L'ordre Teutonique

Chevalier teutonique
Chevalier de l'ordre teutonique
L'Ordre du Temple n'est pas le seul ordre militarisé. D'autres ordres religieux de Terre sainte, issus, comme l'Hôpital, de communautés charitables, s'étaient eux aussi militarisés. Le plus ancien est l'ordre Teutonique. Née d'un hôpital de campagne des pèlerins allemands (créé lors du siège d'Acre, vers 1190), l'institution a adopté en 1198 le genre de vie militaire. Reconnue par Rome, l'année suivante, cette transformation a conduit les Teutoniques à s'impliquer à leur tour aux frontières de la chrétienté.

En Europe, les frères l'Ordre Teutonique ont entrepris un vaste effort de conquête en Prusse. Dans cet espace, dont la soumission a duré un demi-siècle, ainsi qu'en Livonie, au nord, ils réussirent à éliminer toute concurrence d'autres ordres militaires jusqu'à y installer leur siège, peu après l'expulsion des Latins de Terre Sainte, en 1291.

En Orient, leur ordre est resté le plus célèbre émule du Temple et de l'Hôpital. Il n'était cependant pas le seul.

D'autres ordres suivent l'exemple et se militarisent

Saint-Lazare et Saint Thomas d'Acre, au début du XIIIe siècle, sont aussi devenus des ordres militaires. Le premier émane d'un établissement pour lépreux créé à Jérusalem ; le second est issu d'un groupe de chanoines anglais voués aux captifs et aux pauvres. Ni l'un ni l'autre, face à l'islam, ne connurent de succès, mais ils témoignent de l'aura du Temple à l'époque de leur militarisation.

En Occident, les ordres militaires se sont diffusés dès le XIIe siècle et, dans deux régions de confins, des institutions sont nées. Hors de Terre sainte, la Péninsule ibérique constitue l'espace de frontière où le Temple et l'Hôpital sont apparus en premier et où le plus de communautés ont développé une action guerrière. Mais la région baltique en vit également émerger.

En 1202, des chevaliers allemands fondèrent l'ordre des Frères du Christ de Livonie, plus connus sous le nom de Porte-Glaive, afin d'évangéliser le pays. En 1227, au nord-est de la Pologne, l'ordre des frères du christ de Prusse, dit de Dobrin, du nom de la forteresse qu'il détenait, fut établi avec la mission de combattre les païens et de les convertir. Faute du succès escompté, ces deux institutions ont finalement été réunies à l'ordre Teutonique en 1237.

Le berceau ibérique

Ordre de Santiago
Ordre de Santiago
Parmi les ordres militaires hispaniques, Calatrava est le plus ancien. Né d'une confrérie réunie, en 1158, pour défendre la forteresse homonyme, entre Tolède et Cordoue, il a été reconnu par Rome en 1164 et affilié à Cîteaux.

D'une confrérie similaire, créée à Caceres en 1170, Santiago est né cinq ans plus tard. Si d'autres ordres militaires les ont suivis, notamment en Aragon, Calatrava et Santiago se sont d'emblée imposés comme les principaux. Lié à la tradition canoniale, Santiago s'est implanté dans chacun des États hispaniques, voire au-delà, tandis que Calatrava, privilégiant la Castille, a incarné le modèle cistercien, étendu à plusieurs institutions ayant adopté un genre de vie militaire, comme Alcantara, dans le Leon, ou Avis, au Portugal.
 

De nouvelles institutions naissent à la fin du Moyen-Âge

La fin du Moyen Âge n'a pas marqué pour les ordres militaires le repli trop souvent invoqué. Bien sûr, le procès fait aux Templiers par le roi de France a constitué une épreuve et, par-delà l'épisode, l'existence des frères des autres institutions s'est transformée. L'évolution, liée à l'essor des monarchies nationales, a d'abord touché les ordres militaires hispaniques, tandis que l'Hôpital et l'ordre Teutonique, à partir du XIVe siècle, développaient à Rhodes et en Prusse de véritables États. L'idée d'ordre militaire continuait à séduire, et de nouvelles institutions sont nées, dépendantes désormais du pouvoir princier.

Santa Maria de España, fondé en 1272 par le roi de Castille, en est le plus ancien exemple. Son échec rapide ne doit pas laisser croire à l'inefficience de ce modèle. Les ordres de Montesa et du Christ, créés pour recueillir l'héritage Templier dans le royaume de Valence et au Portugal, obéissaient à un même principe, et, en Castille ou dans l'Empire, la mise en place de nouvelles institutions est restée d'actualité.

Un idéal bien au-delà du Moyen-Âge

Dans cet automne du Moyen Âge dont l'imaginaire était pétri de chevalerie et de croisade, les ordres militaires demeuraient un idéal fort pour nombre d'acteurs de la société politique. Dans son testament, en 1358, le noble aragonais Lope de Luna prévoyait d'instituer un ordre appelé Saint-Georges du comté de Luna. L'idée est restée une chimère, comme celle de Philippe de Mézières, qui, toute sa vie, a cherché à fonder la Chevalerie de la Passion de Jésus-Christ afin de succéder au Temple. Des projets continuèrent bien au-delà du Moyen Âge. En Castille, au début du XVIe siècle, on voulut faire des Hiéronymites un ordre militaire, et en Savoie, en 1572, on projeta d'en créer un autre, Saint-Maurice, à partir des biens italiens de Saint-Lazare. À cette dernière date, depuis dix ans, existait une institution, Santo Stefano, qui, depuis Pise, où l'avait installée le duc de Florence Côme Ier de Médicis, luttait sur mer contre les Ottomans.

Le Temple a duré deux siècles à peine, mais il a inspiré des imitations nombreuses. Bien des ordres militaires ont survécu au Moyen Âge, et l'Hôpital comme l'ordre Teutonique existent encore. À leurs frères, comme aux Templiers, on a souvent attribué une puissance occulte, l'ordre du Christ passant pour avoir conçu en son sein toute la geste des Découvertes initiée par le Portugal au XVe siècle. La réalité historique oblige à plus de mesure, mais dans le pouvoir prêté aux différents ordres militaires à la suite du Temple git la conscience du rôle majeur qu'ils ont joué dans l'Occident chrétien bien au-delà du Moyen Âge, qui les avait vu naître.

L’ordre Teutonique aujourd'hui

Aigle Teutonique
Avant la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler tente de récupérer l'image historique des chevaliers teutoniques pour exacerber le sentiment d'identité nationale. Mais par la suite il se ravise car il les suppose alliés des juifs et des francs-maçons et cherche donc à les détruire.

Le 6 septembre 1938, le gouvernement du Reich allemand publie un décret visant à dissoudre l'ordre teutonique. En 1939, le même édit fut appliqué dans ce qui reste de la Tchécoslovaquie annexée par le Reich allemand, le protectorat du Reich en Bohême et en Moravie. Au Tyrol du Sud, jusqu'en 1945, il y avait des attaques de fascistes locaux fondées sur une base idéologique contre ses institutions et ses membres.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses possessions pour la plupart installées sur le territoire slovène servaient d'hôpital militaire. Après 1945, des membres de l'ordre teutonique ont été persécutés en République populaire fédérative de Yougoslavie, en raison notamment de son nom, en raison de la guerre et des événements d'après-guerre. Dans le cadre de l'abrogation de tous les ordres religieux en 1947, les autorités yougoslaves saisirent les biens de l'ordre teutonique et en expulsèrent ses membres.

Après la Seconde Guerre mondiale, le décret de 1938 fut abrogé et les avoirs restants ont été restitués à l'ordre.

En 1970 et 1988, les règles de l’Ordre ont été modifiées, également dans l’optique d’une meilleure participation des femmes.

Aujourd'hui, l'Ordre allemand portant le titre officiel d' « Ordre des frères de la Maison allemande de Sainte-Marie de Jérusalem ». C'est un ordre religieux. Actuellement, il compte environ 1000 membres, dont 100 prêtres, 200 sœurs et 700 familiers.

Les districts territoriaux de l'Ordre sont appelés provinces. Ils ont leurs propres « provinciaux », ce qui peut être compris comme des administrations régionales de l'Ordre. Il s’agit de l’Allemagne à Weyarn, de l’Autriche à Vienne, du Sud-Tyrol et de l'Italie à Lana, de la Slovénie à Ljubljana, de la République tchèque et de la Slovaquie à Troppau. Au sommet de chaque province se trouve un maître qui porte le titre de « Prior » ou de « Landkomtur ».

Aujourd'hui, l'Ordre Teutonique ayant renoué avec son idéal initial, « pour servir les personnes dans le besoin pour le Christ dans un amour désintéressé », il est principalement actif dans les domaines de la bienfaisance et de l'éducation. L'accent est mis sur les domaines de la prise en charge des personnes âgées et handicapées, ainsi que de l'aide à ceux qui veulent sortir de la toxicomanie.

Sources : D'après Philippe Josserand, historien spécialiste des ordres militaires et de la croisade, et wikipedia.


 

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