Histoire secrète de l'Union européenne

Construction Européenne
Source : Article de Thierry Meyssan publié le 28 Juin 2004
http://www.voltairenet.org/article14369.html

Peu après la fin de la première guerre mondiale, certains hommes cherchent un moyen pour éviter les guerres en Europe. Dès 1922, le comte Richard de Coudenhove-Kalergi, un aristocrate austro-hongrois, publie un ouvrage qui s’intitule « Pan Europa, un projet ». Dans ce livre il développe la théorie du français Louis Loucheur qui suggère qu’en plaçant sous une autorité commune et partagée les capacités industrielles de plusieurs pays, les guerres peuvent être évitées car ces dernières exigent de grands moyens industriels.

Dépassant le principe de mise sous tutelle des ressources, il intègre les idées de l’italien Giovanni Agnelli concernant la création des États-Unis d'Europe calqués sur le modèle américain. L’avantage de ce fédéralisme constituerait de plus une super puissance européenne apte à rivaliser économiquement avec les USA, l’Empire colonial britannique et l’URSS qui vient de naître.
 
 

L’Union paneuropéenne

Les idées de Coudenhove-Kalergi sont soutenues par de nombreux intellectuels et personnages publics tels que Guillaume Apollinaire, Albert Einstein, Sigmund Freud, Pablo Picasso, etc., si bien qu’en 1926 une association est créée : l'Union paneuropéenne. Lors de son premier congrès à Vienne elle réunit plus de 2 000 participants.

L’idée est de former une coopération pacifique entre États souverains et non une Europe où les états seraient intégrés par la force et où toute souveraineté serait annihilée (ce que prône le fascisme). Aristide Briand (Prix Nobel de la Paix) devient le premier président de l’Union paneuropéenne. En compagnie de Edouard Herriot il va contacter ou fédérer vingt-six États dans les années trente.

D’autres part, la Société Des Nation (l’ancêtre de l’ONU) vit le jour. Un projet est lancé pour fusionner la SDN et l’Union Paneuropéenne. Mais la crise des années trente puis la seconde guerre mondiale apportent un contretemps à ce projet.

Le projet anglo-états-unien pour l'Europe occidentale

Après la guerre ce sont les États-Unis et le Royaume-Uni qui décident du partage de l’Europe dans le but de faire des États-Unis d'Europe. Cette fois la menace n’est plus constituée par les guerres entre les états d’Europe mais par la lutte contre le communisme. Les associations pro-européennes sont financées à coups de millions de dollars par la CIA dans le but d’être manipulées. C’est le début de la guerre froide.

Le Conseil de l'Europe est créé ainsi que la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1952. Pour ce qui concerne la Défense, c’est l’OTAN qui est créé en 1949. Mais le 7 mars 1966 Charles de Gaulle annonce le retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN pour recouvrer l'entier exercice de sa souveraineté sur le sol national.

Voyons comment tout ceci c’est déroulé…

Le hongrois Richard de Coudenhove-Kalergi, toujours lui, s’est exilé aux États-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il entreprend une vaste campagne de lobbying afin de convaincre Washington d'imposer une organisation fédérale en Europe. Le résultat est la création dès 1946 du Council on Foreign Relations (CFR).

Winston Churchill, à la même époque, propose à Washington la création des « États-Unis d'Europe ». Mais ces Etats-Unis rassembleraient en réalité les pays anglophones. Le reste de l’Europe placerait ses ressources industrielles sous l'autorité d'une instance supranationale qui serait subordonnée à l'Empire anglophone (ben voyons !) et qui servirait de zone tampon avec la zone communiste. Il faut noter également que la proposition de Churchill est exposée par Joseph H. Retinger qui n’est autre qu’un ancien conseiller exilé à Londres du gouvernement fasciste polonais.

La Ligue indépendante pour la coopération européenne

Le processus se poursuit. Les britanniques créent l'Independent League for European Cooperation (ILEC). Joseph H. Retinger en est le secrétaire général et l'ancien Premier ministre belge Paul van Zeeland en est le président. Le siège est à Bruxelles.

Des antennes sont installées en Allemagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Grande-Bretagne et même aux Etats-Unis. Le rôle de cette ligue est de promouvoir une zone européenne de libre-échange avec une monnaie unique. En effet, l’une des première mesure que prend un pays qui proclame son indépendance est de choisir sa monnaie. La monnaie unique est donc une façon détournée pour s’emparer de la souveraineté des états.

Dès septembre 1946, le CFR finance la création de l'Union européenne des fédéralistes (UEF). Cette structure est créée en Suisse, à Hertenstein. Son rôle est de mobiliser l'opinion publique pour accélérer la perte de souveraineté des États.

En janvier 1947, Churchill créé le Provisionnal United Europe Committee (PUEC). C’est un comité de « préfiguration » de l'Europe unie. En gros, son rôle est de déterminer comment découper la tarte.

Les américains créent de leur côté le Committee for a Free and United Europe (Comité pour une Europe libre et unie). Reste à savoir ce que signifie « Europe libre » dans l’esprit des américains. Ce serait en fait « libre du communisme » mais asservie aux States.

On voit que les choses vont très vite et que les anglais et les américains cherchent à s’emparer de l’Europe de l’Ouest dans le but d’anéantir toute souveraineté et d’avoir une couronne de provinces à leur botte pour endiguer l’expansion du communisme (pour ce qui est des américains) ou pour agrandir leur empire colonial (pour ce qui est des britanniques).

Les anglais accélèrent le mouvement

En juillet 1947, le CFR publie un article anonyme qui décrit le danger de l'expansionnisme communiste et préconise une série de solutions :
Phase I : fédérer tous les États d'Europe occidentale libérés par les Anglo-américains
Phase II : dégager les États d'Europe centrale et orientale de l'influence soviétique et les agréger aux « États-Unis d'Europe »

Les britanniques ne veulent pas se faire doubler par les américains et accélèrent le mouvement. En mars 1948, le Royaume-Uni signe un traité de coopération militaire avec la France et le Benelux : c’est l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Churchill convoque ensuite une réunion para-gouvernementale à La Haye dans le but d’agréger l'Union paneuropéenne, l'ILEC, l'Union des fédéralistes et bien d'autres mouvements. C’est la création du Mouvement Européen qui a lieu du 7 au 10 mai 1948. Joseph H. Retinger, toujours lui, en est le secrétaire général alors que le président n’est autre que le gendre de Churchill.

Les Britanniques ne veulent pas laisser le temps aux américains de s’organiser pour prendre le contrôle de l’Europe. Des représentants du Mouvement Européen se rendent aussitôt à Washington pour se coordonner avec leurs soi-disant homologues américains. Il est décidé de fermer immédiatement le Comité pour une Europe libre et Unie du sénateur Fulbright et de marginaliser le Comte Coudenhove-Kalergi. Une nouvelle structure est créée pour superviser la construction européenne : l'American Committee on United Europe (ACUE) (Comité américain pour l'Europe unie). Sa création effective a lieu le 5 janvier 1949.

D'autre part, il y a création de l'Assembly of Captive European Nations (ACEN). C’est littéralement l’Assemblée des nations européennes captives. Elle est formée par un réseau d’agents se trouvant en place derrière le rideau de fer, les « stay-behind ».

Même le Vatican s’en mêle en organisant le 2e congrès de l'Union des fédéralistes européens à Rome, en septembre 1948. Le but de tous n’est pas de constituer une Union Européenne mais bien de mener une croisade anti-communiste.

Le Comité américain pour l'Europe unie et l’OTAN

L'ACUE est en réalité composée d’un gratin de membres des services secrets et notamment de haut dignitaires de la CIA. Elle a pour fonction réelle de financer secrètement toutes les associations européennes fédéralistes.

Le 4 avril 1949, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la France signent le Pacte de l'Atlantique-Nord (OTAN).

Dans la continuité est créé le Conseil de l'Europe.

Tout se passe comme sur des roulettes pour les Britanniques jusqu’au jour où les soviétiques font exploser leur première bombe atomique en août 1949. C’est la consternation. Le monde est alors divisé entre deux puissances nucléaire : l’est et l’ouest. Les britanniques doivent rentrer dans le rang car ils ne jouent plus dans la cour des grands.

L'ACUE décide de reprendre le contrôle direct du Mouvement européen. L’Union des fédéralistes français se plaint de ne pas être représentée dans les instances dirigeantes et claque la porte. L'ACUE saisie ce prétexte pour interrompre le financement du Mouvement européen dont le président est poussé à la démission. Le siège du Mouvement européen est déplacé de Londres à Bruxelles.

La Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier

Le 8 mai 1950, le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, propose de mettre en pratique le projet de Louis Loucheur et de Richard de Coudenhove-Kalergi en créant une Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA).

Il faut cependant se rappeler que Schuman avait participé au cabinet de Philippe Pétain. Il était également membre surnuméraire de l'Opus Dei qui n’est autre qu’une confrérie secrète franc-maçonnique catholique (un genre d’Eglise de Scientologie de l’époque). C’est l’Opus Dei qui lui a redessiné une image « clean » en arrivant à effacer le souvenir de « collaborateur » qu’il avait laissé par le passé.

Dans la foulée, le ministre français de la Défense, René Pleven, propose, le 24 octobre 1950, la création d'une Communauté européenne de Défense (CED). Six États signent le Traité CED à Paris, le 15 février 1951. Mais les gaullistes et les communistes s'allient pour empêcher la ratification du Traité par l'Assemblée nationale, qui le rejette le 27 mai 1952. La France n’a pas d’autre choix que de se replier sur l’OTAN.

Le Groupe Bilderberg

La Communauté du Charbon et de l’Acier sert de tremplin pour fédérer les états. C’est à nouveau à Joseph H. Retinger, toujours secrétaire général du Mouvement européen, que l’on confie la tâche de recruter de hautes personnalités européennes pour faire avancer l'intégration des États européens au CECA et également à l’OTAN. Un « club » commence à se former autour de lui.

Une première réunion préparatoire est organisée le 25 septembre 1952 à Paris. Parmi les participants ont peut citer le prince Bernhard des Pays-Bas, Paul van Zeeland (l’ancien président de l’ILEC), Alcide Gasperi, les français Guy Mollet et Antoine Pinay et quelques autres personnalités.

Puis Retinger et le prince Bernhard vont chercher du soutien aux Etats-Unis auprès du général Walter Bedell Smith (le nouveau directeur de la CIA), et de Charles D. Jackson, le conseiller spécial du président. Des personnalités des finances et de l’industrie se joignent à eux, notamment David Rockfeller, le diplomate Dean Rusk, le magnat du ketchup Henry John "Jack" Heinz II, Joseph Esrey Johnson (Directeur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale), entre autres. La première réunion de ce club se tiendra du 29 au 31 mai 1954 à l'hôtel de Bilderberg aux Pays-Bas. Le groupe Bilderberg est une association secrète qui discute en secret des questions relatives aux relations secrètes américano-européennes. Elle est le chef d’orchestre, dans l’ombre, de toute la construction européenne.

En savoir plus sur le groupe Bilderberg.

L’Europe aujourd’hui : en marche vers le nouvel ordre européen

Emmanuel Macron
Le processus lent de formation des Etats-Unis d’Europe s’est poursuivi avec la création de la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1957. Le monde a ensuite été relativement stable pendant plus de trente ans jusqu’au référendum sur le traité de Maastricht le 20 septembre 1992. La communauté européenne s’étoffait doucement, passant de 6 membres fondateurs en 1957 à 12 membres en 1986.

Mais le traité de Maastricht a accéléré les choses et a entériné l’adoption d’une monnaie unique. En 1993, la CEE est devenue l’Union Européenne (UE) qui compte aujourd’hui 27 pays. Des états situés en dehors de l’Europe ont même effectué des demandes d’adhésion : la Turquie et le Maroc.

L’UE n’est pas la seule intégration supranationale. On peut citer également la Zone Euro et l’Espace Schengen qui compte 22 états membres de l’UE et 4 états associés.

En 2005 un référendum est organisé pour ratifier la constitution européenne. Le peuple français dit « NON ! ». Qu'à cela ne tienne, quelques années plus tard on nous fait passer la constitution sous une autre forme, le traité de Lisbonne, sans nous demander notre avis.

En 2007, le président français Nicolas Sarkozy, actuellement mis en examen pour corruption, a réintégré la France dans le commandement de l’OTAN.

En 2011, le candidat français favoris pour la présidentielle de 2012, Dominique Strauss-Khan, a été impliqué dans une sombre affaire d’agression sexuelle pour laquelle on peut s’interroger sur le fait qu’elle n’aurait pas été montée de toutes pièces par ses adversaires.

Les élections présidentielles de 2017 ont été un exemple de manipulation de l’opinion par les médias avec un dénigrement constant du Président François Hollande. Ensuite, le candidat favoris de la droite, François Fillon, a été impliqué dans un scandale d’emplois fictifs. Dans le même temps, les médias poussaient aux avant-plans un candidat inconnu qui avait trahi le gouvernement auquel il appartenait : Macron.

Pressions et menaces sur les anti-européens

Construction Europe
Pour finir, la candidate de droite anti-européenne, Marine Le Pen, qui était pourtant partie en tête en obtenant près de 30% des intentions de vote dans les premiers sondages, a échoué au second tour des élections après avoir conclu une alliance avec l’extrême droite de Dupont-Aignan et en annonçant que, si elle était élue, Nicolas Dupont-Aignan serait son premier ministre. Elle semblait oublier qu’au premier tour des élections, 95% des électeurs ne voulaient pas être gouvernés par Dupont-Aignan, ce candidat tellement à l’extrême droite que si on le pousse il tombe. Marine Le Pen a également échoué au second tour des présidentielles en retournant sa veste pendant l’entre deux tours au sujet de l’abandon de l’Euro, la monnaie unique, et de la sortie de l’UE. Aurait-elle reçu des pressions ou des menaces ?

Tout ceci a permis au candidat Emmanuel Macron, qualifié par certains d’ « euro-béa », de remporter la présidentielle en France et de commencer à s’asseoir sur la démocratie en gouvernant par ordonnances et en menant une politique de destruction nationale. On assiste également au regroupement des régions entre elles pour former des « super-régions » de la taille des landers allemands.

On ne peut que comparer ce qui se passe en France avec la proclamation de l’indépendance de la Catalogne en Espagne. Il est clair que les futurs Etats-Unis d’Europe sont en marche et les états actuels vont être morcelés en grandes régions autonomes sous le contrôle d’une autorité fédérale supra-nationale ne laissant plus aucune place à aucune souveraineté nationale.

Le Nouvel Ordre Mondial n’est pas aussi loin qu’on le pense.


 

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Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 15 Janvier 2019. Il est à jour.