Holy Spirit Mobile Force

Alice Lakwena
Alice Auma "Lakwena"
L’Ouganda fut la perle africaine de l’empire britannique. Comme ailleurs pour avoir trop donné à un pays Dieu dans son infinie justice semble lui avoir choisi le crème de ce qui se fait en matière de tyrans débiles dont Amin Dada fut en quelque sorte la cerise sur le gâteau. L’Ouganda réunit plusieurs royaumes dont le plus important fut celui du Bouganda. Au nord on trouve les ethnies moins bien structurées des Langi et des Acholi. Mutesa 1er fut au XIXème siècle le roi du Bougnada et sa distraction préférée était d’organiser des joutes oratoires entre catholiques et protestants pour amuser ses courtisans et d’y adjoindre pour faire bonne mesure quelques musulmans. Sa majesté une fois lassée, admit à nouveau dans sa cour les sorciers, et les bourreaux purent recommencer à sacrifier des innocents après torture. En 1884 son successeur Mwanga amateur de mignons pique sa crise lorsque quelques uns de ses pages influencés par la Church Missionary Society se refusent à lui. Il finit par condamner au bûcher la centaine de ses jouets qui ne veulent pas renoncer au christianisme.

Ce contexte politique, se dessine sur un arrière fond de croyances animistes fortement imprégnée par la pensée magique. Dans la culture Acholi de nombreux esprits peuvent prendre possession des hommes, des animaux et même des objets. Etre possédé par un des ces esprits (jogi) est comme être malade, et pour s’en libérer il faut soit les tuer, soit les domestiquer, ce qui en l’occurrence signifie qu’après une initiation on devient médium de son jok (singulier de jogi). Comme nous l’avons souvent constaté dans certains syncrétismes afro-américains avec les apports européens et amérindiens, là aussi de nombreux jogi étrangers viennent grossir les rangs. C’est dans cet environnement de croyances que se forme en 1986 « l’Holy Spirit Mobile Force (HSMF) » conduite par Alice Lakwena et qui va s’opposer à la NRA « National Army resistance » de Yoweri Museveni.

Qui était Alice Lakwena ?

Alice Lakwena de son vrai nom Alice Auma née en 1956 est une Acholi levée dans la foi anglicane et convertie au catholicisme à 20 ans. En 1985 « Lakwena » l’esprit d’un ingénieur italien mort depuis quelques temps prend possession d’elle et la rend sourde et muette. Insensible aux traitements des médiums aussi bien liés aux esprits païens (ajwaka) que chrétiens (nebi) elle disparaît 40 jours dans la nature où elle entend les plaintes des animaux et des forces de la nature. Revenue parmi les siens, Alice va s’essayer à la guérison sans grand succès.

En 1986 l’esprit de Lakwena lui demande d’arrêter les guérisons et de lutter contre les ennemis de l’Ouganda, l’armée gouvernementale (NRA), les soldats impurs, les sorciers et les féticheurs. Pour ce qui concerne les soldats impurs, la guerre moderne empêchait de satisfaire à une condition ancestrale de la société Acholi. Lorsqu’un soldat tue un ennemi il doit se soumettre à une cérémonie destinée à apaiser l’esprit (cen) de ce soldat mort. L’utilisation d’armes de guerre modernes ne permet plus de savoir qui l’on a tué et de ce fait rend impossible le rituel de purification. Qu’à cela ne tienne, les soldats qui adhèreront à l’armée du Saint Esprit seront astreint à un rituel satisfaisant à 100% aux conditions requises par la tradition.

La légende se mêle à l’histoire et Alice va conduire l’HSMF sous l’influence continuelle des esprits qui l’habitent et qui dictent leurs instructions. Outre Lakwena qui semble la posséder à demeure Alice est sous l’influence de « Wrong » un mauvais venu des USA, Franko du Zaïre, Ching Poh un chinois ou coréen, Ala un guerrier musulman, et une femme Nyaker, ancienne infirmière. En 1986 cette armée aidée par les 140.000 esprits qui l’accompagnent se lance à l’assaut des troupes de Museveni. Les soldats s’enduisent de beurre de Karité sensé les rendre invulnérables et partent au combat en criant « James Bond, James Bond » du nom d’un membre de la secte. Afin de se rendre invisible aux yeux de leurs ennemis, les soldats lançaient des pierres enveloppées de tissus, puis au fur et à mesure qu’ils progressaient, ils ramassaient ces pierres et les jetaient à nouveau pour allonger leur zone d’invisibilité. Complètement subjugués par leur prophète les guerriers étaient même convaincus que les animaux.

L'armée du Saint Esprit

Malgré quelques succès qui pour un temps semblaient confirmer la nature magique des protections, l’armée du Saint Esprit fut battue et Alice partit se réfugier au Kenya où elle fut arrêtée et internée dans un camp de réfugiés. Son père Sévérino créera un mouvement religieux dissident détaché de toute action militaire. Accusée d’être une sorcière, d’avoir même sacrifié des enfants pour accomplir sa magie Alice ne retournera pas en Ouganda et elle mourra en 2007 dans un camp de réfugié au Kenya.

Avec cette prophétesse nous sommes à la lisière de cette folie qui s’alimente de mysticisme et de religion dont les 20 commandements de l’armée du Saint Esprit témoignent. Nous trouvons parmi ces commandements le « tu ne tueras pas » ce qui pour un soldat semblerait bizarre sauf qu’il faut comprendre que dans l’armée du Saint Esprit ce ne sont pas les soldats qui tuent mais les esprits qui les habitent et qui sont bien moins « saints » (vive la casuistique). Le commandement 11 interdit de se cacher derrière un arbre ou des herbes, et pour cause les armées du Saint Esprit sont invisibles au combat grâce à la magie d’Alice. Le meilleur pour la fin. Le commandement numéro 20 indique que « tu devras avoir deux testicules, ni plus ni moins » et pour cause n’avoir qu’un testicule était non seulement un signe de malchance mais la caractéristique d’un sorcier.



Source : http://avatarpage.net
Partager sur facebook
Cliquez pour partager sur facebook
Retour à la catégorie : Les sectes africaines



Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le . Il est à jour.