Naissance de l'Ordre des Templiers

Les Templiers
L'histoire des Templiers commence au XI° siècle, en 1099 plus précisément. Le 15 juillet, Godefroy de Bouillon et les troupes chrétiennes de la première croisade prennent Jérusalem, ouvrant la Terre Sainte aux pèlerins.

Mais la route pour y parvenir est longue et, surtout, dangereuse : brigands, voleurs et pillards de toutes confessions se succédant pour dépouiller, brutaliser ou tuer ces pèlerins. Pour certains nobles ayant contribué à la prise de Jérusalem, cette situation n'est pas acceptable. Après la prise de Jérusalem et la fondation d'États latins en Palestine, en 1099, une confrérie de « chevaliers du Saint-sépulcre  » avait d'abord été fondée, attachée au service d'une église construite sur le tombeau du Christ dans la ville sainte. Les guerriers qui la composaient étaient des seigneurs venus d'Occident. Ils avaient pour mission de protéger les chrétiens venus en pèlerinage aux Lieux Saints et, plus largement, de contribuer à la garde des terres conquises à l'issue de la Première Croisade.

Hugues de Payns

C'est en 1118 que deux chevaliers animés de la ferveur millénariste des croisés, vivant sous la Règle des chanoines de Saint Augustin, Hugues de Payns, un noble champenois, et Geoffroy de Saint-Omer, créent une « milice chrétienne » (militia christi ). Bientôt, Hugues de Payns et ses compagnons voulurent acquérir le statut d'hommes de Dieu à part entière et prononcer des vœux religieux qui feraient d'eux des moines soldats. Le patriarche de Jérusalem approuva cette initiative en 1119 et, le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse, la milice est officiellement reconnue par la papauté sous le nom de « milice des Pauvres chevaliers du Christ  ».

Le Temple de Salomon

Baudouin II, le roi de Jérusalem, leur offrit pour quartier général une aile de son palais, situé à l'emplacement de l’ancien temple de Salomon (sur l'actuelle esplanade des Mosquées). Dès lors, la milice voit son nom changé en « ordre des Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » afin de marquer son allégeance au temple supposé avoir abrité l'Arche d'Alliance, d'après l'Ancien Testament. On crut généralement, en Occident, que leur siège était à l'intérieur même du Temple de Salomon. Mais c'était en réalité à proximité d'un lieu que les Croisés avaient rebaptisé le « Temple du Seigneur » : le Dôme du Rocher, une mosquée construite par les musulmans à la place de l'ancien Temple de Salomon.

Sept chevaliers francs sont venus rejoindre les deux fondateurs de l'ordre, qui commencera ses activités par la défense du défilé d'Athlit, l'un des lieux les plus dangereux sur la route des pèlerins. L’Ordre des Templiers était né.

Les templiers protègent les routes des pèlerinages
© Tout sur l'Histoire - Les Templiers protégeaient les routes de pèlerinages bien peu sûres

Les soldats de Dieu avaient-ils le droit de tuer ?

Ces neuf chevaliers ont prononcé trois vœux : pauvreté, chasteté et obéissance, la protection des pèlerins contribuant à la « rémission de leurs péchés ». Pour développer son ordre, Hugues de Payns, accompagné de cinq de ses compères, retourne en Occident afin de recruter de nouveaux chevaliers et recueillir des dons. Le recrutement des Croisés fut surtout concentré dans le Royaume de France mais il a souvent eu un caractère international : des Bretons, des Frisons, des Allemands, des Anglais y participèrent.

Loin de la Terre sainte, cependant, les réticences furent d'abord nombreuses. Jusque là, la tradition chrétienne jugeait toute pratique guerrière absolument incompatible avec l'état de pureté, de perfection propre aux hommes consacrés à Dieu. Ces religieux d'un nouveau genre pouvaient-il répandre le sang, en l'occurrence celui des Infidèles, sans encourir de souillure ? La question donna lieu à polémique. Un abbé cistercien alla jusqu'à accuser les « chevaliers du Christ » de favoriser les sombres desseins de l'Antéchrist, censé venir ravager le monde à la fin des temps : à cause d'eux, il ne serait plus possible de distinguer les guerriers sanguinaires des hommes pacifiques...

Les Templiers obtiennent l'aval du Pape

Croix des Templiers
Croix des Templiers
Le plus important dans l'ascension des Templiers fut d'obtenir une légitimation par le pape Honorius II. Appuyé par Bernard de Clairvaux (Saint Bernard), l'homme d'église le plus influent à cette époque, l'ordre du Temple est adoubé lors du concile de Troyes, le 13 janvier 1129.

La règle du Temple est basée sur les règles qui sont suivies à Jérusalem. La Règle adoptée distinguait entre les « frères chapelains », seuls à recevoir la prêtrise et interdits de combat, et les « frères chevaliers » ou « frères sergents », qui prononçaient des vœux, mais n'étaient pas ordonnés, ne célébraient pas la messe ni aucun sacrement et pouvaient donc se battre.

Les discussions tenues lors du concile de Troyes aboutissent à un texte définitif composé de 72 articles en latin. Il existe bien peu de différences avec la règle d’un ordre religieux, à ceci près qu’il est nécessaire de ménager la force des soldats. L’article 1er de la règle souligne que leur mission première est d'être courageux. Pas question de leur imposer une trop lourde ascèse : les templiers ont le droit de boire du vin et de manger de la viande.

L'influence du Temple commence alors à croître. Auprès des populations d'occident le succès fut rapide, immense et durable, car pour la première fois les deux grands idéaux des hommes du Moyen Âge étaient conciliés : l'aventure chevaleresque, l'exploit guerrier, d'une part, et, d'autre part, l'engagement total dans une vie de pureté au service de Dieu. De nombreux chevaliers viennent le rejoindre, bien souvent avec leurs serfs. En 1139, c'est la consécration par bulle papale : ils dépendent directement du pape, seul désormais à pouvoir leur donner des ordres ou les juger. En 1147, après avoir lancé la deuxième croisade, le pape Eugène III octroie aux Templiers la croix rouge qui sera leur emblème que les chevaliers templiers porteront sur l'épaule gauche de leur manteau blanc (les soldats et sergents étant vêtus de brun).
 

Les victoires et le trésor des Templiers

Les Templiers vainqueurs de Saladin

Saladin
Pendant les années qui suivent, les Templiers se distinguent par leur bravoure au combat. L'un de leurs principaux faits d'armes se déroule le 25 novembre 1177, lors de la bataille de Montgisard, où les quelques milliers de chevaliers et de soldats du roi Baudoin IV de Jérusalem, avec à leur tête quatre-vingts Templiers, vinrent à bout de l'armée de Saladin, pourtant forte de plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Craints et respectés par leurs ennemis, les Templiers en étaient également mal vus, car s'ils étaient faits prisonniers, l'Ordre refusait de payer une rançon pour les libérer. C'est ainsi qu'après la défaite des troupes franques à Hattin, le 4 juillet 1187, Saladin fit décapiter tous les Templiers capturés, à l'exception de leur grand maître, Gérard de Ridefort.

La richesse des Templiers

Devenu une importante force militaire en Terre sainte, l'ordre du Temple connut en parallèle une importante expansion économique. Grâce aux dons et aux legs accordés par de nombreux chevaliers venus les rejoindre et les princes catholiques soucieux de gagner leurs bonnes grâces, le Temple devint un grand propriétaire terrien dans toute l'Europe chrétienne du Moyen Âge, disposant de revenus considérables pour l'époque. Les chevaliers s’enrichissent et construisent des forteresses au Proche-Orient : Safed, Tortose, Toran, le Krak des Chevaliers... Ils tirent des revenus du commerce des épices, du sel, du vin, des grains... En outre, ils investissent dans des terres, bois, maisons, moulins, fours qui rapportent de confortables rentes. Enfin, ils jouent le rôle de banquiers, redoutables concurrents des Israélites et Lombards ; ils deviennent virtuellement la première banque mondiale. Et, même s'ils n'exercèrent pas une activité de banquier telle qu'on la conçoit aujourd'hui, les Templiers influaient grandement sur l'économie, le commerce et la finance. En prêtant de l'argent aux particuliers et aux princes – sans intérêt, la pratique étant interdite par l'Eglise aux chrétiens. Mais aussi en créant le système des lettres de change : avant de partir vers la Terre sainte, un pèlerin (ou un marchand) laissait ses biens à une commanderie templière en échange d'une lettre indiquant le montant de la somme déposée ; une fois arrivé à destination, Il lui suffisait de présenter cette lettre à la commanderie locale pour récupérer ses avoirs en monnaie locale.

Le début du déclin des Templiers

Costume des Templiers
Tout au long du XIIe siècle, l'écho des combats héroïques et du prix très lourd payé par les templiers en terre sainte leur assura une grande popularité. Jusqu'au début du XIIIe siècle, de nombreux nobles abandonnèrent leur famille et leurs biens pour rejoindre l'ordre. Les dons affluèrent. Tout un imaginaire mystique et belliqueux, toute une mythologie de la Croisade et des Lieux Saints incitaient les chrétiens d'Occident à entrer en relation avec Jérusalem par leurs aumônes ou leurs legs aux templiers.

Mais cette montée en puissance connut un important coup d'arrêt le 28 mai 1291 lorsque Saint-Jean-d'Acre, le dernier bastion chrétien en Terre sainte, tomba malgré la résistance acharnée des Templiers. L’Ordre dut alors se replier sur Chypre, le siège mondial d'alors de la congrégation. C'est là que, le 20 avril 1292, Jacques de Molay devint le 23° grand maître de l'ordre du Temple. La réputation de celui-ci ayant pâti de la défaite de Saint-Jean-d'Acre, de Molay s'évertua donc à tenter de la rebâtir, en réorganisant l'Ordre et en montant une croisade destinée à réinvestir Jérusalem.


Alliés aux Mongols de Ghâzân, le khan de Perse, les chrétiens monteront une expédition dans un premier temps victorieuse (à la bataille d'Homs, fin 1299) avant de devoir se replier sur l'île d'Arouad. Mais les Mongols font rapidement défection et, en septembre 1302, les Mamelouks égyptiens prennent l'île et massacrent les Templiers vaincus.

A Chypre, la situation n'est pas meilleure. Comme les Hospitaliers qui y ont également trouvé refuge, les Templiers se voient refuser par le roi Henri II le droit d'acheter des terres. Les Hospitaliers s'en vont alors conquérir Rhodes (1306-1310), qui devient leur siège, alors que les Templiers mènent campagne pour le roi de Sicile en Grèce avant de revenir à Chypre, en 1306, pour aider Amaury de Lusignan à détrôner son frère Henri. Celui-ci reviendra à Chypre en 1310, à la mort d'Amaury, et il dissoudra les Templiers en 1313.



Sources :
Tout sur l'Histoire n°11 Mars avril 2016
http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/2009/02/01/1129-les-templiers-au-concile-de-troyes/
Julien Théry. Agrégé d'histoire, docteur et archiviste-paléographe, Julien Théry est professeur à l'Université Paul-Valéry de Montpellier. Il a publié récemment un livre sur la chute de l'ordre du Temple et sa place dans l'histoire de la royauté capétienne (éditions Perrin).

 

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Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 18 Janvier 2019. Il est à jour.