La magie Arabe de l'écriture

shams al maarif al kubra
Dans le monde musulman, l'écriture arabe est une science qui est appelée Ilm al Horuf. Il s'agit bien plus qu'un art de l'écriture et des lettres mais une véritable forme de magie très puissante qui est encore pratiquée de nos jours par certains savants et occultistes islamiques.

Cette magie n'est pas uniquement relative aux lettres et aux nombres mais elle englobe également les fameux carrés magiques de la culture arabe. On en retrouve des traces dans les célèbres grimoires de sorcellerie médiévaux tels que le Picatrix et le Shams al maarif, donc c'est quelque chose de très sérieux.

 
 

Ilm al Horuf

Sourate du Coran

L'écriture magique des sourates
Les lettres mentionnées dans les liminaires des sourates, et les lettres dans l'absolu, ont des propriétés magnifiques, de vénérables vertus, que connaissent ceux qui les pratiquent. Cette science de l'écriture magique a été présentée par le cheikh 'Abd al-Raḥmān al-Bisṭāmī dans ses livres composés à ce sujet.

La science des lettres (mabniyya 'alā 'ilm al-ḥurūf), celle qu'avait tant à cœur al-Būnī et d'autres de ceux qui ont suivi son exemple ou s'en sont approchés, est une philosophie plus subtile que la philosophie de leur premier enseignant qui est Aristote. Ils l'ont acheminée vers l'arrangement des lettres et ont considéré qu'elle gouvernait le monde. Ils ont parfois indiqué que leur action n'avait d'autre but que le choix des moments adéquats et les états spirituels convenant aux natures des astres pour que l'effet leur arrive comme une inspiration divine.

La science des lettres est devenu l'un des mode d’expression de la science sacrée de l'Islam. Pour développer une science de ce genre il est nécessaire de disposer d'une Tradition reposant sur une langue sacrée, c'est le cas de l'Arabe. De part le graphisme et la morphologie des caractères, cette langue sacrée est devenue le véhicule de la Parole de Dieu. Dans la pure tradition arabe, il est dit que la langue aurait été offerte par Dieu lui-même au prophète Ismaël. Transformée au cours du temps, elle s'est peu à peu éloignée de son origine sacrée. Le Prophète Mahomet en personne l'aurait rétablie dans sa pureté d'origine.

Les carrés magiques

Carré magique
La science des carrés magiques s'appelle 'Ilm a'dād al-wafq.

Les carrés magiques arabes (al-wafq) sont des tableaux carrés qui ont des cases carrées, dans lesquelles on dépose des nombres sous forme de chiffres (arqām 'adadiyya) ou des lettres à la place des nombres, à condition que les lignes et les colonnes de ces tableaux soient égales en nombre et qu'aucun nombre ne soit répété dans ces cases.

On mentionne que l'équilibre des nombres a des propriétés en abondance, issues de l'essence spirituelle de ces nombres ou de ces lettres. Des effets merveilleux et des actions étranges s'organisent avec eux, à condition de choisir des moments idoines et des heures fastes. Il existe sur cette science beaucoup de livres utiles sur le but connu des praticiens de cette discipline. Cette science fait partie des dérivés de la science des nombres ('ilm al-'adad) en tant que calcul des nombres (hisāb al-a'dād), et elle fait partie de la science des propriétés ('ilm al-ḫawāṣṣ) selon ses effets et ses utilités.

Carré magique
Carré magique de la mélancolie
La science des propriétés spirituelles, issues des carrés magiques en chiffres et en lettres, et de la décomposition des nombres et des lettres est une science recherchant la méthode de mélange des nombres et des lettres selon les analogies et les équivalences afin d'accrocher au moyen de cette équivalence des esprits agissants qui influent sur le déclenchement, selon ce qui est voulu et que l'on vise par l'arrangement des nombres, des lettres et leurs techniques.

Son but est l'obtention de la chose demandée qu'elle relève de la religion, d'ici-bas ou de l'au-delà.

Sa cible, son but et son utilité ne son pas cachés. Les livres de 'Abd al-Raḥmān al-Maġribī sont bénéfiques sur ce chapitre, de même que les livres du cheikh Aḥmad al-Būnī, et encore d'autres cheikhs.

Cette science peut être comptée parmi les dérivés de la science du calcul ('ilm al-ḥisāb) au niveau de l'arrangement des nombres. Elle peut être comptée parmi les dérivées de la science de la géométrie ('ilm al-handasa) pour l'aspect de l'équivalence de ces nombres et lettres dans les carrés magiques. Cependant, pour ce que l'on peut compter parmi les propriétés des lettres (ḫawāṣṣ al-ḥurūf) par le fait de composer le carré magique en lettres, relève des propriétés du Coran (ḫawāṣṣ al-Qur'ān).

Les meilleurs livres de cet art sont :
- Kitāb Šams al-āfāq fī 'ilm al-ḥurūf wa-l-awfāq (Le soleil des horizons : la science des lettres et des carrés magiques)
- Kayfiyyat al-ittifāq fī tarkīb al-awfāq (La méthode de la concordance : la composition des carrés magiques)
- Baḥr al-wuqūf fī 'ilm al-awfāq wa-l-ḥurūf (Les étapes maritimes : la science des carrés magiques et des lettres)

Les livres sont nombreux sur cet art, ils excèdent les cent compilations. Cette science est une mer sans rivage, qui finit donc à la science du dévoilement ('ilm al-mukāšafa) qui noie dans ses mers la raison ('uqūl) des savants et des sages.
 

Les différentes sciences des lettres dans l'islam

La science de l'action par les lettres et les noms

C'est une science noble, à laquelle on parvient par la persévérance, selon des conditions déterminées et des exercices spécifiques orientés vers ce qui est lié aux propriétés de ces lettres ou de ces nombres.

Son objet et son but sont apparents au Connaissant. On dit que sous cette science se trouvent en fait cent quarante-huit autres sciences. Les livres du cheikh 'Abd al-Raḥmān et du cheikh Aḥmad al-Būnī sont célèbres à son sujet.

La science des lettres lumineuses et ténébreuses

Certaines lettres sont considérées comme lumineuses (nūrānī) et certaines autres ténébreuses (ẓulmānī). On estime qu'il n'y a pas de lettre ténébreuse dans la sourate al-Fātiḥa et dans le liminaires des sourates. Le développement de cette science se trouve dans les livres du cheikh Aḥmad al-Būnī. Celui qui les demande les trouvera.

Le profit que l'on peut tirer de cette science est d'opérer par les lettres lumineuses dans des opérations visant au bien, et par les lettres ténébreuses dans des opérations visant au mal.

La science de l'action par le plus sublime nom ('ilm al-taṣrīf bi-l-ism al-a'ẓam)

Elle fait partie des sciences que personne n'atteint excepté les prophètes et les saints accomplis (al-awliyā' al-kāmilīn) parmi les maîtres du dévoilement et de l'observation directe (min arbāb al-kašf wa-l-'iyān). C'est pourquoi ils n'ont pas composé sur cette chose d'ouvrage qui rende visible ce nom, parce que son dévoilement auprès de certains n'est pas licite à l'origine. De son dévoilement découle une corruption du monde et une élévation de l'ordre des descendants d'Adam. Certes le cheikh al-Yāfi'ī et d'autres ont rassemblé les récits rapportés sur cette discipline, mais pas au point que la certitude en cette science épargne du malheur du châtiment, comme il l'indique dans son livre al-Durr al-naẓīm fī faḍā'il al-Qur'ān al-'aẓīm (La perle arrangée : les vertus du sublime Coran ).



La science des nombres amiables et odieux ('ilm ḫawāṣṣ ala 'dād al-mutaḥābba wa-l-mutabāġiḍa)

On mentionne que quand ils sont déposés dans la nourriture, la boisson ou autre chose qu'utilisent deux personnes, alors un amour merveilleux (maḥabba 'aǧība) se cultive entre eux.

Si tu les écris sur ton vêtement, il ne se séparera pas de toi. Le plus petit de ces nombres est K.R [=220] et le plus grand D.F.R [=284]. Trace-les au calame, donne le plus petit à qui tu veux et mange le plus grand : le plus petit obéira au plus grand selon une ingénieuse propriété. On utilise sur du raisin, des graines, des grenades et des fruits similaires un nombre sans le tracer.

Ensuite, le divin Platon a expliqué les propriétés des nombres qui s'aiment et se détestent (al-a'dād al-mutaḥābba wa-l-mutabāġiḍa). On mentionne que si on écrit les nombres qui s'aiment sur une jarre que l'eau n'a pas touchée et que deux personnes y boivent, il naîtra entre eux un amour solide qui n'existait pas avant cela. On mentionne également que si l'on considère la même chose avec les nombres qui se détestent, il apparaîtra entre eux une ferme adversité.

Pour en apprendre plus sur la science des nombres, la numérologie, suivez le lien.

Quant à la voie pour déterminer les nombres qui s'aiment, cela est expliqué intégralement avec les preuves numériques dans le livre Taḏkirat al-aḥbāb fī bayān altaḥābb (La mention des amants : explication de l'amour réciproque ). C'est un livre précieux qui indique la vertu de son auteur et l'élévation de son illustration dans les sciences exactes (al-'ulūm al-riyāḍiyya).

Science des lettres et magie

Magie des lettres

Les nombres ont une « force spirituelle subtile » (quwwa rūḥāniyya laṭīfa), termes qui ne manquent pas de rappeler la magie astrale dont le but est de faire descendre les « forces spirituelles » des astres.

De même, les nombres sont associés à des qualités naturelles (ṭabī'iyyāt), terme qui n'est pas sans rappeler la « science naturelle » dans laquelle s'inscrivaient la médecine, l'alchimie ou encore l'astrologie, et cette association d'idée est renforcée par leur hiérarchisation selon les « moments fastes » du ciel.

Les lettres quant à elles relèvent du monde sensible et inférieur, auquel correspondent les « propriétés », à l'instar des substances naturelles. La mention selon laquelle elles « ne sont restreintes à aucun moment » (lā waqt yaḥṣiru-hā) peut sembler contradictoire avec le lundi requis pour le rituel de la lettre dāl qui s'ensuit. Sans doute faut-il comprendre que la lettre agit naturellement et que le moment spécifique permet avant tout de renforcer son action ou de l'infléchir dans une direction spécifique. La contradiction majeure du corpus bunianum réside cependant plutôt dans le nombre des lettres de l'alphabet arabe.

Le problème de la vingt-neuvième lettre

En effet, le Šams al-ma'ārif reprend un extrait de Laṭā'if al-išārāt où le lām-alif est présenté comme la vingt-neuvième lettre de l'alphabet :

Les lettres sont vingt-huit sans la lām-alif et elles sont au total vingt-neuf. C'est le nombre des mansions lunaires (al-manāzil al-qamariyya). Puisque les mansions qui apparaissent au-dessus de la terre sont quatorze, ces lettres correspondant aux mansions sont celles qui s'agrègent à la lām de l'article défini, et elles sont quatorze lettres. Les voici : alif, tā', ṯā', dāl, ḏāl, rā', zāy, ṭā', ẓā', nūn, ṣād, ḍād, sīn et šīn. Les lettres qui apparaissent avec l'article sont quatorze, les voici : bā', ǧīm, ḥā', ḫā', kāf, lām, mīm, 'ayn, ġayn, fā', qāf, hā', wāw et yā'.

Ce passage montre clairement la difficulté que put éprouver al-Būnī à concilier plusieurs traditions. D'une part, pour ne pas se contredire, il doit maintenir les vingt-neuf lettres dont il a souligné l'importance au début de son ouvrage, d'autre part, il établit les correspondances avec les vingt-huit mansions lunaires, qui n'ont donc de sens qu'avec un alphabet à vingt-huit lettres.

On trouve cette association entre lettres et mansions lunaires dont la moitié est cachée et l'autre moitié apparente en substance dans la Risālat al-Ḥurūf attribuée à al-Tustarī. Cependant, la formulation d'al-Būnī est plus proche de celle d'Ibn Masarra, qui semble donc être sa source pour ce passage.

D'où donc peut venir l'idée que lām-alif est la vingt-neuvième lettre ?


Cette idée est consacrée par le hadith le plus particulier de Laṭā'if al-išārāt, qui est mentionné dès les premiers folios. Il est rapporté d'Abū Ḏarr al-Ġifārī au sujet de l'alphabet qu'il a dit avoir interrogé l'Envoyé de Dieu :

― Envoyé de Dieu ! Avec quoi chaque prophète est-il envoyé ?
― Avec un écrit descendu.
― Ô Envoyé de Dieu ! Quel écrit Dieu fit-il descendre sur Adam ?
― L'écrit de l'alphabet (Kitāb al-mu'ǧam).
― Quel écrit de l'alphabet, ô Envoyé de Dieu ?
― Ā B T Ṯ Ǧ etc.
― Ô Envoyé de Dieu, combien de lettres ?
― Vingt-neuf lettres.
― Ô Envoyé de Dieu, j'ai compté vingt-huit lettres.
 

L'Envoyé de Dieu se fâcha au point que ses yeux devinrent rouges, et il répondit :

Ô Abū Ḏarr, par Celui qui m'a donné la mission de prophète par le Vrai ! Dieu ne fit descendre à Adam que vingt-neuf lettres.
― Ô Envoyé de Dieu, n'y aurait-il pas parmi elles alif et lām ?

 

Et il répondit :

Lām-alif est une seule lettre, que Dieu fit descendre sur Adam sur un seul feuillet, accompagné de soixante-dix mille anges à la suite du lām-alif. Celui qui ne compte pas la lām-alif nie ce qui est descendu sur moi, il est affranchi de moi et je suis affranchi de lui. Celui qui ne croit pas aux lettres, qui sont vingt-neuf, ne sortira jamais du Feu de l'enfer.
 


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Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 12 Mai 2018, il y a moins d'un an.