La superstition est partout

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De quelque cĂ´tĂ© que l'on se tourne on ne trouve que superstitions. Si vous Ă©coutez un devin, si vous entendez un mot de prĂ©sage, si vous faites un sacrifice, si vous donnez attention au vol d'un oiseau, si vous voyez un diseur de bonne fortune ou un aruspice, s'il fait des Ă©clairs, s'il tonne, si la foudre tombe quelque part, si vous rĂ©flĂ©chissez sur vos songes, vous ne pourrez jamais ĂŞtre tranquilles et les craintes vous tourmenteront sans relâche.

Saint Augustin dit que les superstitions sont l'opprobre du genre humain ; qu'il y a de la superstition dans la magie, dans les augures, dans les ligatures ou nouements d'aiguillettes, dans les remèdes que la mĂ©decine condamne, dans les charmes, dans les caractères, dans les prĂ©servatifs, dans les vaines observances, dans l'astrologie judiciaire, etc.


Origène condamne aussi, avec beaucoup de force, la foi aux enchantements, aux malĂ©fices, aux prĂ©sages, aux divinations, au chant des oiseaux, aux talismans ; et il invite tous ceux qui veulent l'entendre Ă  fuir comme l'enfer ces folies superstitieuses. Mais il pousse le zèle trop loin, lorsqu'il dit que la loi de DIEU veut qu'on extermine les enchanteurs, les devins et les sorciers. Quoique les sorciers, les devins et les enchanteurs ne soient que de mĂ©prisables charlatans, il ne faut pourtant pas les brĂ»ler.

Le quatrième concile de Carthage exclut de l'assemblée des fidèles tous ceux qui observent les superstitions. Le concile provincial qui se tint à Toulouse en 1590, ordonne aux confesseurs et aux prédicateurs de déraciner, par de fréquentes exhortations et par des raisons solides, les pratiques superstitieuses que l'ignorance a introduites dans la religion. Le concile de Trente, après avoir parlé de diverses erreurs, enjoint formellement aux évêques de défendre aux fidèles tout ce qui peut les porter à la superstition, etc.

Enfin, plusieurs grands hommes des derniers siècles ont pris à tâche de renverser le monstrueux édifice des superstitions. Ils l'ont attaqué par la force des raisonnements, par des arguments irrésistibles, par le bon sens, par le ridicule. Ils en ont montré le néant. Ils ont démasqué l'erreur à tous les yeux qui ont voulu s'ouvrir. Mais malgré les efforts de la saine philosophie pour éteindre les torches de la superstition, c'est un feu qui fume encore et qui est loin d'être entièrement étouffé.

Un Ă©crivain assez connu par un bon livre de mathĂ©matiques se plonge ensuite dans la cabale, et croit aux esprits Ă©lĂ©mentaires, Ă  la puissance des mots mystiques, aux rĂ©vĂ©lations, aux extases ; il assure que les salamandres, les sylphes, les ondins, les gnomes, sont Ă  ses ordres, et que son âme a dĂ©jĂ  trois fois abandonnĂ© son corps, pour s'Ă©lever au niveau de ces intelligences spirituelles. Mais en mĂŞme temps, il avoue qu'il n'a vu les hĂ´tes des Ă©lĂ©ments que pendant son sommeil, et qu'il ne peut se rappeler qu'imparfaitement la forme des esprits avec qui il a conversĂ© dans ses extases et ses voyages astraux.

Ces gens-lĂ  sont des fous, dira-t-on ; mais ceux qui soutiennent que les histoires de revenants sont vĂ©ritables, que toutes les possessions sont authentiques ; que les sorciers existent et peuvent exister, parce que des historiens sĂ©rieux l'affirment et que leur grand'mère y a cru ; ceux que les songes rendent gais ou tristes, suivant ce qu'ils leur prĂ©sagent ; ceux qui consultent les diseuses de bonne aventure, qui tournent la roue de la fortune, qui se font tirer les cartes, qui croient aux amulettes, qui craignent le nouement de l'aiguillette et les philtres amoureux ; ceux qui n'entreprennent rien le vendredi, qui s'effraient quand ils entendent le chien hurler Ă  la mort, ou le cri de la chouette, qui prennent des billets de loterie, sur l'avis de tel ou tel rĂŞve, etc. Tous ceux-lĂ , parce que leur nombre en est immense, sont-ils donc bien plus sages ...?


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