Toutankhamon

Toutankhamon régna sur l'Égypte de 1336 à 1327 avant J.-C.

Toutankhamon est un paradoxe : il est certainement, avec Cléopâtre et Ramsès II, un des souverains les plus emblématiques et les plus populaires de l'Égypte ancienne, et pourtant il n'a presque pas eu le temps de régner et de laisser une empreinte significative dans l'histoire ! Il est mort avant l'âge de 20 ans, dans des circonstances qui sont longtemps restées mystérieuses, son successeur prenant bien soin qu'il tombe dans l'oubli. Sa filiation elle-même était incertaine et n'a pu être confirmée que très récemment. Néanmoins, cette brève période de l'histoire égyptienne est marquée par des bouleversements importants. Mais la célébrité actuelle de Toutankhamon, roi secondaire oublié pendant plus de 3000 ans, tient essentiellement à l'extraordinaire découverte, en novembre 1922, de son tombeau miraculeusement préservé, dans la Vallée des Rois, par l'archéologue britannique Howard Carter. La quantité, la diversité, et la splendeur des objets retrouvés en ont fait un événement archéologique et historique exceptionnel.

Les fouilles d'Howard Carter en Égypte

Alors que la plupart de ses confrères étaient persuadés que la Vallée des Rois avait livré tous ses secrets et que l'endroit était sans grand intérêt du fait des nombreux pillages opérés au cours de l'histoire, Howard Carter y poursuivait inlassablement ses recherches. En 1912, le Service des Antiquités Égyptiennes lui accorde une concession, et grâce à l'aide financière de son généreux mécène Lord Carnavon, il entreprend une nouvelle campagne de fouilles. Interrompues par la Première Guerre
Mondiale, les recherches reprennent en 1920.

Deux ans plus tard, découragé par les maigres résultats et par les lourdes dépenses, lord Carnavon annonce son intention d'arrêter les frais. Heureusement, Carter parvient à convaincre son mécène de poursuivre les recherches pour une année supplémentaire.

Le 4 novembre, à proximité de la tombe de Ramsès IV, il découvre un escalier, dont on dégage les douze marches les unes après les autres. Le soir même, Carter est face à une porte portant le sceau d'Anubis, signe qu'il se trouve devant le tombeau d'un personnage important. Il envoie immédiatement un télégramme à lord Carnavon, qui accourt pour assister en personne à la découverte qui s'annonce prometteuse. Le 25 novembre, la porte est ouverte, donnant accès à un long couloir creusé dans la roche, bouché par des gravats. Enfin, le 29 novembre, c'est l'ouverture de la tombe de Toutankhamon.

L'intérieur de la tombe de Toutankhamon

Pour Carter, Carnavon, et leur équipe, c'est le choc. La première pièce qui se révélait à eux, l'antichambre pourtant de dimensions modestes (environ 27 m2), regorgeait d'objets les plus divers : un trône doré, des lits de parade, des chars démontés, des statues du roi grandeur nature, des vases, des conserves funéraires, des bouquets de fleurs... La nouvelle fait immédiatement grand bruit et il faut faire appel à l'armée pour protéger le site. Mais c'est le 16 février 1923 seulement, après avoir transféré en lieu sûr les objets de la première chambre, que le sarcophage de Toutankhamon est découvert, dans la chambre funéraire.

La momie du pharaon était enfermée dans une série de cercueils emboités les uns dans les autres. Le dernier, qui contient la dépouille, était en or massif et pesait plus d'une centaine de kilos. Le corps portait le célèbre masque d'or de onze kilos, à l'effigie du pharaon. Enfin, une troisième salle, gardée par une statue d'Anubis, renfermait de très nombreuses pièces tout aussi remarquables : des barques, des trônes, et du mobilier nécessaire à la vie dans l'Autre Monde. C'était la chambre du trésor.

C'est incontestablement l'une des plus fabuleuses découvertes archéologiques de tous les temps. Il faudra une dizaine d'années de travaux à partir de la découverte du tombeau pour démonter les sarcophages, déménager et répertorier les 5400 pièces constituant le fabuleux trésor de Toutankhamon. Environ 1700 sont exposées au Musée égyptien du Caire. Certaines pièces de la collection sont également exposées au Musée de Louxor.

Lord Carvanon n'aura pas le loisir d'aller au bout de cette aventure. Il décédera en 1923, quelques mois après l'ouverture du tombeau.

Un jeune pharaon sous influence

A la mort de son père, Toutankhamon doit avoir environ 7 ans. Il a passé toute son enfance dans l'entourage royal, à Amarna, la capitale d'Akhenaton. Sans doute en raison de son jeune âge et de la situation précaire léguée par Akhenaton, il ne succède pas immédiatement à son père ; Toutankhamon monte sur le trône royal vers l'âge de 9 ans.

Dès sa troisième année de règne, sous l'influence du vizir Aÿ et d'Horemheb, Toutankhamon va commencer à opérer un changement de cap radical par rapport aux réformes entreprises par son père. Sous la pression du clergé, le culte d'Aton est abolit et Amon est rétabli comme dieu suprême, à Thèbes, qui redevient la nécropole royale. L'année suivante, la ville d'Amarna-Akhetaton est abandonnée et Memphis redevient la capitale de l'empire, avec l'administration, la cour, le souverain et sa reine.

Le choix de Memphis pour le gouvernement semble avoir été fait pour éviter les éventuels conflits avec le clergé de Thèbes, à une période où les tensions avec les états voisins menacent la sécurité du royaume.

Rétablissement de l'ancien culte d'Amon

Sous le règne de Toutankhamon, l'ordre ancien est clairement rétabli, et dans un souci d'apaisement, le nouveau souverain fait procéder à la restauration des anciens temples d'Amon, détériorés pour des raisons iconoclastes sous le règne d'Akhenaton, ou bien simplement par manque d'entretien. Il procède également à la construction de nouveaux monuments.

A Karnak, il fait construire deux nouvelles chapelles et l'allée des Sphinx est retravaillée. Dans le temple de Louxor, il fait achever la décoration de la colonnade. Le programme architectural de Toutankhamon nécessite un grand nombre de matériaux de construction. Horemheb en est un des principaux architectes, et c'est lui qui commande les expéditions dans les carrières afin d'en rapporter les matériaux nécessaires aux édifices.

De Gizeh à la Nubie, on trouve des preuves des constructions entreprises sous Toutankhamon. Son court règne ne lui permettra pas de les achever, mais les travaux seront poursuivis par ses successeurs, notamment Horemheb, qui usurpera d'ailleurs certains de ces monuments pour s'en approprier la paternité.

Sur le plan de la politique extérieure, le pays est encore dans la tourmente occasionnée par le règne d'Akhenaton, où les relations diplomatiques avaient été négligées. C'est Horemheb, chef de la diplomatie, qui conduit des missions auprès des états voisins, notamment en allant rendre visite aux gouverneurs de Nubie, qui renverront la politesse. Les preuves de ces succès sont confirmés par l'enregistrement de dons provenant de divers pays exhumés dans le tombeau de Toutankhamon. Mais on y a retrouvé aussi des enregistrements de batailles menées contre les Nubiens et des Asiatiques, ce qui semble attester que malgré les efforts entrepris pour améliorer les relations, celles-ci restaient tendues. Compte-tenu de son jeune âge et de ses handicaps physiques, les historiens supposent que Toutankhamon n'a pas pris part à ces combats, et sur le plan des opérations militaires, c'est une fois de plus Horemheb qui confirme son statut d'homme providentiel et d'homme fort du régime.

Usurpation de tombeau

Toutankhamon règne jusqu'à l'âge de 18 ou 19 ans. Il meurt entre la fin décembre 1328 av. J.-C., sans avoir eu le temps de faire construire sa demeure d'éternité, et la tombe trouvée par Carter en 1922 n'est probablement pas celle qui était destinée initialement au roi. On pense qu'il s'agit plutôt de la tombe d'un personnage important, peut-être Aÿ, qui l'aurait utilisée pour y faire inhumer Toutankhamon à la hâte, subtilisant au passage son véritable tombeau.

Pendant longtemps, les causes réelles de son décès ont fait l'objet de beaucoup de spéculations et de théories, la présence d'une blessure au bas du crâne laissant planer le doute d'un assassinat. Mais les analyses les plus récentes ont révélé que non seulement il souffrait d'une maladie congénitale provoquant une affection osseuse, mais qu'en plus il avait une forme grave de paludisme, l'association des deux maladies pouvant avoir été fatale.

Des traces de drépanocytose, une maladie héréditaire qui se caractérise par la détérioration de l'hémoglobine, ont été également trouvées. Le roi avait aussi une déformation osseuse des pieds et une fracture de l'os de la cuisse gauche, provenant peut-être d'un accident de chasse ou d'un accident de char. La présence de cannes et d'une boite à pharmacie dans sa tombe confirme ce diagnostic, et indique qu'il était équipé pour combattre sa maladie dans l'au-delà.

Si les causes exactes du décès vont sans doute encore faire l'objet de débats pointus entre spécialistes, on peut avancer désormais que, à force de liaisons incestueuses depuis plusieurs générations de Thoutmosides, le jeune roi avait hérité de nombreuses tares génétiques accumulées par ses ancêtres. Cette défaillance explique aussi sans doute pourquoi il n'a pas eu de descendants, comme en témoignent les deux petites momies de fillettes mort-nées découvertes dans sa tombe. Les tests ADN ont permis de confirmer la paternité de Toutankhamon.

La mort puis l'oubli

Le court règne de Toutankhamon aurait pu être anecdotique s'il n'avait été le terme de l'aventure monothéiste menée par son père Akhnaton. Mais vu son jeune âge, on peut avoir des doutes sur la part qu'il a réellement prise personnellement dans ce chapitre.

Il est troublant de constater que ses successeurs, Horemheb en tête, ont pris soin de faire disparaître toutes les représentations et mentions du père comme de son fragile héritier. Toutankhamon, bien malgré lui, est le point final d'une dynastie brillante... mais dégénérée.

La relève sera finalement assurée par un homme ambitieux n'ayant pas vraiment de légitimité dynastique, mais disposant d'une réelle capacité à exercer le pouvoir. Le règne d'Horemheb est marqué par le retour à l'ordre dans les affaires intérieures, le Maât, l'ordre cosmique universel, et le retour à la prospérité et au prestige de l'Égypte.

Source : La marche de l'histoire n°3 – Novembre 2012




Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 6 Décembre 2018. Il est très récent et nécessite peut-être quelques améliorations.