L'Inquisition

Sorcières sur le bûcher
Pendant le premier millénaire de notre ère, l'Eglise toléra la sorcellerie et les rites païens. Elle considérait que les prétendus pouvoirs occultes des sorciers et les phénomènes diaboliques relevaient de l'imaginaire collectif. Les sabbats n'étaient que de simples fêtes populaires à l'image de nos carnavals actuels. Au début du dixième siècle, en l'an 900, selon le moine Régimon de Prim, la sorcellerie reste attachée au paganisme, c'est à dire la religion de la campagne, et entretient des relations avec le diable. Malgré cela, l'Eglise reste modérée et vers 1150, Jean de Salisbury, évêque de Chartres, déclare :

Le meilleur remède contre la sorcellerie,
c'est de s'en tenir fermement à la foi.

 
 

Les débuts de l'Inquisition

Les sorciers occupaient souvent dans les villages un rôle de guérisseur et il n'y avait pas de réelle crainte à avoir à leur sujet. Mais alors que les gens continuaient d'affluer vers les sorcières avec leurs problèmes, les grands prêtres et les autres fonctionnaires de l'Église chrétienne se sont sentis menacés. En 1320, le pape Jean XXII proclame que la sorcellerie est assimilable à l'hérésie et qu'elle doit être réprimée par l'Inquisition.

Contrairement à ce que l'on croit, l'Inquisition n'a pas été instaurée pour lutter contre la sorcellerie. Elle existait déjà. L'Inquisition avait été crée en 1199 par le pape Innocent III. Il s'agissait d'une organisation de tribunaux ecclésiastiques destinés à combattre les hérésies. La mécanique était donc déjà en place et il suffisait de la mettre en pratique.

Les débuts de l'Inquisition ne s'en prennent pourtant pas aux sorciers. Les premiers visés sont les Cathares. Le Pape Innocent III lança une croisade contre les Cathares en 1209 : cette croisade est connue sous le nom de « croisade albigeoise ». Elle fit des ravages dans le Languedoc pendant 20 longues années. Le point culminant de la cruauté de l'Église Catholique Romaine fut la prise de la ville de Béziers, le 22 juillet 1209, où plus de 20 000 hommes, femmes et enfants furent massacrés par les croisés.

Très fortement endetté vis-à-vis du Temple de Paris, le roi de France Philippe « le Bel » accuse en 1307 l'ordre des Templiers d'hérésie. C'est le début de la persécution des Templiers.

Le Malleus Maleficarum

Malleus Maleficarum
C'est le pape Grégoire IX qui confia l'Inquisition aux Dominicains en 1230. C'est ce même pape qui instaure en France, le 20 avril 1233, un tribunal d'exception dénommé Inquisitio hereticae pravitatis. Ce Tribunal de l'Inquisition a les pouvoirs dans l'ensemble du royaume de France de démasquer et condamner tous les hérétiques.

En 1252, la Bulle papale d'Innocent IV (Ad Extirpanda) autorise l'usage de la torture.

En 1484, le pape Innocent VIII condamne la sorcellerie et charge deux inquisiteurs, Jakob Sprenger et Heinrich Kraemer, de rédiger un document à l'usage des juges chargés de la réprimer. Ce document paru un an après, sous le nom de Malleus Maleficarum, indique les méthodes pour découvrir les sorciers et les sorcières par la suspicion ou la délation. Il donne les procédés pour ensuite les interroger et les faire avouer par la torture appelée « la question ». Et pour finir, il livre les sentences à appliquer pour les condamner, le plus souvent au bûcher ou plus rarement à la séquestration.

Un manuel similaire avait déjà été publié par l'inquisiteur français Bernard Gui vers 1323.

 

La « chasse aux sorcières »

Anne Hendrinks conduite au bûcher à Amsterdam 1571
Anne Hendrinks conduite au bûcher à Amsterdam 1571
Profitant de la récente invention de l'imprimerie par Gutenberg, le Malleus Maleficarum fut publié en plusieurs langues et largement diffusé en Europe. Il contribua grandement à l'intensification de la lutte contre la sorcellerie, et ce fut la « chasse aux sorcières » à laquelle participèrent les autorités civiles et religieuses de tous les Etats d'Europe.

Dans l'Empire germanique, la Sainte Vehme, tribunal d'une confrérie secrète de justice prétendant agir au nom du Saint Siège, participa également à la répression.

On n'hésita pas à placer dans les églises des troncs, dans lesquels il était possible à tout un chacun, et même recommandé comme œuvre pieuse, d'introduire des billets dénonçant des adeptes de la sorcellerie.

Elisabeth Plainacher sur le bûcher
Elisabeth Plainacher sur le bûcher à Vienne
Les persécutions durèrent jusqu'au XVIIe siècle et firent de nombreuses victimes, pour la plupart innocentes. Les écrivains les plus modérés les évaluent à 200 000, principalement des femmes et même des enfants. Il y eut bien sûr quelques coupables, comme Catherine La Voisin mais aussi comme Gilles de Rais, ancien compagnon d'arme de Jeanne d'Arc, qui tortura et sacrifia à sa perversion et à la magie noire de nombreux jeunes garçons. Il fut pendu et brûlé le 26 octobre 1440. Il y eut aussi la comtesse hongroise Elisabeth Bathory, qui, par sadisme et par sorcellerie, fit cruellement assassiner de nombreuses jeunes femmes. Elle fut emmurée dans une pièce de son château, où elle mourut le 21 août 1614, après quatre années de séquestration. Mais ces cas, heureusement, ne furent que des exceptions. Cela n'empêcha pas la sorcellerie qui fut de tous les temps, de continuer sur tous les continents.

En mai 1560, sous l'impulsion du magistrat auvergnat Michel de l'Hospital, plus connu sous le nom de Chancelier de l'Hospital, est signé l'édit de Romorantin. Son but est de stopper l'installation de l'Inquisition en France. L'édit de 1560 épargna à la France tant de honte et de sang.


Source :
Georges de Maubertuis : L'évolution spirituelle de l'Antiquité à nos jours
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Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 16 Mai 2018, il y a moins d'un an.