Le Presbytère hanté de Borley - Témoignages et conclusions

Presbytère de Borley après son incendie
Le presbytère de Borley a été longtemps reconnu comme la maison la plus hantée d'Angleterre. Il s'agit d'une grande résidence de style néo-gothique, située dans la paroisse de Borley, dans le comté d'Essex.

Les Anglais viennent en foule pour visiter les ruines de cette ancienne demeure et écouter les récits terrifiants de fantômes que racontent les guides. La maison fait le bonheur de hordes de chasseurs de fantômes qui viennent réaliser des expériences paranormales en ces lieux.

Si vous avez raté la première partie de ce dossier, c'est ici.

Intéressons-nous maintenant aux différents témoignages des protagonistes et à la fin de l'histoire.

 

Le récit du révérend Smith

Affaire du presbytère de Borley
— Avec ma femme, nous y sommes arrivés en octobre 1928, déclare le révérend en se levant. Notre première impression fut sinistre. Les bâtiments étaient aussi incommodes que délabrés. Mais ce qui nous troubla surtout, c'est la réputation qu'avait la maison. Peu crédule de nature, je me suis d'abord attristé de voir nos paroissiens convaincus que le presbytère était hanté. Bien que défiant, je dus pourtant reconnaître que d'étranges bruits de pas résonnaient dans les pièces. Des chuchotements, des sifflements se faisaient entendre à travers les cloisons. Les portes claquaient, les volets s'ouvraient et se fermaient de façon insolite. La nuit, des lumières semblaient s'allumer dans les chambres inoccupées. Mon épouse avait engagé pour les travaux ménagers une jeune fille de seize ans, jeune et rieuse, qui ne craignait heureusement pas les revenants. Elle resta donc à notre service, bien qu'elle vit, de temps à autre sur la pelouse, la silhouette d'une religieuse qui disparaissait à son approche. Un soir, elle aperçut, à quelques pas de la maison, une voiture « à l'ancienne mode » tirée par deux chevaux bais et « semblant traverser les arbres ». Chose plus curieuse encore, un homme sans tête lui apparut derrière un buisson. Elle le poursuivit dans le jardin, mais la vision s'évanouit. Alors j'ai eu l'idée d'alerter le rédacteur en chef du Daily Mirror. Enchanté de trouver un excellent sujet d'article, celui-ci fit aussitôt une publicité formidable à l'affaire. Du coup, des hordes de curieux surgirent. Une compagnie d'autocars organisa des excursions. Fatigué de l'insalubrité de la maison et des incursions quotidiennes des curieux, je décidai de quitter le presbytère pour nous installer ailleurs. Voilà... C'est tout, monsieur le maire.

Le récit du journaliste

Pièce du Presbytère de Borley
Le révérend Smith s'étant assis, le maire se tourne vers un homme aux cheveux coupés en brosse et à la silhouette longue comme un jour sans pain.
— Monsieur, vous êtes journaliste au Daily Mirror. Comment avez-vous répondu à la demande du révérend Smith ?
— Comme aurait fait n'importe quel journaliste, monsieur le maire. Je suis venu aussitôt à Borley. Mais comme personnellement, je ne connais rien aux fantômes, j'étais accompagné d'un spécialiste des sciences occultes : Harry Price de la Society for Psychical Research (SPR).
— Racontez-nous ce qui s'est passé.
— Eh bien, le soir de notre arrivée, d'étranges phénomènes se sont succédés. Tandis que nous nous promenions le long des pelouses, Price et moi avons vu apparaître et disparaître derrière des buissons des silhouettes aux contours mal définis. Rentrés dans la maison au crépuscule, nous avons failli être blessés par la chute d'un gros carreau détaché de la véranda. Un moment plus tard, un chandelier de verre rouge dégringolait à travers la cage de l'escalier, heurtait un poêle de fonte et se fracassait à nos pieds. Puis une boule de naphtaline, lancée par une main invisible, m'atteignait au bras. Cet incident fut suivi par une pluie de petits cailloux, tombant du second étage sur le sol du vestibule. Pour compléter le tableau, toutes les sonnettes du presbytère se mirent à tinter tandis que les clés sautaient hors de leurs serrures pour choir bruyamment sur le plancher. C'est alors qu'au premier étage, dans une des chambres, Price décida d'évoquer les esprits qui hantaient le presbytère. Il y avait là le révérend Harry Smith, sa femme, les deux demoiselles sœurs du précédent pasteur et la secrétaire de Price. La voix de Price résonna dans le silence :

Si un esprit est présent ce soir, je le prie de se faire connaître !
 

Quelques secondes passèrent ; nous retenions notre souffle. Un craquement se fit entendre, venant de la table de toilette. Puis un autre coup retentit, venant du miroir d'acajou. Aucun doute n'était possible : l'entité voulait se manifester. Price demanda si elle accepterait de répondre à quelques questions, utilisant la convention traditionnelle : trois coups pour oui, un coup pour non et deux coups si la réponse était douteuse ou inconnue. On entendit immédiatement trois coups rapides et violents, venant du miroir. Price demanda d'abord à l'esprit s'il n'était pas l'ancien pasteur de Borley, le frère des demoiselles ici présentes. Trois coups affirmatifs se succédèrent. Price aussitôt enchaîna :
— Sont-ce vos pas qu'on entend dans la maison ?
— Oui.
— Désirez-vous tracasser ou ennuyer quelqu'un ?
— Non.
— Êtes-vous tourmenté par quelque chose que vous auriez dû faire pendant voire vie ?
— Non.

Alors, Price utilisa la méthode alphabétique pour communiquer plus rapidement. Malheureusement, les réponses restèrent incompréhensibles. L'entité ne paraissait pas saisir la technique de ce mode de communication, mais désirait nettement continuer à manifester sa présence. Vers deux heures du matin, les deux mèches de la lampe montées au maximum et la pièce parfaitement éclairée, nous fûmes tous surpris de voir la savonnette sauter hors du porte-savon, heurter le bord du pot à eau et rebondir sur le sol. Le lavabo était à l'autre extrémité de la pièce, nous en étions tous loin, assis auprès du miroir. Voilà, Messieurs, pourquoi je repartais le lendemain, convaincu qu'il y avait des fantômes à Borley.
 

Le récit de Harry Price

Harry Price
Au-dessus du menton en galoche de l'énergique Harry Price, une grande bouche s'entrouvre d'où jaillit une voix sourde et monocorde :
— Je tiens tout de suite à vous signaler, monsieur le maire, que ce sont les événements de ce premier soir qui m'ont convaincu, ainsi que d'autres auxquels j'assistai les jours suivants, car je suis venu à Borley sans idée préconçue. Ayant étudié la légende, j'avais conclu à son invraisemblance. Au XIII° siècle, le moine et la religieuse n'auraient pu fuir en diligence pour la bonne raison que celle-ci n'existait pas encore. De plus, aucun monastère, aucun couvent n'ont jamais été construits en ce lieu. Enfin, je doutais que l'on ait emmuré une nonne vivante. Ce n'est que plus tard, entré en communication avec les esprits de Borley que je connus la vérité : une religieuse française répondant au nom de Marie-Laure était venue du Havre pour épouser un habitant de Borley qui l'avait étranglée et enterrée là où nous sommes.
— Vous faites allusion à d'autres événements, monsieur Price. Pouvez-vous nous en parler ? demande le maire.
— Eh bien, alors que je dînais avec le révérend Smith, l'eau de mon verre s'est brusquement transformée en encre. Ce fait, et bien d'autres, furent constatés par de nombreuses personnes, par exemple l'ingénieur du son de la BBC venu faire des reportages, les innombrables témoins que j'ai fait venir, et, bien entendu, le révérend Foyster et sa femme qui ont succédé au révérend Smith.
 

Le récit des Foyster

Le révérend Foyster est chétif, plus vieux que Mathusalem et perclus de rhumatismes. Il faut tendre l'oreille pour l'entendre raconter comment les livres de la bibliothèque furent un jour retrouvés sur le sol, comment il lui arriva de découvrir ses meubles renversés, comment il s'entendit appeler par sa femme Marianne alors que celle-ci n'était pas dans la maison, etc...

Sa femme, encore jeune et jolie, montre plus de dynamisme dans son récit. Elle raconte comment sa santé s'altéra rapidement dans l'affreuse bâtisse où l'inconfort le disputait au mystère. Elle aussi n'en finit pas d'énumérer les incidents dont elle fut témoin. Elle recevait des coups de poing au visage lorsqu'elle traversait l'ombre d'un couloir, ce qui la conduisit à porter un scapulaire pour se protéger des esprits frappeurs. Des graffiti apparaissaient sur les murs. Un jour l'un d'eux s'écrivit devant ses yeux : « Marianne, s'il vous plaît, lumière, messes et prières. » Était-ce la jeune religieuse française qui réclamait des prières pour le repos de son âme ?

Finalement, le révérend Foyster, malade, et sa femme, épuisée, quittèrent le presbytère en octobre 1935. Alors Harry Price vint s'y installer. Il devait y rester trois ans, le temps de découvrir des ossements humains, probablement ceux de la nonne, enterrés dans le sous-sol. Durant cette fréquentation quotidienne des fantômes, il écrivit deux livres qui allaient faire du presbytère de Borley la plus célèbre maison hantée d'Angleterre.

Les autres témoignages

Le maire se tourne ensuite vers un autre groupe de témoins qui ne se sont jusqu'alors manifestés que par quelques sourires narquois :
— Je vois que vous n'êtes pas d'accord, dit-il.

La femme du révérend Smith, soixante ans, l'expression un peu absente, les cheveux blancs, prend la parole la première :
— Depuis que nous avons quitté le presbytère de Borley, j'ai réfléchi et, contrairement à mon mari, j'ai perdu toute conviction. Les lumières dans les vitres dont il vous parlait peuvent avoir été les reflets de phares de voitures, troublés par l'ombre des feuillages. La petite bonne qui nous a rapporté tant de faits surprenants était curieuse de nature et s'amusait de tout. Il est fort possible qu'elle ait inventé toutes ces choses pour se moquer, voir la tête que nous ferions, ou simplement pour se rendre intéressante.
— Merci Madame. Vous désirez parler, Monsieur ?
— Je suis le chauffeur du car qui, pendant un an, a conduit tes touristes au presbytère, déclare un grand gaillard au visage hilare. Je tenais à dire que les bruits que les habitants y entendaient n'ont rien de mystérieux. Car enfin, il faut bien le dire ! Ces caves sont pleines de rats ! Les poutres sont « bouffées » par les vers ! Le vent y souffle sans arrêt ! Un jour, comme je venais de déposer des spirites qui se livraient à leurs simagrées, je me suis caché dans l'ombre et d'une voix d'outre-tombe, je leur ai dit que j'étais le fantôme du révérend Bull. Eh bien, croyez-moi si vous voulez, mais eux, ils m'ont cru ! C'est moi aussi qui ai amené ceux qui devaient exorciser le presbytère. Et pour cela, vous savez ce qu'ils faisaient, monsieur le maire ? Ils brûlaient de la lavande ! Évidemment, cela n'a pas marché ; alors, ils ont essayé l'eau bénite, n'importe quoi !

Un élégant gentleman venu de Londres tout exprès, se lève à son tour :
— À votre demande, monsieur le maire, j'ai analysé les graffiti apparus sur les murs du presbytère. Ma conclusion est qu'ils ont été écrits par Marianne Foyster elle-même.

Cette fois c'en est trop ! Dans la vieille salle retentissent des cris d'indignation. Une voix aiguë dépasse toutes les autres : celle de Marianne Foyster. Elle crie :
— Mais pourquoi aurais-je fait cela ? Pourquoi ?

Conclusion

C'est alors que le détective Kendall, impassible, son imperméable bien plié sur le bras, prend la parole :
— Mais, parce que vous vous ennuyiez à mourir dans cette bâtisse, chère Madame. Parce que vous ne saviez quoi inventer pour convaincre le révérend Foyster de quitter les lieux. La réputation que Harry Price avait faite à cette maison était une trop belle occasion. Avec quelle application vous lui avez emboîté le pas ! Car je suis formel, monsieur le maire : il est possible que de joyeux lurons ou de tristes énergumènes se soient déjà déchaînés sur Borley dès la fin du siècle dernier, mais j'accuse le dénommé Harry Price d'avoir été le grand instigateur de cette monstrueuse mystification qui déshonore la réputation de notre île.

Le crâne chauve de Harry Price, resté assis au milieu des vociférations, se couvre de sueur. Sans pitié, le détective enchaîne :
— La nouvelle direction du Daily Mirror possède depuis longtemps un dossier qu'elle n'a jusqu'alors pas publié. Mais l'affaire prenant aujourd'hui un caractère officiel, je suis chargé de vous le communiquer. Vous y lirez par exemple qu'un journaliste qui a passé trois jours avec vous, Monsieur Price, au presbytère de Borley, après avoir assisté à de nombreux phénomènes bruyants, eut l'idée de vous empoigner par la taille. Il a trouvé vos poches pleines de cailloux et une brique glissée dans votre ceinture. Vous avez été incapable de lui fournir une explication... Le journal a étudié tous les phénomènes et trouvé à chacun une explication. La transformation de l'eau en encre par exemple : rien de plus facile ; il suffit de jeter dans l'eau des pastilles chimiques. Vous me direz que pour cela, il faut une certaine dextérité. Mais vous l'avez, cette dextérité monsieur Price, vous l'avez ! En effet, monsieur le maire, monsieur Harry Price, avant d'être chasseur de fantômes était, devinez quoi... prestidigitateur tout simplement !


Ruines de Borley
Les ruines du presbytère
Comme Price hausse les épaules, le maire lui demande :
— Pourquoi avoir fait ça, monsieur Price ?

Le détective répond à sa place :
— D'une façon ou d'une autre, il faut bien gagner sa vie, monsieur le maire. Les livres, les conférences qu'il a faites à propos du presbytère de Borley, « la maison la plus hantée d'Angleterre » lui ont rapporté une fortune.
— Messieurs... Inutile d'en entendre plus. Nous allons voter, dit alors le maire en s'adressant aux conseillers municipaux.
— Pour le maintien des ruines ?
Personne n'a bougé.
— Pour la destruction ?
Les unes après les autres, toutes les mains se sont levées.

 
Sources :
Pierre Bellemare
Cet extrait provient des « Dossiers Secrets » de Pierre Bellemare paru en 1984. Les noms des personnes et des lieux ont été remis à leur vraie valeur et l'article a été complété suite à une enquête documentaire menée par dramatic.fr en 2016.
Il est possible que le récit publié par Pierre Bellemare soit hautement teinté de fiction mais les faits corroborent avec ceux relatés dans Wikipedia.

Wikipedia
Le site d'Harry Price

Liens :
Galerie de photos de Borley


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