Le presbytère de Borley

Presbytère de Borley
Le maire plie sa lourde silhouette pour s'asseoir sur un tronc d'arbre couché : sous son poids, l'écorce a craqué, mal soutenue par le bois pourri. Devant lui, se dresse une grande maison de briques rouges délabrée : poutres à demi consumées par l'incendie, pans de murs prêts à s'effondrer, quelques supports de fer aux trois quarts rouillés qui évoquent une véranda disparue, des lianes et des ronces qui s'accrochent aux fenêtres, des broussailles qui ont envahi le jardin et le font ressembler à une forêt vierge. Certaines maisons paraissent prétentieuses, grossières ou borgnes et malhonnêtes, le presbytère de Borley évoque irrésistiblement l'horreur, le mystère et même les fantômes. Ceci n'est pas dû seulement à son délabrement, mais à son architecture sinistre, à sa disposition entre deux rideaux d'arbres immenses qui le privent de soleil, et bruissent éternellement dans le vent humide et froid qui balaie sans cesse le sommet de cette colline de l'Essex.

Le presbytère de Borley, cette grande résidence de style néo-gothique, située dans la paroisse de Borley, dans le comté d'Essex en Angleterre a été construit en 1862 pour recevoir le pasteur Henry Dawson Ellis Bull. Le presbytère fut élevé sur le site d’un précédent édifice détruit par un incendie en 1841. Il fut lui-même sérieusement endommagé par un nouvel incendie en 1939.


Depuis des années, les Anglais viennent en foule visiter ces ruines, écouter les histoires de fantômes terrifiantes que racontent les guides, tandis que les amateurs d'occultisme se livrent dans l'ombre glaciale et l'odeur des moisissures à d'étranges expériences.

Voilà pourquoi le maire Carroll se trouve ce jour-là devant « la plus célèbre maison hantée d'Angleterre », avec une grave décision à prendre : la détruire ou l'abandonner à ses fantômes.
 

La légende de la nonne emmurée

fantôme de la nonne
Indécis, il se lève et fait quelques pas vers la bâtisse. Son visage pensif, penché en avant, s'encadre d'un douillet et double menton. Ses petits yeux bleus par-dessus ses lunettes guettent la porte principale où s'agitent de vagues silhouettes. La réunion va commencer, il doit la présider.

Dans la seule grande pièce encore accessible du presbytère de Borley, devant deux moines en cariatides qui soutiennent le manteau d'une cheminée de pierre sur leurs têtes de lépreux qui ont perdu leur nez, un étrange tribunal est rassemblé. Le maire Carroll préside de son double menton impérieux. Les conseillers municipaux et les témoins mal assis sur des chaises de jardin écoutent le secrétaire qui commence par évoquer la légende pour résumer les faits. Il est myope, barbichu, et lit ses notes :
— Au XIV° siècle, dit-il, dans la campagne anglaise, se dressent un monastère bénédictin, supposé avoir été construit en 1362, et un couvent. Un moine s'enfuit avec une religieuse. Il est rattrapé et tué, la religieuse est emmurée vivante. La voiture dans laquelle ils ont été capturés et un cocher sans tête apparaîtront sous forme de fantômes pendant des siècles.

Le secrétaire marque un temps. Le maire jette autour de lui le regard de ses petits yeux bleus impassibles. Parmi les témoins, un clergyman lève la main : c'est le révérend Smith :
— Je voudrais faire une remarque.
— Je vous écoute, répond le maire.
— La légende que vous évoquez est inexacte, explique le révérend Smith. La suite des événements nous en ayant appris une autre. Il a été confirmé en 1938 que cette légende n'avait aucune base historique.
— Nous avons donc deux légendes, soupire le maire, cela ne simplifiera pas les choses. Mais nous verrons cela, poursuivez, monsieur le secrétaire.

Les premiers événements paranormaux

Le secrétaire poursuit donc son récit en expliquant qu'au XIV° siècle, à cet endroit, le révérend Herbert Veal construit un presbytère. Il a été détruit par feu en 1841. Borley Rectory a été construit près de l'église Borley par le révérend Henry Dawson Ellis Bull en 1862 pour y vivre avec sa famille de quatorze enfants.

Les premiers événements paranormaux se seraient produits aux environs de 1863. Quelques habitants se souviennent avoir entendu des bruits de pas dans la maison à cette époque. Le 28 Juillet 1900, quatre filles du recteur Henry Dawson Ellis Bull, ont vu ce qu'ils pensaient être le fantôme d'une religieuse au crépuscule, à environ 40 m de la maison ; elles ont essayé de lui parler, mais il a disparu quand elles s'en rapprochaient. L'organiste local, Ernest Ambrose, a dit plus tard que la famille habitant au presbytère étaient « très convaincue qu'ils avaient vu une apparition à plusieurs reprises ». Plusieurs personnes ont affirmé au cours des quatre décennies suivantes avoir été témoin d'une variété d'incidents embarrassants, comme un cocher fantôme conduit par deux cavaliers sans tête.

Bull est un homme pieux qui habite le presbytère avec sa femme et ses quatorze enfants, sans ennuis particuliers. Il meurt en 1892 et son fils, Henry ("Harry") Foyster Bull, lui succède comme pasteur. En 1900, le 28 juillet, on voit bien le fantôme de la religieuse, mais à part cela, c'est le calme qui précède la tempête. Il faut attendre 1928, le 2 octobre, pour que le révérend Guy Eric Smith soit nommé au presbytère de Borley comme successeur de Harry Bull décédé le 9 juin 1928.

Là, le secrétaire se tait, interrompu une fois encore par le révérend Smith :
— Si vous le permettez, je voudrais faire remarquer que ce récit me paraît tendancieux. Avant que je sois nommé au presbytère de Borley, celui-ci fut habité trente ans par le fils du révérend Henry Bull. Or il était déjà formel : le presbytère était hanté. D'ailleurs, il est mort en affirmant qu'après son décès, il ferait tout ce qu'il pourrait pour rester en communication avec les vivants. C'est tout ce que j'avais à dire, monsieur le maire.

Les chasseurs de fantômes

Voyant que le révérend Smith se rassoit, le secrétaire enchaîne :
— Peu après l'emménagement, l'épouse de Smith, tandis qu'elle s'occupait au nettoyage d'un placard, découvre un paquet de papier brun contenant le crâne d'une jeune femme. Peu de temps après, la famille a signalé une variété d'incidents divers, y compris les sons de la sonnette alors qu'elle était débranchée, les lumières apparaissant dans les fenêtres et des traces inexpliquées. En outre, la femme de Smith a cru qu'elle a vu un chariot tiré dans la nuit par des chevaux. En 1929, ayant le sentiment que le presbytère est hanté, le révérend Smith écrit au Daily Mirror. Le 10 juin 1929, le Daily Mirror envoie pour enquête un journaliste qui commence aussitôt à écrire une série d'articles. Il est accompagné par le célèbre chasseur de fantômes, Harry Price. Le 12 juin 1929, l'affaire commence. Des pierres et autres objets sont jetés. Des coups sont frappés de l'autre côté des miroirs. La bonne voit des apparitions.

Consultez aussi notre article sur les époux Warren, le célèbre couple de chasseurs de fantômes.

Un mouvement s'étant produit dans l'assistance, le secrétaire s'interrompt à nouveau. Le chasseur de fantômes Harry Price, un petit homme trapu, chauve, au nez en bec d'aigle, au menton énergique et au cou de taureau s'exclame :
— Ah mais pardon ! Vous avez l'air de penser que l'affaire commence avec mon arrivée : c'est absolument faux ! Les événements m'avaient depuis longtemps précédé. Mon intervention n'a fait que les rendre publics.

L'apothéose

Comme un murmure s'élève parmi les témoins, le maire intervient avec énergie.
— Nous verrons cela plus tard, je vous demande de laisser le secrétaire finir le résumé des faits tels que nous les connaissons.
Le secrétaire, pressé d'en finir, accélère le rythme de sa lecture :
— Le révérend Smith, terrorisé, quitte le Borley le 14 juillet 1929. Après plusieurs mois pendant lesquels le presbytère n'a pas de titulaire, les autorités ecclésiastiques nomment un autre révérend : Lionel Algernon Foyster. Il emménage avec son épouse Marianne le 16 octobre 1930. Foyster est un cousin germain des Bull. Ils ont une fille adoptive qui se prénomme Adélaïde. À partir de là, c'est l'épouvante. Pendant deux ans, les phénomènes se multiplient sous toutes les formes possibles. Lionel Foyster a écrit à Harry Price un compte-rendu de divers incidents étranges qui ont eu lieu entre le moment où les Foyster sont arrivés et Octobre 1935.

Incendie du presbytère
Les événements paranormaux sont nombreux : des cloches, des fenêtres qui se brisent sans explication, des jets de pierres et de bouteilles, des écritures sur les murs et jusqu'au verrouillage de leur fille dans une pièce sans clé. Marianne Foyster a rapporté à son mari toute une gamme de phénomènes poltergeist, y-compris quand elle a été éjecté de son lit. Adelaide aurait aussi été attaquée par « quelque chose d'horrible ».

Foyster essayé deux fois d'effectuer un exorcisme, mais ses efforts ont été vains ; au milieu du premier exorcisme, il a été frappé à l'épaule par une pierre de la taille du poing.

En janvier 1932, un groupe de spirites tente l'exorcisme. Cela calme un peu les fantômes puis ils reparaissent.

Les Foyster quittent Borley en Octobre 1935, à la suite de la mauvaise santé de Lionel Foyster.

En mai 1937, Harry Price annonce qu'il va tirer l'affaire au clair et s'installe lui-même au presbytère. Il y amène des spirites qui entrent en contact avec la religieuse assassinée. Les phénomènes recommencent de plus belle.

Le 27 février 1939, à minuit, c'est l'apothéose : le presbytère hanté prend feu et brûle. Les témoins de l'incendie voient des êtres étranges et non humains qui marchent dans les flammes. Depuis, sans que la guerre ralentisse leur zèle, des groupes de chercheurs de fantômes et des spirites enquêtent sans arrêt dans les ruines maudites, troublant le calme du district. Et le conseil municipal a décidé de faire la lumière sur cette affaire. Si les faits sont reconnus authentiques, les ruines seront préservées. Sinon, comme elles ne présentent aucun intérêt, elles seront détruites.

Le secrétaire a retiré ses lunettes pour les poser bruyamment sur ses papiers. Le maire prend alors la parole :
— Ayant rassemblé les témoins principaux de cette affaire, nous allons les entendre les uns après les autres. Après quoi, le conseil municipal votera en son âme et conscience. Voyons... Monsieur le révérend Smith, ayez la bonté de nous raconter votre séjour à Borley.



 
Sources :
Pierre Bellemare
Cet extrait provient des « Dossiers Secrets » de Pierre Bellemare paru en 1984. Les noms des personnes et des lieux ont été remis à leur vraie valeur et l'article a été complété suite à une enquête documentaire menée par dramatic.fr en 2016.
Il est possible que le récit publié par Pierre Bellemare soit hautement teinté de fiction mais les faits corroborent avec ceux relatés dans Wikipedia.

Wikipedia
Le site d'Harry Price

Liens :
Galerie de photos de Borley

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Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 2 Janvier 2019. Il est à jour.