L'Ankou, le messager de la Mort

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Longtemps, la Bretagne a vécu intimement avec ses morts, enterrés autour de l'église ou même à l'intérieur de l'édifice. Avant le XVI° siècle, nul mur ne séparait le cimetière du village. Et l'Ankou, figure masculine, était omniprésente dans l'imaginaire breton. Un squelette – ou parfois un être à la chair en décomposition – vêtu du costume traditionnel ou d'une grande cape noire. Entendre le grincement de son char signifiait une fin certaine pour soi-même ou un proche.


La présence de ce messager remonte bien au-delà du christianisme. Les premières mentions écrites de l'Ankou datent du IX° siècle. Le terme (et le personnage) a ses équivalents au pays de Galles (Angau) et en Cornouailles (Ankow). Sans doute l'Ankou était-il déjà dans l'imaginaire breton – avec les fées et les korrigans – lorsque les moines d'outre-Manche débarquèrent en Armorique.

L’Église chercha très tôt à récupérer celte croyance populaire en donnant le rôle de la Mort à Caïn, fils d'Adam et Ève – le premier meurtrier de l'histoire chrétienne. Une version qui n'eut aucun succès dans la tradition orale. La statuaire chrétienne finit toutefois par intégrer cette figure effrayante dans ses églises. L'Ankou y est souvent représenté avec un tibia en guise de sceptre et une faux à la lame retournée. Mais des représentations plus anciennes le montrent avec un marteau, ce qui en ferait un descendant de Sucellos, dieu gaulois au maillet, ou du Dagda irlandais.

Dans certaines églises, on trouve encore un mell beniguet, maillet bénit qui servait à abréger les souffrances d'un agonisant. Du maillet de Sucellos à cette arme « chrétienne », le lien est sans doute un peu rapide. Reste que l'Église sera parvenue à ses fins car cet Ankou, qui n'est pas la mort mais son serviteur, ne faisait qu'annoncer leur trépas à de futurs défunts désignés... par Dieu.


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