Le fait magique, sans science, sans religion

Minarets des mosquées - Le Caire
Edward Evan Evans-Pritchard, l'anthopologue britannique, modifia considérablement l'approche de la magie, en cherchant à prendre pour base non pas les catégories prédéterminées de magie, religion et science, mais en considérant la magie comme un objet à part entière qui ne serait défini que dans les termes des peuples qui la pratiquent eux-mêmes.

La barrière temporelle de l'historien

Cette approche remporta un franc succès, mais c'est aussi là que les chemins de l'anthropologue et de l'historien se séparent. Comme l'indique Pascal Sanchez, « parler de la magie et de la sorcellerie, sans évoquer, même subrepticement, la religion, est sans doute un geste qui offusquerait un médiéviste ou un théologien mais qui est tout à fait légitime pour un africaniste ». En effet, pour comprendre la magie et la sorcellerie de l'ethnie des Azandés, nul besoin de décrire la religion de ce peuple. La magie est un sujet, particulièrement dense, qui se suffit à lui même.


Si le discours du médiéviste ne peut effectivement rejoindre celui de l'africaniste, c'est bien en raison des sources-mêmes à partir desquelles se construit le discours. Si l'africaniste est au contact des populations qu'il étudie, le médiéviste est coupé de l'objet de son discours par l'insurmontable barrière temporelle.
 

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