Les mauvaises traductions latines

Livre de magie sihr
Le Moyen-Âge occidental diffuse largement les traductions latines des grands livres de magie arabe. Il en découle alors parfois un mélange des genres, où des auteurs arabes sont étudiés à travers le prisme des traductions chrétiennes et latines de leurs œuvres. Il y a néanmoins de sérieuses différences entre l'histoire de la magie dans la Chrétienté latine médiévale et dans l'Islam arabe médiéval, qui empêchent bien sûr de transposer le premier modèle d'analyse à la civilisation islamique.


La première grande différence est l'héritage de la chasse aux sorcières. Le sorcier n'a jamais été persécuté en tant qu'archétype social dans l'islam au Moyen Âge. Nous avons certes quelques traces d'exécution pour utilisation de magie, mais celles-ci sont très rares, ponctuelles, et davantage liées à des affaires politiques (éventuellement aux méfaits accomplis) qu'à une essentialisation du fait magique.

Le sihr fait souvent référence à la nécromancie. L'évêque Isidore de Séville (560?- 636) nous dit dans ses Étymologies que les nécromanciens (necromantici) sont ceux dont les invocations paraissent ressusciter les morts pour qu'ils devinent et répondent aux questions qu'on leur pose. Car nekrosen grec signifie mort, manteia divination, et ils rajoutent du sang au cadavre afin de le ressusciter. On dit en effet que les démons aiment le sang. C'est la raison pour laquelle, à chaque fois que l'on pratique la nécromancie, on mélange du sang qui coule et de l'eau, afin de faire venir plus facilement les démons attirés par l'effusion de sang.

Quelques années plus tard, le terme de nécromancie se transforme en nigromancie, « ainsi appelée car elle est versée dans l'investigation des morts, et dont on voit que la force réside dans le fait qu'elle prétend vraiment servir à ressusciter les morts, ce qui, cependant, est une illusion fallacieuse causée par les démons trompeurs et la perfidie humaine ».
 

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