Le centre du monde

Selon les anciens hindous le monde est divisé en 7 continents (dvipas) : Le Kus'a, le Plakra, le S'almali, le Kraugnca, le S'aka, le Purkara et, au centre, le Jambu (correspondant à l'Inde ou à toute l'Eurasie).

Le Jambu-dvipa est lui-même divisé en 10 pays et contenait le mont Meru (ou Sumeru), centre du monde.

Dans la cosmologie indienne, le Mont Meru est l'axe et le pivot de la terre, autour duquel tournent les astres. Et au-dessus de lui scintille l’étoile polaire. Son autre nom est Jayadhara, c’est à dire « support de Jaya », le soleil. Ses racines plongent dans les Enfers et, à l’image d’une fleur épanouie, son sommet est plus large que sa base.

Cette montagne fabuleuse est couronnée par Jambu, un arbre immense. Le Gange y tombe des cieux pour s'y subdiviser en 4 fleuves dans les 4 directions. Ses pentes sont d'or à l'Est, d'argent à l'Ouest, de cristal au Sud-Est et d'agathe au Nord-Ouest.

Sur ses pentes se trouvent la résidence principale des 33 Dieux et de leur roi Indra, dieu du ciel. Le Svarga (« Ciel-de-Lumière »), paradis d'Indra se trouve la également et Brahma règne au sommet, dans sa ville de Brahmapuri. C'est en quelque sorte l'équivalent hindouiste du mont Olympe des anciens Grecs.

Le Mont Meru est la montagne des dieux

Le Meru est entouré de murailles et d'océans, autant de barrières successives qui empêchent les non-initiés de s'en approcher.

On dit que, jadis, les Dieux indiens ont empoigné ce mont cosmique et ont baraté avec lui l’Océan primordial, donnant ainsi naissance à l’Univers. On dit aussi qu'il possède 4 sommets, le 5e ayant été précipité dans la mer par le Dieu Vayu pour former l'ile de Lanka (Ceylan).

Le Meru est placé traditionnellement au nord de l'Inde, au-delà de l’Himalaya. Hors, jadis, les Hindous situaient au même endroit un pays appelé « Uttara-Kuru » (« Kuru du nord »). Ce pays mythique et imprenable semble correspondre au pays des « Attacores » mentionné par Pline, et au pays des « Ottorokores » mentionné par Ptolémée. On racontait que c'était une démocratie, et que les femmes y étaient libres. D'autres pensaient même qu'il était habité par les dévas (dieux). Certains textes semblent également confondre l'Uttara-Kuru avec le pays d'ou seraient venus les Aryas lorsqu'ils ont envahi l'Inde.

Les bouddhistes pensaient que quatre grandes régions entouraient le mont Sumeru (Meru) : le Jambudvipa au sud (Inde), le Pûrvavideha à l'est (Asie ?), l'Aparagodâniya à l'ouest (Europe) et l'Uttara-Kuru au nord.

Ce pays d'Uttara-Kuru était plus précisément localisé prés du mont Kailasa (Kaïlas / Kailash), entre le mont Meru au sud et le mont Nila au nord. On dit que ses habitants n'avaient pas besoin de travailler pour vivre, qu'ils ne connaissaient pas la propriété privée et qu'ils construisaient des cités dans les airs.

Le Mont Meru identifié au Mont Kaïlas

Mont Kaïlas
Actuellement les bouddhistes et les hindouistes ont tendance à identifier le Meru au Kaïlas, un sommet de l’Himalaya haut de 6714 m. Le Kaïlas est pour eux la montagne la plus sacrée de la Terre : elle symbolise l’axe du monde. Selon le Ramayana c'est la que le singe Hanuman aurait cueilli l'herbe médicinale permettant de rendre la vie à Rama. Cependant cette montagne ne devrait jamais être gravie. Et d'ailleurs, jusqu'à maintenant, aucun alpiniste ne l'a jamais escaladée.

Dans certaines versions, on distingue cependant trois montagnes : Meru, Mandara et Kaïlas. Méru est l’axe central, Mandara est le pilier supporté par Vishnu sous forme de tortue, Kaïlas est la résidence de Shiva et de son épouse.

Prés du Kaïlas se trouvent les lacs d'eau douce les plus hauts du monde :
- Le Rakshastal (lac des démons Rakshasas) / lac de Ravana (roi des Rakshasas), qui symbolise les ténèbres.
- Le Manasarovar (Manasa sarovar = « lac de l'esprit ») / lac de Brahma, qui symbolise la lumière.

Le Manasarovar pourrait correspondre au mythique lac Anavatapta / Munetsuchi (le « Lac de glace ») que les bouddhistes situent au sud du « mont parfumé » et au nord du « mont des neiges ». Ils disent que ce lac marque le centre du monde, et qu'il en sort 4 fleuves (comme le paradis biblique) : le Gange, le Sindh (Indus), le Pakchou et le Sita. Ces 4 fleuves sortent par 4 gargouilles : un lion au Sud, un cheval à l'Ouest, un éléphant au Nord et une tête d'homme à l'Est.

Une montagne sacrée dans de nombreuses religions

Quatre religions ont fait du Kaïlas leur mont sacré :

Il est le Kailâsa parvata (« mont cristal »), demeure de Shiva et Pârvatî (« fille de la montagne ») pour les Hindouiste.

Il est le Ashtapada des Jaïns, lieu ou Rishabhadeva (le fondateur de leur religion) a atteint la libération spirituelle.

Il est le mont du swastika, palais des 360 divinités Guikhö du Bön Tibétain. Ils disent que les dessins de la neige sur les strates de la face sud indiquent les marches par lesquelles les dieux vont et viennent entre le ciel et la terre.

Il est le Khang Rimpoche (« précieux joyau des neiges »), trône de Demchog / Chakrasamvara (compassion) et de Dorje Phangmo (sagesse) symbolisant l'union des forces mâles et femelles, selon les bouddhistes tibétains.

Malgré que le bouddhisme soit une religion « sans dieux », l’image du Mont Meru en tant que Centre du Monde est reprise dans l’édification de temples, répliques terrestres de la montagne cosmique. Toutes ces constructions sacrées représentent symboliquement l’univers tout entier : les étages ou les terrasses sont identifiés avec les « cieux » ou les niveaux cosmiques. En les gravissant, le pèlerin se rapproche du Centre du Monde et, sur la terrasse supérieure, il pénètre dans la « sphère pure ».

Pour les bouddhistes, effectuer une fois le pèlerinage suffit à racheter les péchés de toute une vie. Ceux qui l’accomplissent cent huit fois peuvent atteindre le nirvana (la bienheureuse extinction des désirs à laquelle aspire le sage).

Des montagnes semblables dans d'autres cultures

Chez les anciens Perses Zoroastriens, une montagne semblable au Meru était également connue. On l'appelait Haraiti (« Gardienne ») ou Hara Berezaita (« Protection Élevée ») et son sommet était le mont Hukairya / Hokar (« Bienfaisante »). Sa base se trouvait dans l'Airyanem Vaejah, le pays d'origine des Aryens, au centre des sept pays créés par le dieu Ahura-Mazda. Elle était l'axe polaire et le pivot du monde, et on disait que le Soleil et la Lune tournaient autour d'elle. A son sommet vivaient le Yazata Mithra / Mehr et séjournaient les âmes des morts.

Plus tard, après l'invasion musulmane, les Perses l'appelleront la montagne Bardj, Borz, Alborz ou Harburz et son sommet principal sera le Taerd, Taêra ou Tirak (« crête »). On essaiera d'identifier ce mont cosmique à des montagnes diverses, dont l'Elbourz au nord de l'Iran. On disait qu'à son sommet vit l'oiseau Simargh, le roi des oiseaux. Celui-ci est le symbole de la connaissance mystique pure, de la vérité suprême, de la grande paix.

Les Mandéens reprendront cette montagne, qu'ils appelleront la « Montagne Blanche de Syr » / « Montagne de Lumière » et où Anosh-Outhra (Enoch) a initié Jean Baptiste. Cette montagne se situerait dans l'extrême nord.

Chez les musulmans, cette montagne deviendra le mont Qaf qui s'élève au centre du monde et est séparé des pays habités par une région ténébreuse. On dit que cette montagne est couleur d'émeraude et que près d'elle se trouve la fontaine de jouvence gardée par Khidr, l'homme vert.

Chez les chinois, cette montagne est remplacé par les monts Kun Lun (ou Kouen Louen). Cette chaîne de montagnes s'étend d’ouest en est et sépare le Xinjiang (au nord) du Tibet (au Sud). Elle culmine à 7723 m. Les anciennes légendes chinoises prétendent qu'elle était la demeure des dieux. Un ancien écrit littéraire dit : « l'Empereur Jaune (l'empereur des dieux) réside dans la montagne brumeuse du Kun Lun... la crête de la montagne de Kun Lun situe le palais de l'Empereur Jaune ».

On dit qu'elle est la « montagne du milieu du monde » autour de laquelle tournent le soleil et la lune. On dit aussi d'elle que c'est « le lieu où les dix mille choses ont leur origine et où alternent le yin et le yang ». Les anciennes fables indiquent que cette montagne relie les cieux et la terre, et qu'une personne ordinaire atteindra le ciel lorsqu’elle atteint la crête la plus élevée. En d'autres termes, on pensait que ce mont était une échelle ou une porte pour aller au ciel.

La montagne de l'immortalité chez les Taoïstes

La renommée du Kun Lun chez les Taoïstes vient de ce que le maitre céleste Tchang Tao-Ling (34-156, fondateur du taoïsme religieux) était allé y chercher deux épées qui chassaient les mauvais esprits. C’est dans cette montagne qu'il aurait bu la drogue d’immortalité (découverte par un de ses aïeux) avant de monter au Ciel sur un dragon de cinq couleurs.

Le Kun Lun s'appelle également « Hsien Shan », la « montagne des immortels ». Chez les Taoïstes elle symbolise en effet le séjour de l’immortalité, un peu comme notre paradis terrestre.

Protégée par la rivière Ruoshi (qui engloutit tout) et par une montagne de feu, elle est gardée par des animaux fantastiques. Et on dit que Lao-tseu s’y serait retiré, après avoir quitté la Chine.

Le sommet de cette montagne est la demeure de Xiwangmu (Hsi wang mu), la Reine-mère de l’Occident. Les plus anciennes traces écrites de cette déesse datent de la dynastie Shang (1766-1112 av. J.-C.) : On y parle de Xi-Mu, la mère de l'occident, qui s'oppose à Tung-Mu, la mère de l'orient.

Elle apparait ensuite sous son nom complet de Xiwangmu dans la « Chronique du Fils du Ciel Mu » (écrit vers 400-350 av. J.-C.) et dans les « Annales de Bambou » (Zhushu jinian, écrit vers 299 av. J.-C.). Ces textes racontent que le roi Mu (10ème siècle av. J.-C.) était parti combattre les tribus Kanronks ; il traversa donc le désert du Taklamakan (au nord des monts Kun-lun) et passa prés du mont Jiyu lorsqu'il rencontra Xiwangmu « là où les oiseaux bleus muent », prés du lac Yao, le lac de jaspe. Elle refusa de lui offrir l'élixir d'immortalité, mais lui donna sept pêches de l'arbre d'immortalité (dont les fruits ne mûrissent que tous les 3000 ans)..

Selon Zhuangzi, auteur du 4ème siècle av. J.-C., Xiwangmu conserve sa jeunesse car elle pratique le yoga sexuel et couche avec de nombreux jeunes hommes à qui elle soustrait leur énergie.

Le royaume de Shambhala

Cette montagne cosmique a donné aussi naissance au mythe du royaume de Shambhala au Tibet. Les Tibétains parlent de Shambhala (« qui détient la source du bonheur » en sanscrit) ou de Bde'byang (« la source de joie » en tibétain), royaume situé dans les montagnes du nord du Tibet (c'est à dire du coté de la chaine de Kun Lun), dont la capitale est Kalâpa et qui est entouré de 96 royaumes secondaires.

Le 1er roi de ce royaume aurait été Suchandra (Da-wa-zang-pa en tibétain). Celui-ci aurait écrit le Kalachakra mûla tantra (Rtsa-gyud en tibétain). Le 8ème roi, Manjushrikirti aurait contenu une révolte (au 2ème siècle av. J.-C.) puis aurait fondé une nouvelle dynastie qui règne encore actuellement.

Le sage Tilopa (988/1069) aurait visité ce royaume et en aurait rapporté la doctrine secrète du kalachakra (« roue du temps ») qu'il aurait incorporée dans le bouddhisme tibétain. (Le Dalaï-lama et le maître des karmapas sont tout deux initiés au kakachakra).

Le 21ème roi de shambhala, Aniruddha (Magagpa), serait monté sur le trone en 1927. Une prophétie dit que le 25ème roi, Rudra Chakrin (Rigden Dapo Tchakortchen), commencera son règne en 2327 et qu'il repoussera les envahisseurs La-los musulmans hors d'Asie en 2424 pour restaurer le bouddhisme. Ce roi, qui ressemble étrangement au Messie des autres religions, est appelé également kalki ou Kulika (ou Ridgen en Tibétain).

Le royaume Olmolungring

Les Bön-po (adeptes de la religion bön, antérieure au bouddhisme au Tibet), appellent ce royaume « Olmolungring » et affirment qu'il est antérieur au bouddhisme. Il se trouverait prés du mont Yungdrung Gutsegl (« pyramide des neuf Swastikas ») d'ou proviennent 4 fleuves : le Narazara à l'est, le Pakshi au nord, le Gyim Shang à l'ouest et le Sindhu (Indus) au sud. Ces fleuves sortent de 4 gargouilles : un lion des neiges à l'est, un cheval au nord, un paon à l'ouest et un éléphant au sud. Ce mont est probablement le Kaïlas car celui-ci est à la source du Brahmapoutre, de l'Indus, du Sutlej et du Gange (ou du Karnali). C'est ce royaume d'Olmolungring qui aurait envoyé l'instructeur Tönpa Shenrab apporter la religion bön aux Tibétains en 16017 av. J.-C.

Mais certains disent que Shenrab n'aurait été qu'un Zoroastrien venu de l'ouest à une date bien plus tardive. En effet, des textes indiquent qu'Olmolungring faisait partie du Tazig (Perse ou Tadjikistan). Le nom d'Olmolungring pourrait aussi être rapproché de la ville d'Olmaliq en Ouzbekistan. De plus certains prétendent que les dieux de la religions Bön auraient des noms d'origine iranienne.

Le royaume de Shang-Shoung

Dans certains livres tibétains, ce pays est confondu avec le royaume de « Shang-Shoung » (Zhang Zhung ou Zan-Zun en tibétain et Yangtong ou Xiangxiong en chinois) situé dans l'ouest ou le nord-ouest du Tibet. Selon l'archéologie, ce pays semble avoir été unifié par des peuples de langue iranienne, peut-être venus du Turkestan ou de l'Afghanistan, à l'âge du bronze.

Le dictionnaire Tibéto-Shanshun raconte ceci : « Le faiseur de miracles Esses vint alors du pays de Shanshun-Mar ». Un autre passage décrit comment ce Maître Esses (ou Eshe) prêcha, en Perse, au premier siècle de notre ère. Ce personnage a un nom que certain ont essayé de rapprocher de Jésus ... mais peut-être doit-il être plutôt identifié à Shenrab ?

C'est ce royaume (ou empire) de Shang-Shoung aurait civilisé les Tibétains. Mais par la suite, le Tibet unifié serait devenu un empire et aurait annexé le Shang-Shoung en 644. La capitale de ce royaume s'appelait Khyunglung Nulkhar, le « palais argenté de la vallée de Garuda ». On remarquera que Khyunglung (prononcé « Khyun lun » en Tibétain) ressemble beaucoup au mot chinois « Kun Lun » ! Cette ville aurait d'ailleurs été retrouvée dans la vallée de Sutlej, au sud-ouest du Kailash, au Himachal Pradesh, par l'explorateur russe Iouri Zakharov. L'emplacement de l'ancien royaume du Shang-Shoung a également été exploré par le français Michel Peissel.

Selon les Tibétains de la secte bouddhiste Karmapa, Shambala se situait plutôt en Orissa, en Inde, et c'est de lui que seraient venus les missionnaires ayant introduit le bouddhisme tantrique au Tibet. Les Karmapas semblent confondre ici le pays d'origine des missionnaires bouddhistes et le pays d'origine du l'initiation Kalachakra.

En Asie centrale, le mythe du royaume de Shambala a donné naissance à la légende du pays d'Agarta. Ce royaume ne se trouvant plus au centre du monde mais au centre du globe terrestre, c'est à dire dans le sous-sol. Il est étonnant de voir comment on en est parti d'une contrée située au sommet d'une montagne pour en arriver à un monde situé sous terre !

Ce royaume sera ensuite identifié par les new-ages occidentaux à celui situé à l'intérieur de la terre, cette dernière étant creuse !

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