Le satanisme

Rite satanique
De plus en plus fréquemment, la presse se fait l’écho d’incidents ou de crimes et délits liés à la mouvance sataniste : suicides d’adolescents, profanations de cimetières, assassinat d’hommes d’Église, ... Il est grand temps de faire le point sur un phénomène méconnu, inquiétant et potentiellement dangereux : celui du satanisme.

Cet article présente les fondements sur lesquels repose le satanisme moderne, en évoquant à la fois diverses conceptions philosophico-religieuses du personnage héraut du Mal, ainsi que ses multiples métamorphoses à travers l’histoire. Il décrit également l’univers sataniste contemporain en différenciant les personnes vouant un culte à Satan de celles qui pratiquent d'autres formes de magies, que ce soit des magies noires, goétiques, ou magies blanches bénéfiques.

Beaucoup de questions et d'inquiétudes au sujet du satanisme

Le satanisme présente des codes et des rites qui peuvent mener sur de possibles endoctrinements. Mais il convient de faire un peu un tri cohérent dans ce bazar référentiel qui mélange allègrement le satanisme, le gothisme ou encore le heavy metal. Entre Nietzsche, J.-K. Huysmans, Anton LaVey, le créateur de l'Eglise satanique, des groupes comme Cradle of Filth ou les Eagles of Death Metal, la confusion est à peu près totale dans le grand public. C'est donc un véritable tour de force que tente d'accomplir dramatic.fr pour placer le satanisme où il droit être et ne pas faire l'amalgame avec d'autres courants qui n'ont rien à voir avec lui.

Comme pour tout sujet d'analyse quel qu'il soit, il est nécessaire d'en connaitre les racines et son histoire. Quelles sont les véritables origines du satanisme ? Parmi tous les documents et les témoignages recueillis, il faut faire la part de ce qui est folklore de ce qui est authentique. « Il n'y a rien de pire que de laisser un vide face à des peurs nées de fantasmes », résume Jean-Michel Roulet, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Cette mission gouvernementale a déjà réalisé cette étude et a publié un ouvrage intitulé « Satanisme, un risque de dérive sectaire ». Comme le plus gros du travail a déjà été fait, c'est bien entendu ce guide pratique officiel du gouvernement qui constitue l'os à moelle de cet article qui ne prétend pas être aussi complet mais qui en produit un résumé très honnête.

L'ouvrage de la commission est une traduction grand public et une adaptation d'un travail de fourmi réalisé par les services de police ou de gendarmerie confrontés à des affaires de satanisme. Tout est donc basé sur des faits réels qui se sont produits non loin de chez nous, en France.

Depuis une vingtaine d'années, on peut constater une augmentation certaine et régulière de déviances et troubles publics en rapport avec le satanisme. Il peut s'agir de tentatives de suicides, d'automutilations, de profanations, et pire encore. L'inquiétude de la population est croissante. Pas seulement chez la population mais aussi au sein des services de police, des administrations publiques et de l'éducation nationale. Les services de santé et les thérapeutes s'inquiètent eux aussi de ce phénomène. Mais il faut garder tête froide et ne pas dramatiser :

Le chemin est long entre un jeune homme qui s'habille tout en noir
et des faits criminels relevant du satanisme.

 

Les fondements du satanisme

Avant de s’intéresser au satanisme moderne et d’en dresser les contours proprement sectaires, il apparaît nécessaire de présenter les fondements mêmes du phénomène. Dans son sens le plus courant, le satanisme se défini comme « le culte rendu à Satan ». Plus largement, on peut caractériser le satanisme comme étant une philosophie religieuse dont Satan est le symbole de la liberté et de l’individualisme.

Dans les faits, le satanisme est un joyeux mélange d'anciennes doctrines païennes et occultistes et de pratiques marginales et déviantes. Cette sauce repose en réalité sur l'évolution dans le temps du personnage de Satan. Et la mayonnaise ne tient que grâce aux écrits et aux théories de certains penseurs ou philosophes occultistes.

Le Diable, cœur historique du satanisme

Al Chaytan, le Diable, Satan, Lucifer, Iblis, Belzébuth…, autant de noms divers(1) qualifiant la créature personnifiant le Mal à l'état pur dans de multiples traditions religieuses. Ce personnage essentiel du système religieux judéo-chrétien apparaît dans le sillage du paganisme et des sectes juives apocalyptiques. Le Diable n'a pas été créé par le christianisme mais il a été repris de croyances païennes et utilisé pour manipuler le peuple en lui faisant peur. En Europe, il est craint pendant tout le Moyen Âge et tenu responsable de l’ensemble des maux humains, à tel point que ses soi-disant suppôts sont brûlés sur des bûchers. L'Inquisition voit le diable partout et c'est un moyen facile pour se débarrasser de ses opposants et de ses ennemis. Une simple accusation de sorcellerie pouvait vous conduire au bûcher.

Il faut attendre le XVIIe siècle pour voir le Diable se métamorphoser en un être fascinant pour certains, inexistant sous sa forme physique pour d’autres, voire en un personnage très embarrassant.

L'étymologie du Diable

Le mot Diable vient Du grec « diabolos » qui signifie « ce qui sépare » : le diable est l’antithèse du symbole, « symbolos », qui « réunit ».

Satan vient de l'hébreu, « satan » qui signifie « accusateur » ou « calomnieur ». Ses origines sont diverses :
un verbe hébreu, proche de « satan », signifie en effet « calomnier » ou « s’opposer à », alors qu’un autre nom hébreu, lui aussi proche de « satan », désigne la personne chargée de l’accusation dans un tribunal religieux hébraïque.

Lucifer fait référence aux termes latins « lux » (lumière) et « ferre » (apporter) : Lucifer serait donc le « porteur de
lumière ». Lucifer était le nom utilisé par les astrologues romains pour désigner la planète Vénus, l’« Étoile du Matin ». Des querelles de spécialistes et d’exégètes existent quant à la nature de Lucifer : doit-il être rattaché au Mal (il serait un ange déchu) ou renvoie-il plus simplement à un roi babylonien ayant combattu les Hébreux ?

Le Diable judéo-chrétien et ses racines païennes

Les racines du judaïsme et du christianisme sont imprégnées des conceptions païennes du Mal et l’accent est placé sur « le mythe du combat » entre deux puissances opposées.

Ainsi, les aspects physiques du Diable les plus connus, (couleur rouge, cornes, pieds fourchus, bestialité et monstruosité) sont les fruits de l’héritage mythologique de diverses civilisations, de l’Égypte pharaonique (avec le dieu Seth, divinité malfaisante représentée comme un porc au groin rouge), à la Grèce antique (avec le dieu de la luxure Pan, poilu, cornu et affublé d’une tête de bouc) en passant par l’Assyrie mésopotamienne (avec le démon ailé Pazuzu possédant une tête de chauve-souris et une queue de scorpion) et les peuplades celtiques et nordiques (avec les dieux Thor, Loki et Odin, ou encore la divinité cornue Cernunnos). De même, diverses cosmogonies babyloniennes, cananéennes ou gréco-latines, fondées autour du combat entre divinités (Gilgamesh et Huwawa, Baal et Mot, Zeus et les Titans, Hercule et l’Hydre de Lerne) ont également insufflé, au sein de l’univers judéo-chrétien, des conceptions particulières du Mal en promouvant notamment l’idée d’un être malfaisant aspirant à la toute puissance et défiant, pour ce faire, les divinités bienfaisantes.

Mais c’est auprès du mazdéisme zoroastrien que se trouve la plus forte influence païenne sur la conception judéo-chrétienne du Diable. Le mazdéisme, défini par Zoroastre, 600 ans avant Jésus-Christ, décrit l’affrontement perpétuel entre deux puissances divines autonomes, le bon Ahura Mazda et le mauvais Ahriman. Cette conception diffère des traditions païennes évoquées précédemment dans le sens où celles-ci ne postulaient ni un dualisme intégral (le Mal n’était pas aussi puissant que le Bien), ni la personnification unique du Mal. Ces grands mythes mésopotamiens, gréco-latins et mazdéens, aux contacts desquels les Hébreux, puis les chrétiens, furent soumis pendant plusieurs siècles, imprègnent largement l’imagerie biblique de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Livre d'Enoch
Fragment du Livre d'Enoch
Dans la conception hébraïque, l'origine du Mal a évolué. Dieu, qui ne peut être que bon par nature, a chargé de fidèles serviteurs spirituels de la responsabilité du Mal. C’est ainsi qu’est créé le titre de satan (qui n’est pas une personne à ce moment-là) pour définir cette catégorie de serviteurs à qui il est demandé d’« accuser ». Peu à peu, le satan devient le « bouc émissaire » de Dieu. Mais il ne s'agit pas encore pour autant d'une personnification même du Mal. Pour ce faire, il faut attendre les écrits apocryphes du IIe siècle avant Jésus-Christ et l’éclosion de nombreuses sectes juives. Le satan est transformé en Satan.

Pourquoi cette évolution ?

D'après les experts, c'est l’influence du mazdéisme perse et de ses mythes du combat qui force les théologiens à opposer le Bien au Mal.

Cette conception est reprise par les philosophes et les prophètes. Le Diable judéo-chrétien n'est plus le satan des premiers temps, il devient une « création de la littérature apocryphe apocalyptique » de multiples sectes juives des deux derniers siècles avant Jésus-Christ. On trouve notamment des livres comme le Livre d’Adam, le Livre d’Enoch ou encore le Livre des Jubilés. Bien que souvent divergents, ces livres présentent comme élément central l’ange déchu qu’est Satan (parfois appelé Mastema ou Lucifer) et sa cohorte d’esprits rebelles, les démons (Sammaël, Azazel, Belial).
 

Les premières sectes sataniques

A cette époque, il existait de multiples sectes juives. Le christianisme est le fruit d’une scission avec le credo juif dominant. Ce mouvement, initialement minoritaire et sectaire, centré autour du charisme et du messianisme de Jésus-Christ, a rompu avec les dogmes et les pratiques juives traditionnelles pour évoluer en une tradition religieuse indépendante à la faveur d’une évangélisation des peuples non juifs.

Si à cette époque des débuts du christianisme, dans sa grande majorité, le dogme chrétien rejette toute conception dualiste au profit d’une omnipotence de Dieu, il faut néanmoins souligner la tentation, de la part de certains groupes gnostiques, pour une approche manichéenne du rapport entre le Bien et le Mal.

Ces sectes chrétiennes des deux premiers siècles après Jésus-Christ, rapidement considérées comme des hérésies, présentent une autre vision de la Création : la terre, lieu de souffrance et de douleurs, ne peut être le fruit de la création d’un dieu bon et miséricordieux ; ce monde est voulu et modelé par des esprits mauvais et puissants (Sammaël, Ialdabaoth, un Yahvé maléfique). En d’autres termes, les croyants qui vouent un culte au dieu créateur sont dans l’erreur : il leur faut chercher, à l’aide de la gnose, la véritable identité de Dieu.

Cette approche et ses chantres sont rapidement critiqués et rejetés du canon doctrinal officiel de l’Église catholique pour être vilipendés et étiquetés comme des « agents de Satan ». S’ils ne vouent aucun culte à l’être opposé à Dieu tel qu’on les en accuse, il faut néanmoins souligner que, par leur refus d’adorer le Créateur considéré comme illégitime, ils préfigurent les sectes lucifériennes contemporaines.


Source : http://www.derives-sectes.gouv.fr/publications-de-la-miviludes/guides?page=1

(1)Les noms des démons : On peut trouver une liste de quelques noms donnés au Diable et aux démons de l'Enfer sur cette page : http://www.dramatic.fr/demons-p80.html