Le culte Deïma

Eglise Dehima
Eglise Dehima en Côte d'Ivoire
Dyigba Dowono ou Dohonon est née en 1892 dans le village de Gagoué en Côte d’Ivoire. Vers 22 ans elle est contrainte de se marier mais se refuse à la vie conjugale. Son mari meurt opportunément (ou disparaît) et selon la tradition elle doit épouser le frère de celui-ci, ce qu’elle refuse de faire prétextant que Dieu l’a choisie pour transmettre sa parole aux hommes. Considérée comme illuminée et surtout comme sorcière elle est chassée et va vivre en forêt en se nourrissant de racines. Elle pratique des guérisons et peu à peu arrive à convaincre de sa qualité de guérisseuse.

A l’instar d’autres messianismes africains contemporains elle fonde son action sur la suppression des fétiches et de la sorcellerie. Cependant son approche de la question relève de la psychologie. Le rapport de la société africaine à la sorcellerie n’est pas comparable à la tendance occidentale souvent superficielle de consulter voyantes ou astrologues. En Afrique la sorcellerie fait partie du quotidien dans le contexte d’une pensée plus magique que rationnelle.


A titre d’exemple, devenir un vieillard dans nos sociétés occidentales n’est jamais qu’une probabilité statistique. En Afrique devenir vieux c’est avoir su se protéger des mauvais sorts, ce qui rend suspect. Dans la même veine un simple conflit ou désaccord qui en occident va provoquer entre les acteurs de l’agacement ou de l’hostilité, va dans la pensée magique animiste être générateur de mauvais sort. Comme il est rare que l’on n’ait jamais de conflit même avec ses meilleurs amis, et que des ennuis ou pire finissent toujours par nous atteindre, nous nous retrouvons dans un cercle vicieux culpabilisant qui fait endosser à chacun une responsabilité qui n’échoit en principe qu’au seul destin.

Marie Lalou reçoit ses messages dans ses rêves

Adeptes du culte Dehima
Adeptes du culte Dehima
C’est contre cet état de chose que s’est élevée Dyigba Dowono plus connue sous le nom de Bague Honoyo ou Marie Lalou (ou encore Bagué Wlonyo), fondatrice du culte de Deïma ou Dehima, en affirmant comme principe fondateur que « Nul ne doit vouloir de mal à son prochain, Dieu l’interdit ». Cette phrase qui peut sembler naïve, ne se contente pas de prononcer un interdit mais elle intercale Dieu dans le processus magique. Autrement dit elle fait intervenir le Magicien absolu qui va arrêter par la puissance de son métier toute action potentiellement hostile libérant chacun du risque contenu dans toute pensée négative. Au-delà de cette lutte contre fétiches et sorcellerie c’est tout le rapport social africain qu’il s’agit de moderniser. L’effet pervers de la pensée magique est l’idée que tout ce qui vous arrive dans la vie est la conséquence de l’action négative d’un tiers, ce qui positionne chacun dans un rôle d’éternelle victime. Marie Lalou cherche au contraire à faire comprendre que nous sommes en grande partie responsables de nos échecs, nos déceptions, et même parfois nos maladies. Bien plus encore elle fait savoir que la société ne fait pas l’homme mais que c’est l’homme qui fait la société et qu’en cela il a toute latitude pour s’émanciper de traditions dont il est prisonnier.

C’est en rêve que Marie Lalou reçoit ses messages, et un matin en se réveillant elle trouve un flacon rempli d’eau et en fera un des fondements de ses rituels avec les cendres sans doute parce que les cendres comme l’eau permettent de purifier le corps. La signification du nom de Deïma donne lieu à différentes version. Le Deïma serait le ruisseau situé près des villages dans lequel on tire l’eau pour le baptême ou les cérémonies de purification. Le mot tirerait aussi son origine du latin voulant dire la main de Dieu. Une autre version nous indique que ce mot signifie « la lumière ou la religion des noirs ».

Les évangiles du culte Deïma

Le culte Deïma a ses évangiles dont il existe au moins trois versions. Le point commun est l’existence d’Abidise premier fils mal aimé de Dieu et en partie répudié. Abidise est sur terre et possède de la terre de couleur blanche, rouge, et noire. Dieu charge Jésus un autre de ses fils de lui amener des échantillons de ces terres, mais Abidise qui l’a en travers de la gorge refuse. Jésus finit par voler ces matériaux et les apporte à Dieu qui en fait les corps des trois races humaines, et envoi son souffle pour leur donner vie. Abidise mis au courant l’a encore plus en travers et exige que lui soient restituées ces terres. Dieu décide alors qu’elles lui seront rendues à la mort des individus ainsi Abidise récupèrera son bien avec les vers qui venant de la terre y retourneront. En revanche comme le souffle vient de Dieu celui-ci le reprendra et c’est ainsi qu’est née la mort.

Marie Lalou voyait également dans sa religion d’un Dieu noir un christianisme purement africain qui n’avait aucun compte à rendre ni aux catholiques ni aux protestants. En 1948 elle rencontre Félix Houphouët-Boigny et lui prédit l’indépendance de la Côte d’Ivoire et lui annonce la part qu'il prendra dans le mouvement de libération africain. Aujourd’hui le village de Gaboué est devenu le Vatican du culte Deïma pratiqué par plus de 1.500.000 personnes.



Source : http://avatarpage.net
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