Une nouvelle chronologie

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La chronologie admise était-elle simplement fausse ? Il était temps de passer en revue les datations des plus anciens sites d’occupations de l’île. Nous avons alors mis au point un protocole de tri conçu pour rejeter les datations non fiables. Quarante-cinq datations suggérant une présence humaine antérieure à 750 ont été publiées. Appliquant notre protocole, nous avons d’abord écarté celles qui furent obtenues à partir d’échantillons non fiables, tels les organismes marins dont la datation correcte doit tenir compte du plus ancien carbone présent dans le milieu marin. Nous avons aussi rejeté les datations isolées, c'est-à-dire non confirmées par une deuxième datation réalisée à partir de matériel trouvé dans le même contexte archéologique. Notre tri nous laissait neuf datations acceptables, toutes proches de l’an 1 100 à quelques incertitudes près. À nos yeux, la situation était claire : l’hypothèse d’une colonisation vers l’an 800 ne tenait pas.


Nos résultats s’avèrent compatibles avec les périodes de déforestation estimées par C. Orliac, par D. Mann et ses collègues, ainsi que par A. Mieth et H.-R. Bork. L’idée qu’une population petite ou transitoire s’est maintenue pendant des siècles doit simplement être abandonnée. À la place, nous proposons que la colonisation de l’île eut dès le départ un fort impact environnemental.

Pendant des milliers d’années, la plus grande partie de Rapa Nui était couverte de palmiers. Les dépôts de pollen montrent que le Paschalococos s’est établi sur l’île il y a 35 000 ans au moins, et qu’il a survécu à de nombreux changements climatiques et environnementaux. Toutefois, lorsque Roggeveen accosta en 1722, la plupart des grands bois avaient disparu. On sait aussi que pratiquement toutes les noix trouvées sur Rapa Nui ont été rongées. En d’autres endroits du Pacifique, nombre d’indices démontrent que les rats ont contribué à la déforestation, et sans doute l’ont-ils fait sur Rapa Nui aussi.

L’archéologue Stephen Athens, de l’Institut international pour la recherche archéologique d’Honolulu, a montré par des fouilles que la forêt qui recouvrait la plaine d’Ewa sur l’île hawaïenne d’Oahu a disparu entre 900 et 1100, alors que le premier indice de présence humaine dans cette partie de l’île remonte à 1250. Aucune raison climatique ne peut être invoquée pour expliquer la disparition des palmiers ; il semble en revanche que le rat polynésien (Rattus exulans) introduit par les premiers visiteurs d’Hawaï était présent dans la plaine d’Ewa dès 900. Il en résulte que la disparition de la forêt dans une grande partie de l’île d’Oahu est probablement due aux rats.

Les paléobotanistes ont démontré les effets destructeurs des rats sur la végétation insulaire de nombreuses autres îles, même quand elles sont le siège d’une grande diversité biologique, comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande. Dans les zones dératisées, la végétation se régénère souvent assez vite. Sur l’île de Nihoa, au Nord-Ouest de l’archipel, où les rats sont absents, la végétation d’origine de l’île est toujours là en dépit de la présence des hommes depuis la Préhistoire.


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