La magie arabe traditionnelle

Magie arabe traditionnelle
Le terme de magie recouvre à la fois des pratiques et des disciplines d'une grande diversité. Concernant l'aire musulmane et plus particulièrement arabe au Moyen Âge, le terme occidental chrétien de magie ne saurait être mis en correspondance avec un exact équivalent arabe musulman. Il existe bien le terme de siḥr, que l'on traduit souvent indifféremment par magie et sorcellerie en raison de sa condamnation implicite dans le Coran et dans la tradition prophétique, mais il ne saurait contenir toutes les pratiques et disciplines que nous pourrions classer dans notre vocable de « magie arabe ».
 

L'explosion de la magie Sihr

La notion de siḥr a par ailleurs beaucoup évolué tout au long du Moyen Âge.

¤ A l'origine :


Le terme de siḥr étant à l'origine plutôt entaché d'une perpétuelle suspicion d'infidélité ou de charlatanisme (ce sont là les deux moyens par lesquels la religion et la science condamnent respectivement la « magie » et l'ensemble des sciences occultes). Puis nous pouvons observer une double tendance au fur et à mesure que s'élaborent ces disciplines ésotériques complexes.

¤ Réhabilitation d'une partie du siḥr


On cherche soit à réhabiliter le siḥr en montrant que seule une partie du siḥr est réellement condamnable.

¤ Découpage du siḥr en différentes disciplines


Le plus simple est finalement de découper cette magie en une multitude de disciplines magiques en les érigeant toutes en tant que disciplines indépendantes du siḥr.

La diversité des sources, des techniques, des paradigmes utilisés nous pousse donc à parler des magies plutôt que de la magie.


Magie arabe et magie islamique

Main de Fatma
On constate un hiatus majeur séparant des disciplines magiques se réclamant d'un héritage grec, syriaque/chaldéen ou indien, et des disciplines à caractère magique se référant exclusivement à des autorités islamiques et inséparables de la pratique de la religion musulmane.

Les différences opposant ces deux grandes tendances dans l'ésotérisme arabe médiéval permettent d'envisager deux concepts : celui d'un magie arabe et celui d'une magie islamique.

Le concept de magie arabe regroupe un ensemble de disciplines magiques théorisé en langue arabe mais où le référent islamique ne conditionne que le discours et non la pratique.

Le concept de magie islamique regroupe un ensemble de disciplines magiques dont le Coran et la tradition religieuse en sont la clé de voûte.
 

Magie et islam

C'est un souverain poncif que d'affirmer que la magie a toujours existé depuis la nuit des temps, et, dans le cas de la culture arabo-musulmane, que la magie a préexisté à l'islam. Cependant, il convient d'entrer dans le détail de ces pratiques arabes et islamiques.

Le Coran et la tradition du Prophète sont en effet des fondements de la culture arabo-islamique. Ils conservent la trace de ce passé antéislamique sur lequel nous savons relativement peu de choses.

L'apport hellénistique (particulièrement astrologique) que confère le grand mouvement de traductions fortement impulsé à l'époque abbasside donne à la magie un nouveau paradigme à partir du IIe/VIIIe siècle. Cependant, la magie telle qu'elle est développée par al-Būnī ou d'autres écrivains entre le VIIe et le XIIIe siècle puise à la fois dans cet apport hellénistique intégré à la civilisation islamique et dans une tradition arabe antéislamique dans le cadre duquel s'inscrivent le Coran et la tradition prophétique (sunna).

La magie dans le Coran

Djinns
Les Djinns
Le judaïsme et le christianisme condamnaient la magie. Certains versets de l'Ancien Testament (notamment l'histoire de Moïse et des magiciens de Pharaon, parfois nommés Jannès et Jambrès, dans Exode, 7 et suivants) et du Nouveau Testament (notamment l'histoire de Simon le magicien dans les Actes des apôtres [8, 5-24]) évoquent en effet la question de la magie dans plusieurs passages, parfois même en des termes clairement vitupérants, parfois en des termes plus ambigus.

Se réclamant dans la continuité de ces deux religions monothéistes, l'islam ne pouvait ignorer ce problème de la magie, d'autant plus qu'il existait des pratiques magiques en Arabie à l'époque du Prophète. Ces pratiques étaient par ailleurs encadrées dans les codes de nombreuses contrées autour de la péninsule Arabique. Par exemple dans le monde babylonien plusieurs études ont souligné le rôle social du magicien qui peut évoluer dans les plus hautes sphères de l'État jusqu'à être conseiller intime du roi. La magie est également codifiée par la loi, dans la mesure où son emploi pour nuire à un sujet est condamné dans le code d'Hammourabi (XVIIIe siècle avant Jésus Christ) et dans le code assyrien (seconde moitié du deuxième millénaire avant Jésus Christ).

L'opposition traditionnelle, commune au judaïsme et au christianisme, entre le pouvoir des prophètes et le pouvoir magique se retrouve dans le Coran. Le texte fondateur de l'islam utilise le plus fréquemment le terme de siḥr et ses dérivés pour évoquer la question de la magie. Constant Hamès a consacré à la question un chapitre de l'ouvrage collectif composé sous sa direction, dans lequel il soulignait qu'en plus des occurrences de la racine « S.H.R », il fallait prendre en compte la racine « R.Q.Y » qui apparaît au verset LXXV, 27 sous la forme rāqī (invocateur, exorciseur), le terme al-ǧibṭ et le vocabulaire des deux dernières sourates utilisées justement à des fins d'exorcisme. Ceci a conditionné l'approche des pratiques magiques en islam mais le développement de cette thèse dépasse le cadre de cet article de présentation.



Sources :
La magie islamique et le corpus bunianum au Moyen Âge par Jean-Charles Coulon



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