Les inscriptions nombreuses et l'ossuaire

En poursuivant la visite, on rencontre un puits dénommé le « Bain de pieds des carrière ». Destinée à désaltérer les carriers, la nappe aquifère provoquait des bains de pieds forcés, la limpidité de l'eau la rendant pratiquement invisible. La montée qui mène à l'ossuaire permet de voir, en se retournant, le double étage des carrières qui étaient souvent exploitées sur deux ou trois niveaux. On arrive ainsi face à deux piliers en maçonnerie ornés de décors noirs et blancs. Sur le linteau de la porte, se lit ce vers de Delille :



Arrête ! C'est ici l'empire de la mort

 

On pénètre alors dans l'ossuaire
, tel que, dans ses grandes lignes, l'a aménagé Héricart de Thury au début du XIX° siècle.

Un monument commémoratif placé sur la gauche rappelle les circonstances historiques de la création des Catacombes. Elles ont été établies par ordre de M. Thiroux de Crosne, lieutenant général de Police, par les soins de M. Charles Axel Guillaumot, inspecteur général des Carrières, en 1786. Elles ont été « restaurées et augmentées » par ordre de M. le comte Frochot, conseiller d'Etat, préfet du département de la Seine, par M. Hericart de Thury, ingénieur en chef des Mines, inspecteur général des Carrières en 1810.

Le transport et le dépôt de la grande quantité d'ossements que renfermait le Cimetière des Innocents ne furent terminés qu'en 1788. L'Administration, encouragée par ce premier succès, résolut de poursuivre son œuvre en supprimant progressivement tous les cimetières et charniers parisiens. C'est à ces transports et à ces inhumations successives que l'ossuaire des Catacombes a dû sa formation. Les ossements y furent d'abord jetés en tas avec précipitation, et ils restèrent dans cet état durant toute la Révolution. Ce fut sous l'Empire qu'eurent lieu les dispositions et les arrangements actuels. L'ordre le plus parfait, le plus convenable, a été établi ; on ne saurait trouver rien de mieux rangé, de plus salubre, de mieux entretenu. On ne voit que les extrémités uniforme des tibias ou des fémurs, droits, longs, minces et noircis, soigneusement superposés. On se demande au premier coup d’œil de quoi il s'agit. Tout cela est aligné de manière qu'il n'y en a pas un qui dépasse l'autre. Au sommet règne un cordon bien rangé de crânes.

L'ossuaire des Catacombes

Seulement 800 mètres de galeries sont visitables. Elles forment une boucle dans le quadrilatère formé par l'avenue René-Coty et les rues Hailé, Dareau et d'Alembert. Dans la première partie sont entassés les ossements venus le plus tardivement, en 1859, à la suite des travaux d'Haussmann (boulevard de Sébastopol) et de la suppression de l'ossuaire de l'Ouest (rue de Vaugirard). Les plaques mentionnent le transfert des ossements des Carmes de la place Maubert le 25 janvier 1814 et ceux de l'Hôpital de la Trinité (rues Saint-Denis et Greneta) le 6 janvier 1814.

Au-delà, on découvre une source appelée Fontaine de la Samaritaine. Elle doit son nom à l'allusion de l'Evangile de Jean : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif au lieu que celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif  » . La source a été découverte par les ouvriers qui y avaient établi un réservoir pour recueillir l'eau nécessaire à leur usage. On voit un peu plus loin des ossements venus de Saint-Landry le 18 juin 1792. La galerie s'élargit à la taille d'une crypte appelée Crypte du Sacellum : elle renferme un autel, à l'imitation d'un tombeau antique. Les galeries qui suivent contiennent des ossements venus du cimetière des Innocents en avril 1786 et en octobre 1787.

Quittant la crypte du Sacellum, on parvient à la lampe sépulcrale. L'Inspection des Carrières avait fait placer, sur un bloc de pierre, une vaste terrine, dans laquelle on avait soin d'entretenir continuellement un brasier ardent. Le feu rendait la circulation de l'air plus active. Ce moyen primitif fut remplacé par les puits de service qui facilitent l'aération.

Le tombeau de Gilbert, situé plus avant, ne contient pas les restes du poète, mort en 1780. C'est une ancienne consolidation à laquelle on a donné la forme d'un tombeau. Des vers célèbres sont inscrits sur la pierre inférieure :

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour et je meurs !
Je meurs et, sur la tombe où lentement j'arrive
Nul ne viendra verser des pleurs !

 

Les plaques qui suivent nous fournissent les indications des différents apports d'ossements : église et cloitre des Blancs Manteaux, 22 juin 1804 ; cimetière Saint- Eustache. mai 1787; Saint-André-des-Arts, 24 février 1794 ; église Saint Laurent, 17 avril 1871. Plus loin, des plaques rappellent les premiers combats révolutionnaires de 1788 et 1789 et ceux du massacre des prisons de 1792. Les restes des victimes furent directement déposés dans les anciennes carrières. Les ossements du cimetière de Vaugirard sont parvenus en 1859 ; ceux du cimetière du Saint-Esprit le 7 novembre 1804.


Lire la suite ...