Le Mont Hélanus

Croix de Rode dans l'Aubrac
Croix de Rode dans l'Aubrac
Tous les ans, depuis un temps immémorial, le 6 août, jour de la fête de Saint Estapin, qui correspond, dans le calendrier, à celle de la Transfiguration, un peuple immense se rassemble à Dourgue (Tarn) et dans les environs.

Les boiteux, les paralytiques, les aveugles, les malades de tout genre viennent y chercher la guérison de leurs infirmités. Ils partent de grand matin des villages où ils ont couché, et des prairies où ils ont été obligés de bivouaquer ; car ils sont en grand nombre et se rendent au temple consacré à Saint Estapin. Ce temple est situé dans une gorge qui s'ouvre vis-à-vis de la ville de Dourgne et au sud de la montagne. Les pèlerins font neuf fois le tour du temple et se rendent ensuite sur la plateforme. Là chacun trouve un remède à son mal. Il suffit pour cela d'introduire dans un des trous pratiqués dans les pierres du monument, le membre affligé auquel ce trou est destiné. Il y en a de différents calibres pour la tête, la cuisse, la jambe, le bras, etc. Cette cérémonie faite, on assure que les boiteux marchent droit, que les aveugles voient, que les paralytiques recouvrent l'usage de leurs membres.

Des sources divinisées

Lorsque cette première épreuve n'a pas réussi, les pèlerins ont recours aussi à la fontaine de Montes ou de Saint-Jean. Cette fontaine est située dans la gorge qui suit immédiatement celle où est bâti le temple de Saint-Estapin.

Bien que les noms des divinités gauloises présidant à ces sources nous soient parvenus en très petit nombre, nous avons, semble-t-il, le droit de conclure maintenant que l'usage de diviniser les sources en leur attribuant de mystérieuses vertus était général chez les Celtes.

Il est probable que beaucoup de ces divinités, comme chez les Pélasges, étaient innommées et connues uniquement sous le nom générique qui, en celtique, répondait au deus ou au dea des Latins, associé au nom topique de la source, sans que peut-être le sexe de la divinité fût précisé, sive deus sive dea, suivant l'antique formule.

Les représentations des divinités

Cernunnus à Paris
Cernunnos trouvé à Paris
La répugnance à l'anthropomorphisme est un des traits particuliers de cette période. On a souvent attribué à l'influence des druides l'absence de représentations figurées des divinités chez les Celtes. C'est une erreur. L'antipathie existait dès l'âge de la pierre et l'âge du bronze ; la phrase de Tacite où il est parlé de cette interdiction s'applique non aux druides, mais aux Germains.

C'est, au contraire, à l'époque où régnaient les druides qu'apparaissent les premières représentations des dieux sous la figure humaine. Les noms des saints et des saintes que le christianisme a substitués aux génies païens nous sont seuls parvenus, mais ces noms se rattachent à des usages, à des cérémonies, à des pratiques, à des pèlerinages qui sont bien celtiques dans leur essence et dont la plus grande partie étaient déjà, à l'époque romaine, des survivances.

C'est à ces légendes, à ces pratiques païennes que nous devons demander la révélation du génie mythologique de nos pères. Les druides ont pu présider à ces cérémonies suivant un principe presque général dans la haute antiquité en dehors du groupe aryen, la nécessité de l'intervention du prêtre, chaman ou druide, pour que le sacrifice ou la prière fût valable. Ils n'en ont point été les introducteurs.
 

Le culte des lacs

Un lac dans l'Aubrac
A côté des fontaines, les lacs étaient également l'objet d'un culte en Gaule. Nos renseignements sont moins riches à cet égard. Ils sont même très pauvres, sans que nous en saisissions la cause. Il est vrai que chez nous les lacs sont relativement rares. Nous avons toutefois de ce culte un exemple historique que nous pouvons considérer comme typique. Nous voulons parler du culte païen que l'on rendait encore au lac Saint-Andéol, du temps de Grégoire de Tours.

Au pied du mont Helanus, un grand lac existait où les populations des environs se rendaient en grand nombre à certains jours, dans le but de faire des offrandes à la divinité du lieu à laquelle les uns offraient, en les jetant dans le lac, des habits de lin et de drap, même des toisons entières, d'autres des fromages, de la cire, des pains et mille autres choses, chacun suivant ses moyens. Ces pratiques étaient suivies de sacrifices d'animaux. C'était l'occasion d'une fête.

On faisait conduire en ce lieu des charrettes de provisions pour trois jours, que l'on passait, tout entiers, à faire bonne chère. Le quatrième jour, quand tout le monde était sur le point de s'en retourner, il ne manquait jamais de s'élever un furieux orage, mêlé de tonnerre et d'éclairs, à la lueur desquels il tombait tant d'eau et de pierres qu'on désespérait de sa vie et de son retour. Les paysans du pagus n'en continuaient pas moins de se rendre, au jour dit, au bord du lac et d'y accomplir leurs cérémonies impies, quand, le dit Grégoire de Tours, un évêque du pays, inspiré par la Divinité, eut la pensée d'édifier, au bord du lac, une chapelle à Saint Hilaire de Poitiers, dans laquelle il déposa des reliques du saint disant, au peuple :

Ne continuez pas, mes chers fils, à pécher devant le Seigneur. Il n'y a dans le lac aucune puissance à laquelle vous deviez ces pratiques.
 

Saint Grégoire ne nous dit aussi qu'à partir de ce moment, les pèlerinages cessèrent. Il affirme seulement, ce qui est plus croyable, que la tempête annuelle qui accompagnait la fête païenne ne se reproduisit plus.

Quant à la terreur que le lac inspirait aux paysans du Gévaudan, elle n'a pas disparu. Les paysans ne passent pas sur les bords du lac sans lui jeter des pièces de monnaie ; et il n'est pas certain que l'on n'y aille pas encore isolément en pèlerinage.

Nous ignorons le nom du dieu ou de la déesse que l'on adorait au pied du mont Helanus.


 


Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 16 Janvier 2019. Il est très récent et nécessite peut-être quelques améliorations.