Les satanistes amateurs

Crane entre les mains
Tous les adeptes du satanisme ne sont pas forcément rattachés à une structure ecclésiale ou à un courant défini. Ils s’autoproclament satanistes parce qu’ils disent mettre en œuvre des pratiques satanistes, empruntées ici ou là, et vivre une philosophie et un mode de vie proche des fondamentalistes satanistes.


Un mode de vie

Mais ces pratiquants, « amateurs », dans le sens où ils ne sont pas des professionnels ni des fondamentaux du satanisme, réalisent en quelque sorte une synthèse – on pourrait parler de syncrétisme – de diverses théories et pratiques, mariant des succédanés de doctrine sataniste avec certaines approches parfois éloignées (néonazisme, ésotérisme sectaire, néopaganisme, astrologie, pornographie et pédophilie).

Dans son livre noir du satanisme, Paul Ariès évoquait déjà le développement d’une nouvelle forme de satanisme touchant des jeunes ne possédant aucune culture religieuse : au « satanisme savant » se substituerait un satanisme délaissant « le champ religieux antichrétien ».

Des adolescents dans la marginalité

Ce satanisme d’amateurs est surtout celui en vogue chez les jeunes et les adolescents décidés d’exprimer leurs frustrations familiales et sociales de façon provocante. Souvent, ces jeunes bricolent un satanisme syncrétique à partir du matériau fourni par les films d’horreur, les séries fantastiques et les romans gothiques, ou encore, à partir de textes trouvés sur Internet faisant l’apologie de telle divinité ou décrivant des cérémonies et rituels à suivre pour « être un véritable sataniste ». Ce bricolage, qui consiste, par exemple, en l’organisation de séances de spiritisme, peut conduire à « une fuite en avant dans la marginalité » par la pratique de cérémonies toujours plus déviantes (sacrifices de petits animaux) et l’adhésion à des groupuscules satanistes mieux organisés, agissant dans le secret et suivant des techniques entachées de sectarisme.

Des groupuscules à foison

Le paysage satanique français est ainsi largement tributaire de ces microgroupes fondés par des amateurs se professionnalisant au fil de leurs lectures des fondamentaux et de leur fuite en avant. Les satanistes européens font figure de parents pauvres comparés aux géants que sont l’Église de Satan et le Temple de Seth. La France est largement sous la coupe de ces structures, le plus souvent non déclarées. Pour autant, certaines le sont, à l’image de la Fédération sataniste de France. Celle-ci promeut, sur son site Internet, des croyances et des rituels particuliers, et dresse une « liste noire » des groupes qu’elle n’aime pas (la Fraternité Saint-Pie X, Restauration nationale-Action française, etc.). Cette fédération sataniste cherche à faire entendre sa conception de l’histoire des religions et le regard qu’il faudrait porter sur les trois grands monothéismes, tout en essayant de « regrouper les satanistes isolés » pour réaliser une « cohésion dans l’action » vis-à-vis des « ordres moraux religieux » mais dans le respect de « la stricte légalité ».

La néo-sorcellerie

De petits groupes, affiliés ou non à la Fédération sataniste de France, surfent sur la vague initiée par les Églises sataniques américaines (qu’elles méprisent le plus souvent) en se reposant, parfois, sur d’autres supports philosophiques ou idéologiques. C’est ainsi qu’un grand nombre de microstructures satanistes se rapprochent de courants païens (druidisme, celtisme, néosorcellerie) ou de mouvances fascisantes. Les accointances entre satanistes et néonazis ou néofascistes font ainsi souvent la une des quotidiens. Ces satanistes « acides » (des adeptes, souvent jeunes, éloignés des grandes Églises, qui commettent des crimes et délits clairement rattachés à leur pratique d’un culte de Satan ou de Lucifer), pour reprendre l’expression de Massimo Introvigne, sont les plus enclins à passer à l’acte et pratiquer des rites et cérémonies délictueuses, d’autant plus lorsqu’ils profitent de ces rituels pour consommer des produits stupéfiants.

Ils s'opposent au système et à l'ordre établi

Les satanistes, pratiquant un culte et des cérémonies dédiés à Satan ou à Lucifer, puisent dans divers viviers leurs connaissances et liturgies : des ressources exclusives pour les plus fondamentalistes, à une consommation syncrétique de multiples doctrines pour les plus amateurs (et plus enclins à la dérive). Le cœur doctrinal commun entre ces deux attitudes reste la critique virulente de l’ordre social existant et des notions d’égalité, de solidarité et de fraternité et d’aide aux plus démunis. La finalité politique du satanisme reste libertarienne avec la promotion d’une réduction drastique du rôle de l’État conduisant à sa disparition et à un fonctionnement clanique de la société. Les ramifications entre certaines structures satanistes et la nébuleuse néonazie sont avérées et participent à la motivation de vigilance de l’État à l’encontre du phénomène sataniste. Le satanisme à la française, faiblement institutionnalisé et encadré, inquiète fortement parce qu’il puise dans un vivier constitué d’adolescents et de jeunes en pleine construction identitaire, parfois affiliés à des sous-cultures spécifiques comme le gothisme ou la mouvance metal.

Source : http://www.derives-sectes.gouv.fr/publications-de-la-miviludes/guides?page=1



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