La Quimbanda

Définition

Quimbanda
La Quimbanda est une religion afro-brésilienne pratiquée principalement dans les centres urbains du Brésil. La pratique de la Quimbanda est généralement associée à la magie, à la sorcellerie, aux rituels avec les Exus et les divinités Pomba Giras.

La Quimbanda faisait initialement partie de la tradition religieuse de la Macumba qui elle même a évolué en Umbanda. La Quimbanda, comme l’Umbanda, est avant tout une pratique du spiritisme qui a adopté et assimilé les croyances africaines pour chercher à se différencier d’un spiritisme bourgeois qui voyait dans les esprits africains et amérindiens des sous-races.

 

Evolution

L’Umbanda a ensuite clairement rejeté de son héritage l’ensemble des pratiques et des croyances dites obscures pour les laisser aux adeptes de la Quimbanda. C’est dans les premières années du XXIe siècle que certains ont commencé à affirmer, en dépit des documents historiques prouvant le contraire, que la Quimbanda était totalement séparée de l’Umbanda. L’Umbanda représente les traits les plus européanisés de la religion alors que la Quimbanda est parfois considérée comme un culte satanique qui ne pourrait satisfaire les ardents défenseurs d’une religion basée sur le catholicisme et la charité. Les adeptes de la Quimbanda ont continué d'insister pour que ce soit une religion distincte, tout en rejetant les influences du catholicisme et du Kardecisme qui sont omniprésentes dans l’Umbanda et d'autres religions afro-brésiliennes.

Mais bien que les exus et les Pomba Giras soient assimilés par certains à des entités diaboliques, cette définition ne pourrait satisfaire que les ardents défenseurs du manichéisme sans nous apporter aucune lumière sur leur véritable nature et leur fonction. Il ne s’agit pas simplement de l’envers de la médaille du « bien », quoique cette face cachée lui est grandement utile. Le bien n’existerait pas s’il n’y avait pas le mal et tout son attirail.

La Quimbanda est un spiritisme reposant essentiellement sur les cultes animistes africains. Ces animismes qui pratiquaient déjà le culte des ancêtres, en avaient même fait la base de leurs traditions, n’ont pu qu’être attirés par un spiritisme qui non seulement intégrait la communication avec les morts mais en structurait leur monde selon une hiérarchie bien établie.

Les esprits de la Quimbanda

Le dieu créateur

Le dieu Nzambi (Dieu bantou) est tout puissant. Il est le créateur de l’univers (Ngombe). Cet univers est composé de deux sortes d’entités, forces ou divinités. Les unes sont l’émanation de Nzambi et sont en charge de maintenir l’univers en équilibre, les autres sont des démons : les Exus et les Pomba Gira.

Après avoir créé l’univers, le Dieu Nzambi entreprit de créé le premier homme : Exu-Aluvaia. Il s’agissait d’un être mi-homme, mi-femme. Il reçut de Nzambi 7 pouvoirs :

1) le pouvoir de distinguer le bien du mal et de choisir son camp,
2) le pouvoir de se déplacer dans l’univers,
3) le pouvoir de s’améliorer au travers des réincarnations,
4) le pouvoir de modifier la création de Nzambi,
5) le pouvoir de se souvenir du passé et de voir l’avenir (sauf son propre avenir),
6) le pouvoir de comprendre
7) le pouvoir de se multiplier en se divisant car en se multipliant il perdra son intelligence et son énergie.

Exu-Aluvaia va donner naissance à l’humanité toute entière.

Les Exus

Dans la Quimbanda les esprits masculins sont appelés Exus, ils sont considérés comme des esprits très puissants. Il faut noter que ce ne sont pas les mêmes que le Lêgba / Ellegua du Lukumi ou de la Santéria. La Quimbanda ayant évolué en tant que religion, elle a créé une catégorie d’esprits appelés les Exus. Le nom a été emprunté à la divinité Exu. Les Exus font référence à la légion des esprits. Le professeur religieux Kelly E. Hayes décrit les exus comme ceci :

La Quimbanda est associée notamment à la culture d'un ensemble d'entités spirituelles puissantes appelées Exus, appelés par leurs dévots des gardiens.
 

Les Exus, communément appelés « esprits de la gauche », ne sont pas purement mauvais. Au contraire, ils possèdent des qualités plus humaines et partagent les faiblesses humaines. Ces entités complexes ne sont autre que des quimbandeiros décédés qui jouent le rôle de juges du monde astral, de comptables de nos dettes chargés de présenter en son temps et son heure le bilan de notre karma. Les Esprits Exus traitent principalement des questions humaines et matérielles, par opposition aux « esprits de la droite » utilisés dans l’Umbanda qui traitent des questions principalement spirituelles. Les Exus sont généralement appelés lors de rituels pour faire des rencontres, forcer la cours de la justice, ou garder l'équilibre de la vie.

Les entités les plus importantes dans l’univers quimbandiste sont les suivantes :

« Exu Rei das Sete Liras » est l’équivalent de Belzebuth. Il est d’origine africaine
« Exu Mor » correspond au Lucifer des croyances européenne,
« Exu das Sete Encruzilhadas » est le démon Astaroth influencé par les indigènes amérindiens.

En dessous de cette trinité existe une double hiérarchie en fonction de la place de chacun dans l’univers et en fonction des talents (pouvoirs) et de la puissance des démons. Dans la hiérarchie des places il existe 7 royaumes dirigés par 7 seigneurs de guerre chacun commandant 9 légions dirigées à leur tour par des généraux.

La hiérarchie de talents est organisée en différents niveaux correspondant à des domaines particuliers. Les Exus sont ainsi organisés à l’image d’une société humaine où chacun joue un rôle précis en fonction de ses compétences et de son métier.

Les Pomba Giras

Une autre série de divinités associées à la Quimbanda ne sont pas directement dérivés de la tradition religieuse Yoruba. Ce sont les Pomba Giras, les homologues féminins de exus. Des Pombas Giras éminents tels que Pomba-Gira Maria Mulambo, également connu sous le nom de « Maria de la poubelle », sont utilisés pour des rituels spécifiques souvent liées à leurs noms. Mulambo se réfère à quelqu'un qui porte des vêtements en lambeaux ou quelqu'un qui est très malchanceux. Par conséquent, Pomba-Gira Maria Mulambo est appelée à renverser ou détruire quelqu'un et en faire un Mulambo.

Les Ogum

Ogum est le dieu de la guerre et du métal dans le culte des orishas. Ogum est également connu comme le Seigneur au centre des croisements. Les rituels impliquant Ogum sont généralement moins agressifs et plus justes que ceux liés aux Exus. Le professeur David J. Hess spécule que Ogum agit comme une figure intermédiaire entre les rituels des Exus de la Quimbanda et les rituels de l’Umbanda, révélant le lien profond entre Quimbanda et Umbanda.

Les pratiques de la Quimbanda

Les rituels

Un rituel de Quimbanda classique, appelé trabalho, se compose de plusieurs choses : un motif, le dévouement à un esprit, un emplacement marginal (voir paragraphe suivant), un ustensile en métal ou en argile (terre), une boisson alcoolisée, du parfum et de la nourriture (généralement une farine de palme poivrée mélangé avec de l’huile, appelée parfois miamiami).

Voici un exemple de rituel de Quimbanda :


Trabalho n°1 : « Une œuvre d'une grande force, sous la protection de [Exu] Tranca Ruas das Almas, pour éliminer un ennemi. »

1) Allez à un carrefour d’Exus un lundi ou un vendredi vers minuit, si possible en compagnie d'un membre du sexe opposé;
2) Saluez Ogum avec une bouteille de bière légère, une bougie blanche ou rouge, et un cigare allumé;
3) Saluer Exu Tranca Ruas das Almas en ouvrant sept bouteilles de rhum (cachaça) sous la forme d'un cercle, en allumant sept bougies rouges et noires, et en offrant sept cigares;
4) Mettez à l'intérieur d'un vase (alguidar) et mélangez les éléments suivants : farine de manioc (farinha da mandioca), huile de palme (azeite-de-dendê), et des poivrons;
5) Inscrivez sur le sol au milieu du cercle le nom de la personne à qui on veut faire du mal, et, à l'aide d'un couteau, poignardez le avec violence tout en demandant à Exu d'exaucer votre demande.

Selon le but du rituel, les aspects de la trabalho vont changer. Par exemple, si l'on veut obtenir justice de Exu ils vont utiliser des bougies blanches, du rhum et une demande écrite. Par conséquent, certaines couleurs représentent différents motifs dans un rituel : le blanc symbolisant un motif honnête et juste et le rouge et le noir représentant un motif agressif et illicite. D'autres rituels remplacent l'odeur âpre ou épicé des cigares par la douce odeur des œillets, symbolisant ainsi la transformation des rituels de l’idée de nuire vers celle d’aider. De même, les rituels impliquant des esprits féminins (Pomba Giras) sont moins agressifs dans leur réalisation.

Voici un exemple de trabalho pour séduire une femme :


Trabalho n°7 : « Pour obtenir une femme »

1) Un lundi ou vendredi soir, aller à la croisée des chemins féminins (en forme de T plutôt qu’en forme de +) et saluez Pomba Gira en versant un peu de rhum, ou mieux encore, du champagne ou de l’anisette (anis);
2) Placez deux morceaux de tissu (pano) sur le sol, l'un rouge et l'autre noir, et au-dessus de ça mettez cinq ou sept roses rouges en forme de fer à cheval;
3) Remplissez une tasse de bonne qualité avec du champagne ou de l’anisette;
4) Inscrivez le nom de la personne désirée dans la tasse ou au milieu du fer à cheval;
5) Chantez une chanson (ponto) et remerciez Pomba Gira.

Les éléments particuliers d'un Exu trabalho restent inchangés dans le pomba gira trabalho et c’est ce qui fait que les Pomba Giras sont considérés comme les homologues féminins des Exus. Ce qui change ce sont les couleurs, l'emplacement (mâle ou femelle), l'heure du jour, le jour de la semaine, le parfum (fumée), et le récipient pour la nourriture et le mélange de farine / huile de palme.

Dans un trabalho Pomba Gira, un autre ensemble d'éléments indique un codage plus doux : du rhum qui devient du champagne ou de l’anisette, de l'absence de fleurs on passe aux roses rouges, le poivre dans le mélange de farine / huile de palme devient du miel, et au lieu d'un acte initiatique farouche on chante une chanson qui semble convenir à la fin du rituel pour obtenir une femme.

Voici un tableau de comparaison des éléments entrant en jeu entre un rituel trabalho masculin (Exu) et un rituel trabalho féminin (Pomba Gira)

ElementExuPomba Gira
EspritExuPomba Gira
BoissonRhum Cachaça, Whisky (appelé Maráfo)Champagne ou Anisette
CouleursRouge et noirRouge et noir
LieuCroisement en croixCroisement en T
HeureMinuitMinuit
Jour de la semaineLundi ou vendrediLundi ou vendredi
ParfumCigaresCigarillos ou cigarettes
Fleurs Roses rouges
AlimentsPoivre, farine / huile de palmeMiel, farine / huile de palme
RécipientMétal ou un vase d'argileMétal ou un vase d'argile
ActionAgressivitéChanson

Il est à noter que certaines pratiques quimbandistes sont apparentées au tantrisme, ce dernier étant utilisé pour parvenir à une élévation spirituelle.

Les emplacements marginaux

Les « lieux marginaux » se réfèrent à des zones comportant une signification magique et spirituelle où les rituels sont exécutés. De nombreux rituels Quimbanda sont effectués à la croisée des chemins, comme Exu est le Seigneur des sept carrefours et Ogum est le Seigneur du centre du carrefour. D'autres endroits marginaux comprennent les rues la nuit (depuis que les exus ont été surnommés « les gens de la rue »), les cimetières, les plages et les forêts, tous pendant la nuit.

Les sacrifices animaliers

Tous les adeptes de la Quimbanda ne pratiquent pas les sacrifices d'animaux et ceux-ci ne sont nécessités qu’en fonctions de la position de esprits dans la hiérarchie. Tous les esprits n’exigent pas de sacrifices et il est évident que plus les esprits sont importants et plus le sacrifice devra être élevé. Dans certains rituels avec les Kiumbas (aspirant à devenir Exus), les dévots offrent en sacrifice des pigeons, des poules, des coqs, des chèvres, des moutons et des taureaux pour aider l’esprit à progresser dans la puissance et obtenir plus de pouvoirs. D'autres rituels utilisent des sacrifices d'animaux pour obtenir l'aide d'un esprit pour mener à bien une action. Les adhérents défendent la pratique parce qu'ils croient qu'il n'y a pas de sacrifice animal pire que dans les abattoirs, puisque ces animaux sont censés souffrir plus que dans un rituel approprié de Quimbanda.

Mais parfois, les sacrifices peuvent être des sacrifices humains lors de messes noires de Quimbanda. Le journal « Le Progrès », dans son édition du 19 juillet 1992, relate la découverte macabre sur un terrain vague du corps égorgé du jeune enfant Evandro Caetano, 7 ans. Son sacrifice effectué par deux sorciers avait été demandé par une mère, Céline Abagge, et sa fille Béatrice Abagge. Elles ont avoué avoir fait ça afin que leur famille acquière plus de pouvoir au moyen de la cérémonie de sacrifice.

Les quatre formes de culte

1- La Quimbanda pure

Les Exus y jouent un double rôle : ils sont les messagers des Orishas en même temps ils sont apparentés aux démons de la sorcellerie européenne.

Les Exus comme les Pomba Giras sont des esprits des ténèbres qui doivent évoluer.

Il n’existe pas de rituels d’initiation.

2- La Quimbanda Angola

La Quimbanda « Angola » est également appelée « le culte des Exus élevés ». Dans ce culte, les Exus ne sont pas des entités des ténèbres mais des esprits élevés. Ils ne sont pas en rapport avec les Orisha mais avec les minkisi (pluriel de knisi) autrement dit les kimpungulu (Orishas du culte bantou), knisi ou inquice étant le nom pris par les kimpungulu en Amérique.

Il existe un rituel d’initiation en 9 étapes puisant largement dans divers rituels de ce genre y compris ceux de la franc-maçonnerie.

3- La Quimbanda Malei

Il s’agit d’une forme de culte de Quimbanda qui est sujette à caution. Les Exus n’y sont plus des esprits en communication avec les divinités mais sont des minkisi (kimpungulu). Cette branche tient son nom d’une des lignées d’Exus. La lignée Malei est dirigée par l’Exu dos Rios. Les Exus de cette branche y sont des entités des ténèbres malveillantes au sang chaud.

4- La Ki’umbanda

La Ki’umbanda est une forme de Quimbanda initiée par le Scandinave Quilombero Nicholaj de Mattos Frisvold. Elle est très tournée vers la sorcellerie telle que nous la connaissons en Europe.


Source :
Certaines parties de ce document sont tirées de cette page très complète : http://avatarpage.net/aframer.html



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Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 16 Mai 2018, il y a moins d'un an.