Les Yazdanites

Yazdanites
On croit souvent que le Kurdistan (zone partagée entre la Turquie, l'Iraq et l'Iran) est une région totalement musulmane. C'est du moins comme ça que nous la décrivent les dépliants touristiques ainsi que les chiffres des statistiques. Pourtant prés d'un tiers des Kurdes ne devraient pas être considérés comme des Musulmans. En effet, sous un très faible vernis islamique transparait encore la vieille religion des anciens Kurdes, antérieure à l'Islam : Le Yazdânisme (Yazdani = « culte des anges »).

Il est difficile de décrypter les origines de cette vieille religion ésotérique car elle semble mêler des croyances provenant peut-être d'horizons différents.

On y trouve sept anges, émanations du Dieu Hâk (homophone du mot arabe « Haqq » = « Vérité / Connaissance ») qui gouvernent le monde en son nom et qui s'opposent à sept esprits mauvais. Cela ressemble aux sept archanges planétaires des juifs, Chrétiens et Musulmans, mais aussi aux sept archontes des Gnostiques (et des Mandéens)... ainsi qu'aux sept « Ameshas Spentas » (« saints immortels ») des Perses Zoroastriens auxquels s'opposent sept démons (les « Drujs » ou « Darvands »).

D'ailleurs les Yazdânites croyaient également à la réincarnation... ce qui n'est pas une doctrine qui vient forcément de l'Inde puisque les Gnostiques la connaissaient aussi. Ils pensaient que les sept anges pouvaient s'incarner dans des corps de prophètes humains, à différentes périodes-charnières des cycles historiques, pour guider les hommes. Cela ressemble un peu à la doctrine des avatars (incarnations) du dieu Hindou Vishnu... mais cette croyance se retrouve aussi surtout chez les Mandéens du sud de l'Iraq (qui la tiennent probablement eux-mêmes d'une secte Gnostique).

Pour eux, les fondateurs des autres religions sont tous des « avatars » légitimes de ces sept anges, ce qui fait que les Yazdanites respectent toutes les religions.

Les Yazdânites semblent avoir aussi vénéré Khidr, l'homme vert. Et ce dernier provient probablement de la christianisation et de l'islamisation d'un ancien dieu local de la fertilité. Les Yazdânites semblent également avoir rendu un culte au soleil... ce qui pourrait être une coutume issue de la Perse Zoroastrienne.

Voici présenté les différents groupes en qui on retrouve les restes de cette antique religion.

 

Les Alevis de la Turquie

Les Yazdanites les plus nombreux sont les Alevis de l'est de la Turquie qui représentent de 20 à 25 % des habitants de ce pays (surtout des Kurdes). Ils vénèrent une trinité composée de Allah, Mahomet et Ali, ce qui les rapproche des Chiites (« Alévis » signifie d'ailleurs « partisans d'Ali »). Cependant leur islam n'est qu'un verni très superficiel leurs permettant de s'insérer dans la société musulmane. Les vrais musulmans, de fait, les considèrent souvent comme des hérétiques ou des païens (ce qui leurs a valu de nombreuses persécutions au cours des siècles).

En effet les Alévis ne lisent pas le Coran, ne vont pas à la mosquée, ils ne pratiquent pas les cinq prières musulmanes journalières, ils n'effectuent pas le jeune du Ramadan ni le pèlerinage à la Mecque, ils peuvent boire de l'alcool (rituellement) et ils peuvent manger du porc.

On peut donc se demander ce qu'ils ont de commun avec l'Islam. De plus ils croient à la réincarnation (comme les anciens Gnostiques), prient le soleil lors de son lever et de son coucher, et célèbrent des fêtes d'origines zoroastriennes (par exemple : Nevroz (Nawruz), le 21 mars, qui est le nouvel an zoroastrien). Ils célèbrent aussi Khidr le 6 mai.

Ils ont des pratiques culturelles qui leurs sont propres : ils ont des tékés (monastères) où vivent des moines célibataires. Le lapin et le cheval sont bannis de leur régime. Ils jeunent 12 jours pendant le mois de Muharran (au lieu du mois du Ramadan). Ils vont en pèlerinage sur la tombe du soufi Hadji Bektash (au lieu d'aller à la Mecque).

Ils ne croient pas à l'existence d'une vérité révélée (pour eux la connaissance est une conquête) et, pour eux, le Coran est uniquement allégorique. Ils se méfient aussi des hadiths sur Mahomet prétendant que ce sont des manipulations inventées par les Arabes (même le Coran pourrait n'être qu'une invention de Mahomet). Ils n'ont donc aucune croyance fixe, rejettent tous les dogmes, se montrent très tolérants et ont pour principe de ne jamais critiquer les croyances d'autrui. En effet, pour eux l'être humain est plus important que les croyances religieuses.

Ils s'opposent aussi à la polygamie et, chez eux les femmes sont les égales des hommes et elles ne portent pas le voile. Elles peuvent s'habiller à leur guise, aller à l'école et même travailler librement.

Lors du rituel sacré du Djem, le dimanche, les hommes et les femmes chantent et dansent ensembles en cercle au son du saz (luth oriental appelé aussi « Coran à cordes »), ce qui choquent les musulmans traditionnels et fait passer à leurs yeux les Alevis pour des licencieux. De leur coté les Alévis considèrent les musulmans chiites comme intolérants, sectaires et brutaux.

Les Alévis sont non-violents et opposés à la peine de mort. Leur religion est mystique et panthéiste : ils recherchent Dieu dans la nature, ce qui les rend proches des préoccupations écologistes. Leur religion est également humaniste : Ils pensent que Dieu est en l'homme et que l'homme est en Dieu. Ils ont donc soutenu activement la laïcisation de Mustapha Kemal en 1923 et se montrent favorables au modernisme, à la démocratie et même au marxisme.

Les Bektachis des Balkans

Les Bektachis sont des Alévis organisés en une confrérie soufie par Hunkar Hadji Bektash Veli (1209-1271). Ce maître soufi était un ascète errant originaire du Khorassan. C'est lui qui a apporté une légère couche d'islam sunnite aux anciens Alévis païens. Mais il était loin de suivre le Coran à la lettre.

Les Bektachis ont ensuite été réformés par un 2ème maître : Balim Sultan (1467-1516), dont la mère était bulgare. C'est lui qui a apporté une coloration chiite à la confrérie et a fondé l'ordre des Derviches Bektachis (dissous en 1826). Ces Derviches Bektachis étaient des sortes de moines célibataires vivant dans des monastères (« tékkés ») Ils faisaient vœu de pauvreté et avaient pour règle de « maîtriser leur langue, leur sexe et leur main » (comme les Zoroastriens et les Manichéens). D'ailleurs pour eux la fête zoroastrienne du nouvel an était considérée comme correspondant à l'anniversaire d'Ali.

Comme les Alévis, ils vénéraient une trinité : Hak (Dieu), Mohammed et Ali (identifié à Jésus). Comme les Chrétiens ils pratiquaient la confession (annuelle) et des repas rituels. Ils étaient aussi panthéistes et croyaient à l'unicité de l'être (tout est en Dieu).

Dans l'Empire turc Ottoman, les jeunes chrétiens étaient souvent enrôlés de force dans l'armée pour devenir des Janissaires (soldats esclaves). Ces jeunes chrétiens, forcés de se convertir à l'Islam, s'enrôlaient donc souvent dans l'ordre des Derviches Bektachis, ceux-ci étant plus tolérants et d'un Islam très peu profond (Balim Sultan, d'ailleurs, avait été le chef des Janissaires).

Ces Bektachis sont maintenant divisés en Celebis et en Babas.

Les Celebis sont les Bektachis de Turquie. Leurs maitres se succèdent de père en fils (ce sont des « enfants du sperme »).

Par contre les Babas sont les Bektachis des Balkans (Thrace, Bosnie et Albanie). Leurs maitres se succèdent que par voie spirituelle uniquement puisqu'ils sont célibataires. Le centre de leur ordre est à Tirana (20% des Albanais sont Bektachis).

On notera que le « Mouvement des jeunes Turcs », qui a introduit le modernisme en Turquie, était composé surtout de Bektachis.

Les Yarsanites de l'Iran

Les Yarsanites sont des Bektachis réorganisés par le maître Sultan Sahâk (Soltan Sohâk, 15ème - 16ème siècle).

On les trouve dans l'ouest de l'Iran, chez les Azéris, Kurdes, Turkmènes, Laks et Lures). Chez eux Dieu porte le nom de « Hâk » (= « Vérité » ? ) et ils divinisent Ali (comme certains Musulmans Chiites) mais se prétendent souvent Musulmans Sunnites. En fait, eux aussi n'ont qu'un très mince vernis de religion musulmane : ils ne pratiquent pas le jeune du Ramadan, ni les cinq prières journalières, ni le pèlerinage à la Mecque et n'ont pas de mosquées.

Comme les Alévis ils pratiquent le rituel musical du Djem, pendant lequel ils peuvent entrer en extase et parfois marcher sur le feu. Ils pratiquent aussi le rituel du sacrifice du taureau (inspiré de la religion zoroastrienne ?) Ils sont égalitaires et s'opposent aux castes.

Comme les Gnostiques ils croient à la réincarnation et pensent que le monde est dirigé par sept anges (Jebra'il, Mika'il, Esrafil, etc ...) qui s'incarnent parfois sur terre pour guider les hommes.

Les Yarsanites se divisent en trois groupes :
- Les Yârsâns qui se considèrent comme non-musulmans.
- Les Tâyifasâns qui sont assez distants par rapport à l'islam.
- Les Ali-Illahi ("Divinisateurs d'Ali") / Ehi-i-Hakk / Ahl-é-Haqq ("Gens de vérité") qui se sont rapprochés de l'islam chiite.

Les Kizilbachs (« Têtes rouges »)

C'était des Bektachis Turcs qui ont suivi le Cheykh Haydar (1460 - 1488), maître des soufis Chiites Safawiyyas (Séfévides). Bien que se disant Chiites, ils étaient panthéistes (ils honoraient les arbres) et égalitaires comme les Alevis et croyaient en la réincarnation.

Plus tard, vers 1500 - 1512, Ismaël, le fils de Haydar, s'emparera de la Perse où il fondera la dynastie Séfévide, alors que les Kizilbachs de Turquie seront exterminés par les Ottomans.

Les Kizilbachs descendent probablement des Khurranites / Khurranis (appélés aussi « Surkh-jâmgân » = « Habits rouges » ou Muhammia = « Porteurs de rouge »). Ceux-ci étaient une secte dualiste de l'Azerbaidjan au 9ème siècle. Ils croyaient à la réincarnation et militaient pour une société égalitaire, pacifiste et sans entraves à la liberté sexuelle.

Ces derniers descendaient eux-mêmes probablement des Mazdakistes, une secte dualiste (Mazdéenne ou Manichéenne ?) iranienne du 5-6ème siècle. Ces Mazdakistes croyaient que Dieu était assisté par sept vizirs (associés aux planètes) et 12 esprits (associés aux signes du zodiaque). Ils militaient pour l'égalité sociale, la propriété collective et la sexualité libre. Ils se reconnaissaient eux aussi à leurs vêtement rouges ... ce qui montre, étrangement, que cette couleur était déjà associée aux idées proto-communistes à cette époque.

Les Kakaiyas en Irak

Les Kakaiyas (= « Fraternels ») vivent dans le Kurdistan Irakien (région de Kirkouk) et sont un groupe apparenté aux Alevis. Ils vénèrent Ali comme les Musulmans Chiites... mais ont des croyances bien peu islamiques : ainsi ils croient à la réincarnation (leur fondateur, Sayyid Ibrahim, se serait déjà incarné six fois... la 7ème fois, il sera le Mahdi / Messie). Ils prient le soleil lors de son lever et de son coucher comme les Alevis (coutume zoroastrienne ?) Ils ne pratiquent ni le jeûne du Ramadan, ni le pèlerinage à la Mecque.

Les Kakaiyas sont organisés en quatre castes et mènent une vie communautaire basée sur la fraternité (ils évitent de mettre leur Ego en avant en disant "je") et, contrairement aux Musulmans, ils pratiquent le mariage et le divorce par consentement mutuel.

Après la guerre en Irak, de vieilles communautés telles que les Mandéens, les Shabaks ou les Sarliyas-Kakaiyas ont souffert au point que leur existence semble menacée. S'agit-il simplement du démembrement du Proche-Orient tel qu'il a émergé à la fin de la première guerre mondiale ou après les accords Sykes-Picot ? La crise semble malheureusement plus grave : on assiste moins à l'effondrement des vieux arrangements régionaux mis en place par les Britanniques et les Français qu'à l'échec pur et simple de l'État-nation moderne dans la région.

Les alaouites de Syrie

Il ne faut pas confondre les Alévis avec les alaouites (Alawites / Alawis / Nusayris) de Syrie (11 à 13% des Syriens), bien qu'on trouve quelques points de ressemblance. Ces Chiites alaouites ont été fondés par Muhammad ibn Nusayr al Namiry, mort en 884, qui se disait l'incarnation de l'Esprit Saint. Comme les Alévis ils rejettent les cinq piliers de l'Islam (la Chahada, les cinq prières journalières, l'impôt zakat, le pèlerinage à la Mecque et le jeûne du Ramadan) ainsi que la chariah (guerre sainte) et vénèrent une trinité (Allah, Mahomet et Ali).

Comme les Chrétiens ils communient avec le pain et le vin (chair et sang de Dieu) et célèbrent Noël, Pâques et l'Épiphanie. Ils célèbrent aussi Nawruz, le nouvel an Zoroastrien. Comme les Gnostiques ils croient à la réincarnation et pensent que les âmes révoltées sont tombées dans la matière. Par contre ils estiment que les femmes sont inférieures aux hommes (les femmes n'ont pas le droit à communier et elles ne seront pas sauvées).

Pour la majorité sunnite (80% des syriens), les Alaouites ne sont que d’obscurs hérétiques qu’Ibn Taymiyya, dès le XIVe siècle, assimile à des païens infréquentables. Du coup, les gens de la région ont appris le secret, kitman, et la dissimulation de leur foi, taqiya. Ici, se taire, c’est survivre.

Il n'est pas certain que les alaouites descendent vraiment des Yarsanites... mais il ont du au moins être influencés par eux. On remarquera aussi que leur nom de « Nusayris » semble être une arabisation du mot « Nazaréens », ce qui montre une influence chrétienne évidente.

Le territoire des alaouites était un État autonome situé le long de la Méditerranée au nord de la Syrie, près d'Alep. Sa capitale historique et culturelle est Lattaquié. Il est créé par la France après la Première Guerre Mondiale en 1922. Deux villes sunnites, dominant des campagnes peuplées en partie d’Alaouites, en constituaient des clés territoriales : Homs et Tripoli. La Syrie comptait, en 1918, quelque 200 000 Alaouite.

C'est dans un petit village de montagne, Qardaha, à une trentaine de kilomètres de Lattaquié, sous mandat français, qu'est né le 6 octobre 1930 Hafez el-Assad, le père de Bachar el-Assad. Il pris le pouvoir en Syrie en 1970 lors d'un coup d'état militaire.

Pour en apprendre plus : http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/07/27/letat-alaouite-en-syrie-une-remontee-de-lhistoire/

Les Shabaks et le shabakisme

Les Shabaks sont des Yazdanites vivant dans le centre du Kurdistan, au sud-est de Mossoul. Ils ont pour coutume de saluer le soleil levant ainsi que la lune. Leur langue est le shabaki, langue du nord-ouest iranien du groupe Zaza – Gorani. Les Shabaks vivent dans une communauté religieuse (ta'ifa) dans les plaines de Ninive. Les ancêtres des Shabaks étaient des adeptes de l'ordre Safaviyya, fondé par le mystique kurde Safi-ad-din Ardabili au début du XIVe siècle. Le texte religieux primaire shabak s'appelle le Buyruk ou Kitab al-Manaqib (livre d'actes exemplaires), qui est écrit en turkmène.

Leur population est maintenant tombée à moins de 500 000 (estimation datant de 2017). Mais on peut souligner que les membres des trois tribus kurdes de Bajalan (ou Bajarwans), Zangana et Dawoody vivent dans les mêmes villages que les Shabaks et sont généralement confondus avec le nom Shabak alors qu'ils ne sont pas de religion Shabak. On peut donc facilement imaginer que leur population est largement surestimée.

Les origines du mot Shabak ne sont pas claires. Selon une opinion, Shabak est un mot arabe qui signifie « s'entrelacer » , indiquant que le peuple Shabak est issu de nombreuses tribus différentes. Austin Henry Layard considérait que les Shabaks étaient des descendants des Kurdes originaires d'Iran et pensait qu'ils pourraient avoir des affinités avec les Ali-Ilahis. Anastas Al-Karmali a également soutenu que les Shabaks étaient des Kurdes. Selon une autre théorie, les Shabaks seraient originaires de Turcs anatoliens, qui ont été forcés de s’installer dans la région de Mossoul après la défaite d’Ismail Ier à la bataille de Chaldiran.

Après le recensement de 1987, le régime irakien a lancé une campagne de vengeance contre les Shabaks qui ont choisi de se déclarer kurdes. La campagne comprenait à la fois la déportation et l’assimilation forcée et beaucoup d’entre eux (ainsi que les Kurdes de Zengana et de Hawrami) ont été relogées dans des camps de concentration (mujammaat en arabe) situés dans la région de Harir, une région du Kurdistan. Environ 1 160 Shabaks ont été tués au cours de cette période. En outre, des efforts croissants ont été déployés pour forcer les Shabaks à supprimer leur identité propre en faveur de l’arabe. Les efforts d'assimilation forcée, d'arabisation et de persécution religieuse imposés par le gouvernement irakien font peser une menace croissante sur les Shabaks. Un Shabak a déclaré à un chercheur :

Le gouvernement a déclaré que nous étions des Arabes, pas des Kurdes ; mais si c'est le cas, pourquoi nous ont-ils expulsés de chez nous ?
 

Le politicien Shabak Salim al-Shabaki, représentant des Shabaks au Parlement irakien, a déclaré :

Les Shabaks font partie de la nation kurde
 , soulignant que les Shabaks sont ethniquement kurdes.

Le 21 août 2006, le chef du parti démocratique Shabak, Hunain Qaddo, a proposé la création d'une province distincte à l'intérieur des frontières de la plaine de Ninive pour lutter contre la kurdification et l'arabisation des minorités irakiennes. Le 20 décembre 2006, dix représentants des Shabaks ont unanimement voté pour la non-inclusion des zones habitées par les Shabaks de la région de Mossoul dans le gouvernement régional kurde. Un certain nombre d'opposants du village Shabak ont signalé qu'ils avaient été menacés par les autorités kurdes pour signer la pétition relative à l'incorporation. Le 30 juin 2011, le conseil provincial de Ninive a distribué 6 000 lots de terres à des employés de l'État. Selon le chef du conseil consultatif Shabak, Salem Khudr al-Shabaki, la majorité de ces lots ont été délibérément donnés à des Arabes. Human Rights Watch a rapporté à Hunain al-Qaddo, un politicien Shabak : « Les Peshmergas n’ont aucun intérêt réel à protéger sa communauté et les forces de sécurité kurdes sont plus intéressées par le contrôle des Shabaks et de leurs dirigeants que par leur protection. »

Une majorité de Shabaks se considèrent comme des musulmans chiites et une minorité s'identifie comme sunnite. Cependant, malgré cela, leur foi et leurs rituels diffèrent de ceux de l'Islam et présentent des caractéristiques qui les distinguent des populations musulmanes voisines. Celles-ci incluent des éléments du christianisme, notamment la confession et la consommation d' alcool, et le fait que les Shabaks se rendent souvent en pèlerinage dans les sanctuaires Yazidi. Néanmoins, les Shabaks se rendent également en pèlerinage dans des villes saintes chiites telles que Najaf et Karbala et suivent de nombreux enseignements chiites.

Les shabaks combinent des éléments du soufisme avec leur propre interprétation de la réalité divine. Selon les Shabaks, la réalité divine est plus avancée que l'interprétation littérale du Coran, connue sous le nom de charia. Les guides spirituels Shabaks sont connus sous le nom de Pirs et ils connaissent bien les prières et les rituels de la secte. Les Pirs sont sous la direction du chef suprême ou de Baba. Les Pirs agissent en tant que médiateurs entre le pouvoir divin et les shabaks ordinaires. Leurs croyances forment une foi syncrétique semblable aux croyances du yarsanisme.

Les shabaks considèrent également que la poésie d'Ismaël Ier a été révélée par Dieu et récitent la poésie d'Ismaël lors de réunions religieuses.

Les Sabéens de Harrân

Les Sabéens de Harrân sont souvent considérés par les Musulmans comme des païens adorateurs des étoiles. Ils ont repris ce nom de « Sabéens » à une secte de Baptistes afin de se faire prendre pour des « Gens du livre » et de bénéficier ainsi de la protection des Musulmans. Mais dans les faits, ce ne sont pas des Baptistes mais des Yazdanistes croyant que les étoiles sont des anges.

Pour eux, le monde est dirigé par sept anges principaux, correspondant aux sept planètes et aux sept jours de la semaine :

- Hios (= Hélios, dieu du soleil chez les Grecs) = Dimanche
- Sin (= Sin, dieu de la Lune chez les Mésopotamiens)= Lundi.
- Arès (= Arès, dieu de Mars chez les Grecs) = Mardi
- Nabûq (= Nabu, dieu de Mercure chez les Mésopotamiens) = Mercredi.
- Bal (= Bel, dieu de Jupiter chez les Mésopotamiens)= Jeudi.
- Balthi (= déesse de Vénus) = Vendredi.
- Kronds (Kronos, dieu de Saturne chez les Grecs) = samedi.

Les Sabéens pratiquaient aussi le sacrifice du taureau qui semble être une coutume Zoroastrienne.

Les Yézidis sont des angélistes

Les Yézidis / Ezidis / Ayzidis (= « angélistes ») du centre du Kurdistan sont considérés comme des hérétiques par les Musulmans. Ils ont été organisés par le Cheikh Adi ibn Mustapha (1073 - 1162), fondateur de la confrérie soufie Sunnite Adawiya... mais ils n'en sont pas moins restés des païens sous une très faible couche d'Islam.

Les Yézidis sont organisés en castes, ils ont des tabous liés aux quatre éléments (comme les Zoroastriens) et croient en la réincarnation (comme les Gnostiques). Ils prient vers le soleil deux fois par jour (coutume zoroastrienne ?) et croient que le monde est dirigé par sept anges « izeds » identifiés aux sept planètes et aux sept jours de la semaine :

- Dimanche = Azazil / Izraël / Malek Ta'us.
- Lundi = Darda'il.
- Mardi = Israf'il.
- Mercredi = Jibra'il.
- Jeudi = Azra'il.
- Vendredi = Shemna'il.
- Samedi = Nura'il.

Leur chef était Malek-Ta'us, c'est à dire « l'Ange-paon » (et non pas le « Roi-paon » comme on le rencontre parfois écrit), qu'on identifie avec Azazil ou Shaytan... c'est à dire avec le diable. C'est pourquoi les Musulmans accusent les Yézidis d'être des « Adorateurs du diable ». Cependant les Yézidis estiment qu'on peut vénérer Azazil car Khodé / Khuda (Dieu) lui a pardonné depuis longtemps et lui a rendu sa place de gardien du monde.

 
Voir aussi le génocide des Yézidis sur le site des Yézidis de France.

Les Yézidis pensent aussi que ces anges se sont incarnés plusieurs fois sur terre, dans des corps de prophètes ou de sages, pour guider les humains. Leur pseudo-fondateur, le Sultan Ezi (Yazid ibn Muawiyah), serait ainsi un de ces anges incarné en homme. Le célèbre mystique Hussayn Mansûr Al-Hallâj (qui jugera les hommes lors de la fin du monde) serait aussi une de ces incarnations angéliques.

Les Yézidis connaissent aussi la coutume du sacrifice du taureau (sans doute inspirée de la religion zoroastrienne) comme les Yarsanites et fêtent Khidr et Elyas le 18 février et le 1er décembre. Leur jour férié n'est pas le vendredi comme chez les Musulmans mais le mercredi, comme chez les Zoroastriens Mazdéens. Ils sont monogames et peuvent manger du porc et boire de l'alcool, contrairement aux Musulmans, mais ne peuvent pas consommer de choux-fleurs, comme les Mandéens. Ils ne peuvent pas non plus porter de bleu, comme les Mandéens et les Chaldéens d'Urmia.

Les autres groupes Yazdanites

D'autres groupes, plus ou moins petits, isolés et dispersés existent encore :
Les Mevlevi-Shemsis,
les Ibahimiyyas,
les Sarliyyas,
les Kirklars,
les Jahaltans,
etc...

Il est bien difficile de savoir d'où provient la religion originelle de ces différents groupes Yazdanites.

On a remarqué qu'ils expriment une certaine vénération panthéiste pour la nature. Il est possible que cette idée n'ait pas été ancienne dans la région et qu'elle ait été introduite par des turcs islamisés (ex-chamanes) venus du Turkestan.

Et c'est la même chose pour l'égalité entre hommes et femmes qu'on observe souvent chez les Yarsânistes : c'est peut-être aussi une coutume apportée dans la région par les premiers Turcs encore mal islamisés.

Par exemple, le maître Ahmed Yesevi (mort en 1167), le « Pir-i-Turkestan », fondateur de l'ordre des Derviches Sunnites Yesevis, enseignait le chant mystique (« zikr à haute voix » ou « Zikr de la scie ») à des groupes où les femmes non voilées étaient mêlées aux hommes... ce qui ne serait guère admissible pour un musulman classique. Il se disait même assisté par Hidir (Khidr). Hors Hunkar Hadji Bektash Veli, ce soufi vénéré par plusieurs branches des Yazdânites, semble bien être un descendant spirituel issu de l'enseignement de Ahmed Yesevi (le Vilâyetnâme de Hâcim Sultan, cite Hadji Bektash Veli parmi les disciples d'Ahmed Yesevi). Le « zikr à haute voix » pourrait même être l'ancêtre des chants du Djem chez les Alévis.

Le Kurdistan et ses environs, zone où l'on retrouve les débris du Yazdânisme, a aussi subit l'influence du Hanufisme, une école musulmane kabbalistique créée par Fazlallah Astarabadi also called Naimi (1340-1394) et qui étudiait l'influence numérologique des lettres dans les mots. Cependant, à part quelques mots du vocabulaire mystique, il est difficile de retrouver de grandes traces de la doctrine Hanufite dans le Yazdanisme actuel.

Au 7ème siècle, la zone où vivent les Yazdânites Alévis a subi aussi l'installation de la secte des Pauliciens. Ces derniers passaient pour être une branche des Gnostiques Manichéens fondée par Constantin de Mananalis (mort en 687). On sait peu de chose sur les croyances des Pauliciens ; ceux-ci rejetaient le clergé catholique, avec ses saints, ses cérémonies, ses sacrements, son eucharistie, son culte de la Vierge, son usage de la croix, etc... Ils ne voulaient conserver que le simple enseignement de Jésus. Ce qui ne les empêchait pas de s'appuyer plus sur les paroles de Paul que de Jésus.

Pour eux Jésus ne pouvait pas être matériel car la matière était mauvaise, seul le ciel étant bon. Ce qui ressemble aux croyances des Gnostiques Docétiens. Il est difficile cependant de repérer des influences issues de cette doctrine dans le Yazdanisme actuel.

Cependant, la piste gnostique est intéressante. Il est indubitable que le Yazdanisme a de nombreuses ressemblance avec les croyances des anciens Gnostiques. Il est possible alors que les Yazdanites dérivent des Magusiens, ancêtres probables des Gnostiques, et qui vivaient justement en Anatolie dans l'antiquité. Ces Magusiens, appelés aussi « Mages », étaient des prêtres Zoroastriens ayant mêlés leurs croyances à celles des astrologues chaldéens.

Dans le sens inverse, les croyances Yarsanites ont peut-être influencé la création d'une autre religion : La Bâbisme, en 1844, par Siyyid Ali Muhammad (1819-1850). celui-ci, en effet, se proclamait « Bâb » (= « porte ») ce qui est le nom que les Yazdanites donnaient aux avatars (incarnations) des sept anges.

En 1863, Mirza Husayn Ali (1817-1892) fera évoluer cette religion pour créer le Bahaisme, de portée plus universelle. Tout comme Yarsanisme, le Bahaisme estime que les prophètes de toutes les religions sont des incarnations d'envoyés du Dieu unique. Et donc pour eux toutes les religions sont légitimes et doivent être respectées.

Retour à la catégorie : Complotisme et sociétés secrètes