Les Cathares

Croix cathare de Toulouse
Entre le Xe et XIIe siècle la France était séparée en deux régions bien différentes. Il y avait la France du Nord de la Loire qui parlait la langue d'oïl et était sous la domination du roi de France. Au sud c'était la langue d'oc qui ne se pliait pas au régime de féodalité très strict imposé par le nord. Deux croisades seront menées par le royaume de France, avec l'appui de l'église, pour s'emparer des régions du sud de la France, le Languedoc, l'Aquitaine, l'Occitanie et la Narbonnaise.

Plus libres, les villes du Midi sont aussi les plus accueillantes aux idées étrangères. Alors que le Nord est sous une gouvernance très verticale, macronienne, le sud est beaucoup plus démocratique. Les habitants élisent des consuls ou des capitouls qui gouvernent sur le terrain. Ce sont des genres de députés qui peuvent parler d'égal à égal avec les seigneurs dont ils dépendent.

Les troubadours du sud se déplaçaient de château en château et répandaient des idées nouvelles qui imprégnaient les citoyens encore empreint des souvenirs de la civilisation romaine. C'est ainsi que la doctrine Cathare trouva un parfait terreau en terre occitane.

 

Qu'est-ce que le catharisme ?

Le mot cathare évoque confusément, dans le grand public, une mystérieuse secte médiévale, aux croyances ésotériques et aux rites initiatiques. Or cette riche légende des cathares est fort éloignée de la vérité historique, et pour cause, elle tire sa source de la propagande de l'Église catholique, qui les a combattus sans relâche durant les XIIe et XIIIe siècles.

Le catharisme est une doctrine antérieure au manichéisme. Elle prend racine dans le gnosticisme des débuts du christianisme. On peut même remonter encore plus loin dans l'histoire pour trouver ses sources dans le Zoroastrisme et le Mazdéisme.

Après l'expansion du christianisme en Europe, de nombreux moines s'étaient révolté contre l'Église de Rome qu'ils jugeaient trop complexe et trop éloignée de Dieu. Il y avait beaucoup trop de cérémoniel et de luxe. Ils prêchaient pour un retour aux véritables sources et une relation plus étroite entre les hommes et Dieu. Les gnostiques défendaient l'idée de l'opposition du Bien et du Mal. Ils soutenaient que l'âme était emprisonnée dans le corps qui aurait été créé par le Malin. Le corps humain était considéré comme la prison matérielle des âmes d'anges précipités sur terre lors d'une bataille entre les deux démiurges, bon et mauvais. Le catharisme était bien plus qu'un simple mouvement de critique à l'instar des Gilets Jaunes. Il est très vite devenu une véritable religion à part entière, différente du catholicisme romain.

Le catharisme c'est répandu comme une trainée de poudre en Languedoc car il était encouragé par les Seigneurs du Midi. En encourageant le Catharisme, sans pour autant en adopter la foi, les seigneurs luttaient ainsi contre un clergé trop puissant. Ce fut notamment le cas des Trencavel, les vicomtes de Carcassonne.

Le catharisme propose une interprétation alternative des évangiles, rejetant particulièrement tous les sacrements tels que le baptême, l'eucharistie, le mariage, etc. Ces mêmes doctrines se retrouvent dans les bases du Christianisme primitif et du gnosticisme. C'est de là que le catharisme prend sa source. Il s'est ensuite implanté à travers l'Europe en Italie du Nord et en Bulgarie où il donna naissance à la secte des bogomiles.

Nombre de prédicateurs chrétiens accusent alors les cathares d'adorer le diable au cours de messes noires et d'orgies débridées. La caricature ne recule devant rien. A l'image du théologien Alain de Lille, qui prêche contre eux au début du XIIIe siècle :

Dans leurs conciliabules, ils font des choses immondes. On les appelle cathares, de cattus, car, à ce qu'on dit, ils baisent le derrière d'un chat.
 

C'est maltraiter au moins l'étymologie : « cathare » tire son nom du grec « catharos », qui signifie « pur ». Cette religion a en effet pour but ultime d'atteindre la pureté de l'âme humaine. Le nom de cathares a été donné par Saint Augustin (mort en 430) contre des hérétiques de l'Antiquité tardive, qui étaient dits « cathares » , c'est-à-dire « les purs » en grec. Le moine bénédictin Eckbert de Schënau est le premier à reprendre l'appellation en 1163 pour nommer ainsi les hérétiques médiévaux. Les cathares, eux, ne l'ont jamais employé : entre eux, ils se nommaient « bons hommes » ou « parfaits ».

La secte de Bogomile

Evangile Cathare
Evangile Cathare
Bogomile était un pape bulgare. Dès 950 il prêchait des théories dualistes de lutte entre le bien et le mal qui connurent un vif succès auprès de la population. Une secte vit le jour. Les adeptes croyaient au Bogomilisme, une certaine philosophie destinée à aider l'âme à s'éloigner des besoins physiques et du monde matériel pour atteindre une plus grande pureté.

Les idées de Bogomile se répandirent à tout le Péloponnèse, à la Macédoine, en Bosnie et à l'est jusqu'à la Turquie. En Bosnie, le Bogomilisme devint même une religion d'état.

Les moines parcouraient les campagnes deux par deux, tels des témoins de Jéhovah. Ils avaient traduit l'Évangile de Saint-Jean à leur sauce pour le rendre plus compréhensible par le commun des mortels. Ils s'appelaient entre eux les « Bons Chrétiens » ou les « Amis de Dieu ». Ils arrivaient facilement à recruter des membres parmi les érudits, les nobles et la bourgeoisie.

Le catharisme et la secte de Bogomile apparurent sensiblement en même temps, si bien qu'on les a souvent confondu. Mais se sont deux doctrines différentes, bien que très proches.
 

Le dualisme

Loin de sa légende sulfureuse, le catharisme, apparu en Occident au début du XIIe siècle, est en réalité à l'origine une Église publique, ouverte à tous, que seule la terrible répression menée par Rome obligera à se réfugier dans la clandestinité. Que reprochent aux Cathares les défenseurs de l'orthodoxie ? Leur vision du monde, il est vrai fort éloignée des canons chrétiens. Les Cathares se proclamaient Chrétiens mais rejetaient en bloc l'Ancien Testament ainsi que les rites de l'Église Catholique. Les cathares attribuent l'Ancien Testament au dieu mauvais, et le Nouveau Testament au dieu bon. L'Église Cathare ne pratiquait qu'un seul et unique sacrement : « le Consolamentum ». C'était un genre de baptême spirituel destiné à élever un croyant au rang de « parfait ». Ce sacrement n'était donné qu'avec prudence et parcimonie. Il impliquait que celui qui le recevait ait une âme pure et vive dans une foi Cathare totale. C'est aussi pourquoi le Consolamentum n'était souvent donné qu'aux portes de la mort.

Pour les cathares, l'univers est une création ambiguë ; si le paradis est la création de Dieu, le monde des humains est, lui, l’œuvre de Satan, et source de tentations et de corruption. Les hommes, qui possèdent en eux des âmes d'anges, déchues sur terre lors d'une bataille entre le Bien et le Mal, doivent mener une vie exemplaire pour que, à leur mort, leur âme délivrée de sa prison charnelle puisse retrouver le paradis.

On a donné à cette représentation de l'univers le nom de dualisme, lequel n'apparaît pas ex nihilo dans l'Occident du XIIe siècle. Il constitue un héritage du gnosticisme, doctrine de l’Église orientale de l'Antiquité.

Les Albigeois

La religion cathare connue un essor fulgurant et s'étendit dans tout le sud-ouest de la France. On appelle souvent les cathares des Albigeois car ils étaient très implantés à Albi. Mais le catharisme ne concerne pas le seul Languedoc : au début de son implantation, des communautés dualistes naissent en Italie du Nord, en Bourgogne, en Flandre et en Rhénanie. L’Église ne plaisante pas avec ce que les historiens assimilent à une forme de pré-Réforme, méprisant le monde et ses richesses, dénonçant le pouvoir temporel et l'opulence du clergé. Le dualisme est sévèrement réprimé : de « pseudo-apôtres » sont brûlés à Liège et en Rhénanie, au milieu du XIIe siècle. Effrayés, leurs disciples retournent à une foi plus convenable.

Dans le Languedoc, en revanche, l'hérésie résiste. Et prolifère, même, sous le regard complaisant, voire bienveillant, de certains prélats et de la plupart des grands seigneurs locaux. Proche de l'Espagne, qui est encore celle des trois religions, la région est réputée pour sa tolérance religieuse ; elle est aussi jalouse de son indépendance et rejette l'autorité du pape comme celle du roi de France. Les fiefs des comtes de Toulouse et de Foix, comme ceux du vicomte Raymond Trencavel, constituent une terreau plus que favorable au développement de la « nouvelle foi ».

En 1167 un concile Cathare(1) se tint à Saint-Félix-de-Caraman (aujourd'hui Saint-Félix-Lauragais), près de Toulouse. Ce concile marquait la véritable rupture entre cathares et catholiques par la création d'une Église Cathare parallèle à l'Église Catholique Romaine. Cinq Églises Cathares, chacune dirigée par un évêque, s'y épanouissent bientôt, dans l'Albigeois, le Toulousain, le Carcasses, l'Agenais et le Razès. Refusant toute hiérarchie, à l'image de l’Église primitive, la communauté cathare s'y organise suivant deux niveaux seulement : les simples croyants et les prêtres. Ces derniers se partagent entre la prédication et la vie en communauté, dans des « maisons de parfaits » au cœur des villes et des villages, couvents ouverts où ils côtoient librement le reste de la population, qu'impressionne leur mode de vie très réglé : prière, jeûne, interdiction de manger de la viande, chasteté et, surtout, respect d'un idéal de pauvreté. Ainsi, c'est d'abord par l'exemple que les parfaits, souvent issus de la bourgeoisie et de l'aristocratie, prêchent leur foi.

(1) Source : Guillaume Besse, Histoire des ducs, marquis et comtes de Narbonne

La croisade contre les Albigeois

Devant le risque que représentait le catharisme pour l'Église, celle-ci condamne très vite cette philosophie et, dès 1119, le pape Calixte II dénonce la doctrine cathare comme hérétique. En mai 1165, c'est le concile de Lombers qui condamne la secte d'Olivier (évêque cathare) et ses compagnons comme étant hérétiques.

A partir de 1203, le Pape Innocent III envoie en Languedoc plusieurs prélats pour tenter de lutter contre l'hérésie cathare. Mais leur mission de prédication ne suscite que de l'hostilité. En 1208, le légat du Pape est même assassiné par un serviteur du comte de Toulouse. Raymond VI, le Comte de Toulouse, refuse de collaborer avec le légat envoyé par le Pape et il est excommunié en 1208. Il est accusé d'être le commanditaire de l'assassinat du légat Pierre de Castelnau.

Cet assassinat est un prétexte inespéré pour le pape Innocent III qui, aussitôt, appelle à une expédition contre les albigeois. C'est ce qu'on a appelé la Croisade des barons. Le roi de France Philippe Auguste profite de l'occasion pour s'emparer de la région et envoie une armée de 300 000 croisés. Pendant vingt ans, des armées venues du nord de la France vont s'abattre sur le Languedoc, massacrant et pillant allègrement.

Le 22 juillet 1209 a lieu le siège de la ville de Béziers par la Croisade catholique. Plus de la moitié des habitants de la ville sont massacrés. Aux soldats qui se demandaient comment faire pour distinguer ceux qui étaient hérétiques de ceux qui étaient fidèles, l'abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, répondit par cette phrase : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». Ce fut un carnage systématique et on décompte plus de 20 000 morts, y-compris femmes, enfants et vieillards. Après cet énorme massacre, la cité toute entière a été pillée et brûlée.

Le 15 août 1209 c'est au tour de Carcassonne d'être prise par les croisés du pape et ses habitants sont chassés nus de la ville. Le 22 novembre 1210, Termes, dans l'Aude, se rend aux croisés catholiques acteurs d’une politique de terreur digne du nazisme. Le 3 mai 1211 les croisés du pape prennent Lavaur, égorgent, lapident et brûlent les hommes comme les femmes. 400 cathares furent massacrés.

Traversant les Pyrénées, Pierre II, le roi d'Aragon, vient au secours du comte de Toulouse, Raymond VI : la bataille de Muret, en septembre 1213, se solde par la victoire des croisés.

La croisade des Albigeois devint une guerre de conquête au profit du Roi de France qui pouvait enfin imposer son pouvoir dans cette riche région. Simon de Montfort, petit Seigneur d'Ile de France fut investi en 1215 du titre de comte de Toulouse. La croisade pris fin en 1218 à la mort de Simon de Monfort.

La seconde croisade contre les albigeois

C'est en 1226 que le Roi Louis VIII déclencha une seconde croisade qui ne connut qu'une faible résistance. Seul Avignon résiste pendant trois mois. Les vicomtés de Béziers, Carcassonne, Albi et Razès sont annexés, tous comme les domaines bas-languedociens du comte de Toulouse. Toulouse est sauvé d'un siège en raison de la mort de Louis VIII mais le Comte de Toulouse, Raymond VII, finit par se rendre.

C'est alors la signature du traité de Meaux en 1229 qui organise le rattachement du Languedoc à la France et la lutte contre les hérétiques. Pourtant, le fracas des armes ne suffit pas à éradiquer la foi cathare, qui survit dans la clandestinité. En 1231, Rome crée le tribunal de l'Inquisition. Cette dernière fut confiée aux moines Dominicains. Les Cathares sont alors pourchassés dans tout le pays. L’Inquisition identifie et élimine peu à peu, à force d'interrogatoires et de tortures, de nombreux parfaits. Vers 1240, la résistance cathare, mêlant parfaits survivants et seigneurs dépossédés de leurs terres par les croisés, se circonscrit à quelques châteaux pyrénéens, dont le plus emblématique est celui de Montségur.

A Montségur, après un siège de dix mois, le 16 mars 1244, près de 224 Cathares furent brûlés. Refusant d'abandonner leur foi, les principaux dignitaires cathares se jettent dans un bûcher sous les yeux de l'archevêque de Narbonne. La dernière forteresse, celle de Quéribus, tomba en 1255. Mais l'inquisition se poursuivit jusqu'en 1321.

Le trésor des Cathares


L'ascétisme des Bonshommes, comme on les appelait, n'exclut pas les dons en nature ou en espèce. Différents écrivains ont souvent évoqué le trésor des cathares, au même titre que le trésor des Templiers.

Mais selon les historiens modernes, rien ne sert de partir à la recherche d'une caverne d'Ali Baba dans les environs de Montségur. Cependant, à côté des dons leur permettant d'aider leurs frères et leur famille en difficulté ou de nourrir leurs permanents, les Parfaits auraient vraisemblablement joué aussi le rôle de banquiers pour les commerçants fortunés qui avaient toute confiance en eux.

Mais il faut bien avouer que François Bérenger Saunière, plus connu sous le nom de l'abbé Saunière, est principalement connu pour avoir dépensé d'importantes sommes d'argent durant son ministère effectué à Rennes-le-Château dans le département de l'Aude à partir de 1885. On ne connait pas le montant, la nature et l'origine exacte de ce fric. Cet enrichissement personnel reste étroitement associé, dans l'imaginaire collectif, à la découverte d'un hypothétique trésor des cathares par cet homme, sur le site même du village. En effet, il existe un récit historique qui atteste que lors de la prise du château de Montségur par les croisés en 1244, quatre Cathares s'en seraient échappés avec un trésor qu'ils auraient enterré dans la région. Rennes-le-Château se trouve à seulement 50 km de Montségur.



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Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 2 Juin 2019. Il est à jour.