Les esprits frappeurs et les tables tournantes

Séance de spiritisme

Séance de spiritisme

On sait que la mode des esprits frappeurs nous vient des Etats-Unis. Elle est apparue aux alentours de 1850. Ce fut une certaine madame Fox, veuve de son état, qui lança cette mode. Auguste Debay, dans son Histoire des sciences occultes depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, nous en relate le déroulement et la façon dont cette pratique est vite devenue très populaire dans les classes mondaines. Il convient toutefois de rester distant par rapport à cet ouvrage qui est de toute évidence très sceptique et négativiste et n'apporte aucune preuve scientifique, ne faisant que citer les différentes expériences qui ont été réalisées à l'époque, avec plus ou moins de moquerie.

C'est en quelques mois seulement que madame Fox aurait appris à ces deux filles âgées de 15 et 17 ans tout ce qu'il fallait savoir pour devenir médiums. Dans le cas des expériences ésotériques, le médium est un intermédiaire entre les esprits (entités spirituelles) et les hommes. Il ne faut donc pas comprendre ce terme dans sa globalité telle que nous avons l'habitude de l'utiliser (clairvoyance, divination, etc...). En spiritisme, le médium est une simple passerelle.

 

La trapézomancie

Il se trouve que les filles de madame Fox montrèrent une merveilleuse aptitude à faire « frapper » les esprits. Elles sont vite devenues célèbres dans toutes les Amériques et jusqu'en Europe. A cette époque où la classe intellectuelle était très portée sur les arts, l'occultisme et les sciences ésotériques, les gens étaient très friands de nouvelles expériences et en particulier pour tout ce qui concerne le spiritisme. Pour les français, c'était bien plus que le simple attrait de la nouveauté. Chacun voulut faire tourner les tables et les faires parler. C'était comme une fièvre, un délire, qui s'emparait de la société parisienne. Quand on croisait une connaissance dans la rue il vous demandait :

Que vous a dit votre table ?
 

Ca peut nous faire sourire aujourd'hui mais à cette époque d'effervescence on ne pensait qu'aux esprits et aux tables. Petits et grands se livraient à l'exercice de la trapézomancie.

Les trapézomanes, comme on les appelle, prétendent que c'est l'esprit des défunts qui est logé dans les guéridons, les tables ou les chaises. Ils cherchent à communiquer avec eux; ils leur posent des questions sur l'époque à laquelle ils vivaient et ils leur demandent de raconter leur histoire.

Mais comment un esprit peut-il arriver dans un meuble ? Tout simplement par un rituel d'évocation. Ceux qui ne sauraient pas encore ce qu'est une évocation sont invités à suivre le lien pour en connaitre la définition exacte.


Des études scientifiques sont menées

D'illustres savants se penchent sur le problème. Il s'agit de l'anglais Faraday et du français Jacques Babinet. L'objectif de ces physiciens n'avait pourtant rien d'une démarche scientifique. Ils cherchaient à mettre en évidence la supercherie. Et dans leur zèle à saper le préjugé ils en oublièrent tout simplement les concepts élémentaires de la science. Dans leurs études ils n'envisagèrent que le côté purement physique du phénomène en éludant complètement l'aspect physiologique.

Concernant Babinet, c'est une séance de spiritisme, organisée chez Flammarion, et à laquelle il avait pris part, qui fut le point de départ de son étude. Le guéridon s'était mis à se soulever et Babinet s'est alors jeté sur lui en espérant le plaquer au sol. Hélas, il demeura juché bêtement sur ce guéridon toujours en lévitation. Une fois sur le sol ferme, ça n'empêcha pas le savant à s'exclamer :

Vous ne me ferez jamais croire que ces choses existent !  

Faraday, le célèbre physicien, fit plusieurs expériences pour, démontrer que l'adhérence des doigts sur le plateau de la table était une condition nécessaire de sa mise en mouvement. L'adhérence une fois établie, les trépidations nerveuses et musculaires des bras finissent par devenir assez puissantes pour imprimer un mouvement à la table. On acquiert la preuve de l'adhérence digitale en saupoudrant la table de poudre de talc. Cette poudre rendant l'adhérence des doigts impossible, aucun mouvement n'a lieu dans la table, et l'on voit les sillons que les doigts ont tracé en glissant sur la surface du plateau. Tout ceci est parfaitement exact, mais l'adhérence et les trépidations ne fournissent point une explication complète.

M. Babinet, l'homme érudit par excellence, voulut expliquer le phénomène des tables par les mouvements naissants et inconscients ; sa théorie, exacte sous un certain rapport, laisse à désirer sous l'autre. Il oublie de mentionner le phénomène nerveux ou vital qui joue ici le rôle principal : c'est-à-dire l'émission de fluide vital ou nerveux par l'action de la volonté.

Des questions sans réponse

1°) Les tables sont-elles mises en mouvement par le simple contact des doigts de plusieurs personnes
formant ce qu'on nomme une chaîne ?

2°) La volonté seule peut-elle être considérée comme moteur ou bien son rôle n'est-il qu'auxiliaire
dans le mouvement imprimé aux tables ?

3°) La table frappe-t-elle des coups avec ses pieds ? Se lève-t-elle ? Exécute-t-elle les ordres qu'on lui
donne ? Répond-elle aux questions qu'on lui adresse ? Ses réponses sont-elles en rapport avec les questions
adressées ?

4°) Les mouvements et prétendues réponses miraculeuses que font les tables sont-ils dus à une âme, à
un esprit, à un démon évoqué ?

Pour répondre à toutes ces questions, l'expérimentation n'est pas suffisante. On ne peut qu'émettre des hypothèses mais aucune preuve ni démonstration n'est possible.

La trapézomancie ou divination au moyen des tables

La connaissance des choses cachées, des événements passés, présents et à venir, et ceci dans diverses parties du monde, est soi-disant possible avec une table.

En réalité, comme c'est expliqué sur la page traitant des instruments utilisés lors des cérémonies magiques, les instruments qu'utilisent un magicien ne sont que des auxiliaires dont il n'a pas réellement besoin. Les prodiges peuvent être réalisés avec n'importe quel objet qui a été convenablement consacré. L'objet ne lui est utile que pour focaliser sa concentration et dépenser moins d'énergie.

Au sujet des esprits, Auguste Debay semble s'en moquer d'une cruelle façon en ces termes :

Quant aux esprits, aux âmes, aux démons qui, par la toute puissance d'une évocation, quittent les lieux inconnus qu'ils habitent pour venir se loger dans nos tables, nos meubles, nos ustensiles de cuisine, etc.; pour frapper à nos portes et briser nos vitres; pour venir nous débiter leurs oracles en grec, latin, chinois, français, car ils sont polyglottes et de plus très-capricieux, très-rageurs; le plus simple bon sens a depuis longtemps fait justice de ces contes bleus avec lesquels on berçait nos ancêtres.
 

Quand on lit des choses pareilles de la part d'un « romancier » on comprend tout de suite qu'il a sut trouver le bon filon dans les croyances populaires pour faire de l'argent sur le dos de ses lecteurs. Un journaliste de Paris-Match serait capable de réaliser une vraie enquête sur le terrain et de publier un article à sensation beaucoup mieux documenté.

Les mensonges des écrivains

Alors qu'il donne son propre avis personnel, Auguste Debay, dans la suite de son bouquin « commercial », utilise la première personne du pluriel comme pour faire passer son propre point de vue en tant que généralité.

Auguste Debay pense que les personnes de bonne foi qui prétendent avoir vu et entendu les esprits ont été dupes de quelques mystifications. Oui, mais lesquelles ? Où en est la preuve ? Il croit qu'elles se trouvaient momentanément soumises à une hallucination développée sous l'influence de leur excessive crédulité. S'agirait-il alors d'une hallucination collective ?

L'auteur se met à nous parler des contes de revenants, des loups-garous, des sorciers, etc. Il dévie de son sujet car il n'a tout simplement rien à dire sur le sujet. Au lieu d'utiliser le terme de « tables tournantes » il emploie celui de « tables parlantes » pour susciter la moquerie chez ses lecteurs. Il a tout simplement rien compris, ne propose aucune hypothèse ni aucun embryon d'explication.

La seule vérité que l'on peut accorder à Auguste Debay réside dans la façon dont il clôt un sujet qui, visiblement, le dépasse magistralement :

La question des esprits ne mérite pas qu'on s'y arrête plus longtemps. 

C'est son aveu comme quoi il n'y connaissait rien et aurait mieux fait de ne jamais aborder le sujet des esprits.