Le culte isiaque

Culte isiaque
Ayant pris naissance en Égypte, les cultes isiaques ont connu un immense succès populaire au point qu'ils se sont exportés en dehors de la vallée du Nil pour avoir un poids politique considérable dans le monde gréco-romain. Mais à Rome, le culte isiaque est toujours resté un culte privé en dépit de la faveur rencontrée parmi les romains.

Ce succès s'explique par un mélange d'exotisme et d'éléments familiers, par le rôle du pouvoir politique dans sa diffusion, mais aussi par la puissance même du mythe d'Isis, déesse exemplaire qui va reconstituer sa famille... dans tous les sens du terme.

Découpé en morceaux par Seth, son frère jaloux, Osiris est retrouvé par Isis après une longue quête, exception faite de son phallus mangé par les poissons. Isis fabrique alors un phallus en argile, ressuscite Osiris et donne naissance à un fils, Horus.

Isis est ainsi la déesse de la vie, très proche de Déméter. Elle a des pouvoirs en matière de guérison... à condition que le fidèle accepte de confesser ses péchés. Vénérée en Égypte, son culte va se diffuser progressivement dans tout le bassin méditerranéen à la suite de plusieurs événements différents.
 
 

Comment le culte isiaque s'implante à Rome ?

Cérémonie isiaque
Cérémonie isiaque (fresque romaine)
A Rome, les choses ne vont pas sans mal. A plusieurs reprises, le Sénat romain détruit les chapelles Isiaques et expulse leurs membres. La visite de Cléopâtre, mal aimée par les Romains, ne favorise pas la sympathie envers tout ce qui vient d'Égypte. Pourtant, petit à petit, le culte s'impose, y compris dans les plus hautes sphères de l'État. Si nulle analyse sérieuse ne permet d'accréditer l'idolâtrie isiaque de Caligula, c'est avec la dynastie des Flaviens que la déesse s'inscrit définitivement dans le paysage de la Rome antique.

Après le suicide de Néron en 68, Vespasien s'impose à la tête de l'empire. Mais contrairement à ses prédécesseurs, ce solide militaire ne peut se prévaloir d'une quelconque lignée divine. Il se rend à Alexandrie, dans le temple de Sérapis, et raconte que celui-ci lui a promis sa protection. Avant son retour à Rome, il demande à Domitien, son fils, de construire sur le Champ de Mars un temple consacré à Isis et Sérapis. Les dévots romains de la déesse égyptienne, reconnaissables à leurs vêtements de lin et à leur crâne rasé, se multiplient alors.

 

Le cycle osirien

Le mythe d’Isis fait partie du cycle osirien. Osiris, roi d’Égypte est marié à Isis. Son frère Seth le met à mort et le découpe en 14 morceaux qu’il jettera dans le Nil. Isis parviendra à reconstituer son cadavre à l’exception de son sexe avalé par un poisson. Elle arrivera par la magie à concevoir un enfant de lui, Horus, puis disparaitra dans le royaume des morts.

De ce mythe naitront deux courants religieux. Une tradition secrète qui fera d’Osiris un dieu agraire et infernal garantissant la fertilité du Nil et jugeant les âmes des morts, et Isis qui donnera naissance à une tradition plus populaire qui fera d’elle l’épouse souffrante et la mère. Elle protégeait les sources du Nil. A ce couple fut ajouté Horus.

Le culte d’Isis se répandit en Italie par les provinces du sud et dès le Ier siècle av. J.-C. (un Iséum est édifié à Pompéi) puis s’installa à Rome en dépit de l’habituelle réticence des romains envers les cultes d’origine orientale. D’abord objet de persécution le culte finira par être très en vogue avec Antoine et Cléopâtre VII, pour à nouveau être interdit avec Auguste.

Il n’existe pas à proprement parler de théologie isiaque, et aucune « bible » pour enseigner une doctrine établie. Seule l’espérance dans une survie individuelle marque cette croyance. Le clergé est complexe et les structures diverses. Les prêtres étaient appelés « hieroi » ou « neocores ». Un grand nombre de fonctions subalternes étaient parfois tenues par des laïcs. Les « cleidauques » étaient les porte-clefs, les « canéphores » les portes corbeilles, les « zacores » des sortes de diacres, les « oneirocrites » interprétaient les songes, les « lichnophores » portaient le van mystique, les « ptérophores » portaient les plumes, les « hierogammates » étaient proposés aux livres saints, les « hierophores », les porte-parole de la déesse, les « hierodules » exclusivement consacrés au service de la déesse, les pastophores transportaient le palanquin des chapelles portatives. D’autres dévots tenaient le poste de stoliste (toilette de la déesse), scoparii (balayeur) aedituus (ouvreur du temple). Le clergé dévoué à Isis devait se raser la tête, porter une robe de lin blanc, avoir un mode de vie strict, être circoncis, ne pas manger de porc ni d’ognon soupçonné de fleurir au clair de lune.


La pratique du culte d'Isis

En dehors des processions le culte d’Isis était soumis à de nombreuses cérémonies quotidiennes qui commençaient avec la prière de l’aurore pour se terminer avec la vespérale (salutatio). L’année isiaque elle-même donnait lieu à de fréquentes manifestations. Fête du miracle de l’eau changée en vin (tiens !), fête de l’invention d’Osiris représentant la passion d’Osiris et ainsi de suite.

Les isiaques comme les autres ne peuvent pas échapper à la variété des motivations qui entrainent chacun vers un culte. Entre le snobisme bon teint, l’opportunisme relationnel, le simple et classique intérêt, l’Isisme n’échappe pas aux margoulins et petits escrocs. En cela rien de nouveau, et l’église chrétienne sera à son tour un exemple de ce qu’un système tout aussi bien intentionné soit-il, restera toujours une niche à vanité, pouvoir, et détournement du fond.

Empreint d’un véritable ésotérisme, soucieux de spiritualité, exigeant sur les valeurs morales, l’Isisme fait passer la religion de l’archaïque vénération de dieux intéressés par leur affaires, à une vision plus moderne où les dieux deviennent les guides des âmes vers leur salut. L’Isisme n’a jamais été persécuté et s’est éteint de lui-même.


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