Les arts divinatoires de la Rome Antique

Augure
A Rome la divination privée reste ouverte à tout type de pratique. En revanche dans la sphère publique il n’existe que trois sortes de méthodes. La divination des augures, celle des organes intérieurs des victimes sacrificielles, et la consultation des livres sibyllins.

Le collège des augures aurait été institué par Numa, fils de Pomponius successeur de Romulus, et qui serait né le jour de la fondation de Rome. Constitué à ses débuts de trois membres, le collège des augures est l’interprète de la volonté de Zeus qui s’exprime au travers des auspices, ou signes perçus lors de la consultation. L’augure ne fait pas de prédiction mais se contente d’interpréter les signes demandés aux dieux (signa impetrativa) à un moment précis pour une demande distincte. L’augure demandait au dieu de lui faire un signe « fas » si la réponse était favorable, ou « nefas » défavorable. Ainsi, si le poulet sacré sortait de sa cage pour manger, la réponse était « fas », et si en plus ce poulet laissait tomber quelques miettes la réponse était encore plus favorable. Une autre méthode consistait à observer le vol des oiseaux (auspice de avis-oiseau et spicere-voir). L’augure traçait un cercle sensé délimiter un espace sacré. A l’intérieur il traçait une ligne nord-sud, puis est-ouest. Il se mettait au centre avec son demandeur, le visage tourné vers l’Est, et le consultant le visage tourné vers le Sud. Si le vol des oiseaux passait à droite de l’augure (dexter) l’auspice était favorable, alors qu’à gauche (sinister) il était défavorable.

Qu'est-ce que les haruspices et les livres sybillins ?

Le collège des Haruspices était séparé de celui des Augures du moins à compter de l’empereur Claude. La charge correspondait à une mission très précise qui consistait à vérifier si le sacrifice offert au dieu lui convenait. L’exticipicium était la forme divinatoire qui était de mise pour tout sacrifice, aussi appelé haruspicine parce que c’était l’haruspice qui en avait la charge. Si les organes de la bête sacrifiée étaient bien disposés alors les signes étaient favorables et le sacrifice accepté.

Venait enfin le collège chargé de la consultation des livres sibyllins, les « quindecemviri sacris faciundis » Ce collège agissait sur la base de signes « oblativa » c'est-à-dire, signes spontanés que l’on appelait aussi « prodiges ». Il s’agissait d’évènement qui, même anodins, n’en sortaient pas moins du cadre ordinaire, par exemple des giboulées en juin. De tels évènements étaient considérés comme précurseurs de désordres majeurs ou de cataclysmes. Les quindecimvirs consultaient alors les livres sibyllins pour identifier les rituels à pratiquer pour apaiser le courroux des dieux et éviter la catastrophe, ou son retour si celle-ci s’était déjà produite.

A Rome, la Sibylle reste une légende qui trouve son origine dans la plus célèbre d’entre elles, la sibylle de Cumes qui aurait vendu ses trois derniers livres à Tarquin. Ces livres sont sensés contenir l’ensemble des pratiques rituelles, incantations, formules magiques, propres à détourner les sorts et à se concilier la faveur des dieux. Des sortes de grimoires.

Comment les arts divinatoires était-ils utilisés ?

Nous avons déjà vu en partie que les romains s’attachaient à définir chaque aspect de la divination. Ils différenciaient la divination des augures faite sur demande (impetrativa), de celles des quindécemvirs qui réagissait à une nécessité (Signa oblativa) survenue par l’apparition de signes non demandés (prodigium). Ils distinguaient les présages vus (Ostentum) de ceux entendus (Omen).

Cet appel systématique à l’art divinatoire n’était pas lié au fatalisme de la société romaine. Bien au contraire il s’agissait pour chacun de se donner la possibilité de détourner le sort soit en supprimant le signe néfaste, par exemple enterrer la foudre, soit en pratiquant les rituels de protection. Les méthodes divinatoires ne se bornent pas à l’observation du vol des oiseaux ou de leur entrailles, mais par l’art du prodige s’intéresse à tout évènement anormal qui par nature est sensé annoncer un drame ou une catastrophe. L’individu lui-même par sa simple apparence physique et selon la loi des similitudes, détermine une potentialité non seulement de caractère mais de destinée. (Physiognomonie).

La science des démons (démonologie) va tenter de se concilier ces entités intermédiaires entre les dieux et les hommes, entités qui ont la charge de transmettre aux dieux les requêtes des hommes, et aux hommes les secours des dieux. Ce sont les démons qui interviennent pour façonner un songe, fissurer un viscère, organiser le vol d’un oiseau ou moduler son chant.

Malgré, ou sans doute à cause du formalisme excessif d’une religion qui met l’homme sous contrôle incessant sans lui donner finalement d’espérance autre qu’une relative aisance en ce monde, le citoyen romain va être de plus en plus tenté par ces religions à mystère qui au-delà de leur exotisme semblent ouvrir des au-delà probables. C’est dans ce contexte préparé que vont s’introduire ces cultes orientaux, Cybèle, Isis (culte Isiaque), Mithra, et d’autres qui à leur tour feront le lit d’un christianisme universaliste.


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