Dona Béatrice

Dona Béatrice
Dona Béatrice (Kimpa Vita)
Avec Dona Béatrice nous suivons un des chemins de l’évolution. C'est une histoire un peu folle qui se passe au Congo et va remonter jusqu'au Vatican.

Le royaume du Kongo a été un grand fournisseur d’esclaves et par la même occasion un pourvoyeur des syncrétismes afro-américains. Alors que dans le nouveau monde les esclaves manipulaient le système pour conserver leur religion, sur les vielles terres africaines, les rois collaboraient avec le Dieu de leurs envahisseurs. Dona Béatrice résume à elle seule les révoltes congolaises, qui s’exprimant au travers de la religion contiennent tout naturellement les germes émancipateurs des futurs nationalismes.

En 1482 les portugais sont à la recherche du royaume de prêtre Jean. Ce royaume est supposé se situer au-delà des terres africaines annexées par les musulmans. Le conquérir permettrait de prendre les envahisseurs en sandwich, et de lancer une opération de reconquête.

Le Royaume de prêtre Jean

Au milieu du XIIème siècle commence à circuler dans les chancelleries des rois chrétiens une lettre adressée à l’empereur Manuel Comnème de Byzance par un dénommé « Presbyter Johannes » se prétendant souverain des souverains d’un royaume qui domine les trois Indes, de l’Inde ultérieure au désert de Babylone. Presbyter Johannes, Prêtre Jean, décrit un royaume merveilleux où vivent des animaux fabuleux, en partie réels, en partie sortis du bestiaire imaginaire. Cyclopes, hommes cornus, géants, licornes, mais aussi éléphants, tigres, panthères, rivière de miel et de lait coulant dans leurs lits d’émeraude et de saphir nous parlent d’un paradis qui ne serait plus dans l’au-delà, mais là-bas.

Là-bas va devenir l’Eldorado, la terre promise, le pays de l’égalité entre les hommes. Mais comme cet ailleurs est nulle part, il pourra être n’importe où au gré des circonstances et des besoins. C’est l’Inde d’abord qui sera soupçonnée d’abriter le royaume, d’autant plus que Thomas y était enterré et que des communautés Nestoriennes avaient évangélisé jusqu’à Malabar et les frontières de la Chine. Au fur et à mesure de la pénétration des voyageurs vers l’Asie, le mythe se confronte à la réalité. Prêtre Jean est l’arlésienne, alors le rêve de se liguer avec son royaume pour prendre les musulmans en étau prend du plomb dans l’aile. C’est la Chine qui mettra un terme aux illusions. Trop cultivée pour être influencée, trop immense pour être envahie, il ne restera plus qu’à commercer avec elle.

Si le pragmatisme économique fait des marchands heureux, il n’en est pas encore à dicter toutes les lois. Il faut toujours en passer par les illusions de grandeurs, les rêves de conquêtes, la gloire du christ pour dissimuler la convoitise et de l’avidité, deux grands pourvoyeurs de chair à canon.

Le royaume du prêtre Jean n’est pas en Inde, ni ailleurs en Asie, alors il sera dans cette Afrique où la légende est prête à l’accueillir. Le mythe se met en place. Le Nil qui charrie tant de merveilles sort de nulle part. Nulle part n’est-ce pas justement l’endroit où devrait se situer le royaume. A partir de 1494 les conquêtes portugaises en Afrique vont être motivées, ou du moins prendre prétexte de cette quête. A cette date le traité de Tordesillas partage le monde entre les espagnols qui obtiennent toute l’Amérique, à l’exception du Brésil accordé aux portugais avec l’Afrique.

A la place de ce mirage de la découverte de ce royaume fabuleux, le navigateur Diego Cao va découvrir en 1482 le royaume du Kongo qui s’étend alors sur les actuels Congo, l'Angola et l'enclave de Cabinda. En 1498, Vasco de Gama découvre le Mozambique, et Albuquerque l'Éthiopie en 1508. L'Éthiopie justement, voilà un prétendant sérieux au titre. Le pays se situe au-delà des sources du Nil, et de plus il est en grande partie chrétien, copte, monophysite, mais chrétien. Certes il n’a rien d’un pays de cocagne, mais il pourra faire l’affaire. En plus il serait temps d’accepter l’idée que le prêtre Jean n’est pas un personnage, mais un titre, et l'Éthiopie là aussi convient.

Désormais l’entreprise coloniale est en marche. L’époque se fait généreuse aux médiocres convaincus que le seul critère de leur race en fait des seigneurs. Le paradis du prêtre Jean n’est plus utile et l’appât du gain se suffit à lui-même. Mais le pays est bénit et royaume de Jean ou non, l'Éthiopie un jour verra un nouveau mirage se lever pour que dans un autre là-bas des hommes des iles réveillent leur rêve d’un éternel retour.

Mais pendant ce temps là, c'est au Kongo et en Angola que les portugais s'implantent tranquillement.

L'implantation des portugais au Congo

Très rapidement les portugais établissent de bons rapports avec les autochtones et réussissent à convertir le manicongo (roi) Nzinga Nkuwu ainsi qu’une partie de son entourage (1485). Le mécontentement s’installe chez les congolais mais cela n’empêchera pas le fils de Nzinga Nkuwu, Affonso de régner trente années. Entre temps le peuple congolais qui est devenu un gros fournisseur d’esclave voit sa population affectée par ce commerce. Malgré les protestations du roi Jean III rien ne change. Guerres intestines, esclavage et épidémie de petite vérole déciment tellement la population que les trafiquants d’esclaves se plaignent de devoir voyager durant trois mois dans les terres pour « s’approvisionner ».

Comme souvent les temps difficiles sont propices à l’apparition de toute sorte de prophètes. Francisco Tavola quitte sa mission d’évangélisation et se déclare fils de Dieu. Il prêche le rejet des églises catholiques et de leurs prêtres, et demande l’expulsion des missionnaires, qui avec la traite des noirs sont les piliers du colonialisme. Tavola, pourchassé, disparaît sans plus jamais faire parler de lui.

Un demi-siècle plus tard Mafouta Apollonia Fumaria déclare que la Vierge lui est apparue. Elle exhibe une pierre sortie d’une rivière et prétend qu’il s’agit de la tête du Christ déformée par la méchanceté des hommes.

La prêtresse Dona Béatrice

En 1704 apparaît une prêtresse qui serait issue d’une secte fétichiste et qui prétend que Saint Antoine lui a ordonné de restaurer le royaume du Kongo. En effet le roi Pedro IV, pourtant légitime, s’était retiré sur le mont Kimbangu à la suite d’une guerre de succession de trente ans qui l’avait épuisé.

Cette prêtresse, Dona Béatrice aussi appelée Kimpa Vita veut fonder une religion chrétienne pour les africains. Elle annonce que le Congo est la seule terre sainte, et que les pères de l’église sont noirs. Elle affirme que le Christ est né à Mbanza Kongo (Sao Salvador), elle fait bruler les fétiches mais également la croix qui est le symbole de la passion du christ. Cette mission annoncée ou imposée par un messager (Saint Antoine) à un individu chargé de la mener à bien (Dona Béatrice) et dont l’objectif est de rendre par décision divine l’ancienne grandeur à une nation, une ethnie, un royaume (ici le Kongo) relève typiquement du messianisme.

Kimpa Vita devenue « messie » intervient pour que Pedro IV revienne investir la capitale mais devant son atermoiement elle prend contact avec ses adversaires s’impliquant ainsi dans le jeu politique, ce qui lui vaudra les rancœurs des missionnaires. Pour apporter de l’eau à leur moulin , Dona Béatrice trouve rien de mieux que de s'attacher à un de ses adeptes et admirateurs qu’elle avait nommé Saint-Jean et qui à force d’être à ses côtés va devenir le père de son enfant. Mauvais calcul pour une vierge qui doit avouer qu'elle n'est pas immaculée.

Lâchée par le roi elle est condamnée à mort de même que son concubin et son nouveau-né. Elle est exécutée avec son Saint-Jean le 2 juillet 1706, elle n’a que vingt-deux ans, mais le bébé est épargné. La secte des Antoniens, issue du mouvement de Kimpa Vita ne disparut pas rapidement. En 1969 des catholiques Zaïrois ont demandé au Vatican que soit procédé à une enquête en vue de la canonisation de Dona Béatrice.



Source : http://avatarpage.net

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