Maât et l'ordre Universel

Maât incarnait les notions égyptiennes de la vérité, de l'ordre cosmique et de la justice. Maât était avant tout un principe personnifié par une déesse. Les gens la percevaient à travers les cycles réguliers du soleil et de la lune, les inondations annuelles du Nil, le gouvernement stable et l'hospitalité sociale. Elle était la fille du dieu soleil Rê et elle accompagnait son bateau solaire. Le dieu du soleil faisait régner sur terre Maât, sa fille, l'incarnation des principes de la cohésion sociale.

Thot, le scribe des dieux, était le mari de Maât.

Également connue sous le nom de Maâti (« deux vérités »), elle a d'abord évalué la capacité du pharaon à revendiquer le « trône de Geb », le dieu de la terre. Les souverains ont montré leur légitimité en présentant Maât aux dieux, qui l'ont accepté.

L’offrande rituelle, qu’elle soit alimentaire ou d’une autre nature, est symboliquement figurée par l’offrande d’une statuette de Maât, fille de Rê.

Maât et la plume sur les écailles

Maât est devenu un instrument de jugement pour les roturiers morts, ainsi que pour le pharaon. Si une âme survit aux dangers sur le chemin menant à la cour d’Osiris, elle entre dans la salle des deux vérités. Ici les morts subissaient leur jugement final.

Maât apparaissait comme une femme coiffée d’une grande plume dans les cheveux et avec parfois des ailes. En tant que plume, elle était la norme par rapport à laquelle les morts étaient jugés.

Le défunt devait affronter les 42 juges, au cours desquels était lue une liste de transgressions qu'il n'avaient pas commises. Puis Anubis plaçait le cœur, siège de l'intelligence, sur un plateau de balance. Sur l'autre plateau se trouvait soit la figure assise de Maât ou sa plume.

Idéalement, l'âme connaissait les sorts pour empêcher le cœur de témoigner contre lui. Si la balance était équilibrée, Thot proclamait le mort étant un « homme vrai de voix » et Osiris accueillait l'âme dans le monde souterrain.

Un principe abstrait parmi les êtres

L’abondance, la sécurité et le confort régnaient dans les temps Primordiaux. Maât était venue du ciel. La terre était inondée des crues fertiles du Nil et les ventres rassasiés, il n’y avait pas de famine dans le pays. Les murs ne s’écroulaient pas et les dards ne piquaient pas, le crocodile n’agressait pas et les serpents ne mordaient pas.

Maât n'était pas simplement une déesse. En tant que principe directeur et « ordonné » de l'univers créé, Maât a rendu l'existence possible. Maât était aussi quelque chose que les gens, du pharaon au roturier, ont fabriqué. Les gens vénéraient Maât dans la vie quotidienne à travers des actes quotidiens. Maât reflétait la générosité et la justice avec une collecte appropriée des taxes, l'inverse de la République En Marche. Cependant, bien que fondé sur Maât, le monde était imparfait. A l'époque il n'y avait pas encore de gilets jaunes, mais la rébellion de l'humanité, qui a amené Rê à se retirer de la terre, était l'une des causes invoquées pour l'existence du chaos ou du mal (Isefet) dans le monde.

Les motifs du soulèvement ne sont pas évoqués. Il ne s’agit pas d’une rébellion organisée contre une autorité ou l'augmentation du prix de l'avoine et accompagnée d’une série de revendications, mais d’actes d’indiscipline envers Maât : les hommes n’agissaient plus selon le principe de l’ordre social, il se laissaient aller à leurs fâcheux penchants naturels. L’anarchie règne et le désordre prend le dessus.

Isefet était le contrepoids de Maât. Pour que le monde soit stable, il fallait équilibrer Isefet et Maât. Cependant, les Égyptiens croyaient que même si l'univers était terminé, Maât était inséparable du créateur divin et persisterait. Maât est aussi la parole vivifiante. Évoquer un dieu ou un être de l’imaginaire dans le cadre du rituel contribue à son existence et à sa subsistance.

Maât permet d'assoir le pouvoir du Pharaon

Le roi, symbole vivant de l’Humanité, touche au monde des dieux tout en étant ancré dans le réel et l’humain. Il est chargé de faire régner Maât sur terre. Maât fille de Rê, le souverain solaire, est un concept divinisé. Elle représente l’Ordre, ce qui doit être fait afin que le monde fonctionne harmonieusement et donc subsiste. Maât est le principe même de la cohésion sociale : agit selon Maât celui qui pratique la justice, dit la vérité, agit pour le bien de la collectivité, communique et joue son rôle dans la chaîne sociale. Maât est l’expression dans le monde divin de la solidarité sociale de l’état pharaonique. Les textes affirment que Rê se nourrit de Maât, c’est-à-dire que la divinité et donc la création subsistent, car la cohésion sociale est respectée.

Le roi en tant que gestionnaire du pays est responsable du fonctionnement du temple. Représentant de l’humanité, lui seul est habilité à dialoguer avec les dieux. Le modèle mythologique de la royauté est essentiellement solaire et héliopolitain. La divinité du Pharaon est cependant partielle : seules la fonction et donc ses marques extérieures sont sacrées. Il joue un rôle divin, agit « comme » les dieux à travers le rite.

Pour assurer son pouvoir et maintenir l'ordre, la Pharaon utilise les dieux et en particulier Maât. Mais lui-même doit suivre la justice de Maât pour être respecté par son peuple. S'il le fait, il a alors le droit d'invoquer Maât contre tous ceux qui défient son autorité et il s'octroie le pouvoir de promulguer des châtiments au nom de Maât, la déesse de la justice. Son peuple l'acceptera.




Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 4 Décembre 2018. Il est très récent et nécessite peut-être quelques améliorations.