un intouchable venait à la toucher, elle deviendrait aussitôt impropre à la consommation ! Voilà pourquoi les cuisiniers dans les restaurants pour les Indiens sont quasiment tous des brahmanes.


D’après un texte d’André Van Lysebeth



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Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 10 Juin 2018. Il est à jour.