Dionysos, le dieu du vin

Dionysos
Le « dieu errant » a entraîné Grecs et Romains dans une danse avec la vie et la mort, provoquant parfois la colère des autorités établies.

Les mystères de Dionysos sont les plus grands à Rome, même s'ils n'ont jamais été introduits officiellement. Il s'agit d'un culte aux nombreuses facettes, avec d'un côté une organisation et une hiérarchie, et de l'autre, des rites et des transes pouvant donner lieu à des débordements. Il ne pouvait en être autrement pour ce dieu aux multiples visages, policés ou... plus sauvages. Il faut dire que Dionysos, comme son nom l'indique, est né deux fois et sous d'étranges auspices. Fils de Zeus de Sémélé ou de Perséphone, il est victime de la jalousie de Héra et, selon les versions, se fait découper en morceaux puis renait grâce à son cœur sauvé du désastre, ou grandit dans la cuisse de Zeus après la mort prématurée de sa mère. Dieu du vin et du théâtre, c'est avant tout un dieu errant, qui entraîne nymphes et satyres dans des cortèges et des danses effrénés.

 
 

Des rites extatiques pour Dionysos

On retrouve l'aspect festif dans les rituels de transe des fidèles à Dionysos. Les femmes quittaient leur métier à tisser, sortaient de leur maison et partaient dans les bois – symbolisant le côté non cultivé, l'ailleurs – et se livraient à des rites extatiques jusqu'à en perdre le sens. Ces transes ont pour objet la purification, comme des cures cathartiques. Un délire divin qui permet de sortir de soi et de se purger de ses maux. Les initiés ont aussi la promesse d'une béatitude après la mort. Lors de cérémonies funèbres, les membres se livraient à des rites dans lesquels deuil et transe se mêlaient.

Les associations pratiquant le culte – appelées thiases – étaient régies par une organisation calquée sur les mystères d'Eleusis, avec hiérophante, daduque, prêtre. Les pratiques pouvaient néanmoins différer d'une structure à une autre. On doit plutôt parler de cultes au pluriel, chaque microstructure était indépendante et composait son propre culte, sur un fond commun.

Les cultes connaissent un grand succès. A la différence d'Eleusis, ils n'ont aucun centre fixe ; ils semblent être apparus partout, de la mer Noire à l’Égypte et de l'Asie Mineure à l'Italie méridionale.

Les Bacchanales

Plus tard, à Rome, Dionysos s'appelle Bacchus. Les Bacchanales qui se tiennent en son honneur provoquent l'ire de certains. Le fait est que pendant un temps, les interdits moraux sont mis de côté. L'ivresse, l'euphorie, la sexualité débridée, sont des moyens d'atteindre la transe... mais les Bacchanales dérivent parfois en fêtes orgiaques.

Les bacchanales, c'est-à-dire les fêtes bacchiques constituaient des thiases du type qui existait en Grèce. A Rome la secte était constituée de personnes des deux sexes, contrairement aux thiases dionysiaques qui étaient pour les femmes seulement. L’association était implanté au bois de stimula sur l’Aventin, une des sept collines de Rome. Avant qu’éclate « l’affaire des bacchantes » les initiés ne dépassaient plus les vingt ans. Le néophyte devait observer une période d’abstinence sexuelle de dix jours avant la cérémonie. Une véritable menace pesait sur les adeptes qui ne devaient en aucun cas trahir les secrets qui leur étaient confiés, ce qui est une constante dans pareils cultes. Le culte justement consistait à obtenir par la consommation du vin une baisse du niveau des interdits pour parvenir à une sorte état extatique sensé donné un aperçu de la vie libérée des soucis de ce monde.

Il nous semble tout naturel et même indispensable que les cultes à mystères, et particulièrement ceux qui de façon évidente pratiquaient des rituels orgiaques, insistent sur l’absolue nécessité du secret. S’ils ne le faisaient pas, comme dirait notre de La Palisse, ils ne seraient pas à mystère ! Nous le voyons avec l’affaire des bacchantes.

L'affaire des bacchantes

En 186 éclate à Rome l’affaire des Bacchantes. Victime d’une machination ourdie par sa mère et son beau-père, un individu est alerté par sa maitresse du risque grave qu’il encourt en à recevoir l’initiation aux « mystères orgiaques nocturnes ». La victime porte plainte et une enquête est diligentée par le consul. Les résultats des investigations font apparaître qu’il existe bien un culte à caractère orgiaque comportant environ 7000 membres pratiquant la pédérastie et organisant des assassinats en vue de s’accaparer des fortunes. Le culte bacchique ne fut pas totalement interdit, mais les citoyens romains ne devaient pas y participer. En outre toute cérémonie bacchique devait se limiter à cinq personnes et être autorisée par décision du Sénat.

Sans doute en partie justifiée par la réalité présumée des faits, les autorités ont profité de l’occasion pour transmettre un avertissement envers tous les cultes « discrets » qui, fondamentalement, représentaient un risque politique pour la cité. Cette affaire des bacchantes laissera pour longtemps sa marque dans la société romaine et expliquera trois siècles plus tard, les persécutions envers les chrétiens.

Si en dehors de tout opportunisme politique susceptibles d'avoir forcé le traitement, les dérèglements constatés ont bien eu lieu, rien ne permet d’affirmer qu’ils constituaient la généralité. Simple trouble à l'ordre public ou peur du complot, quoi qu'il en soit, en 186 av. J.-C., la répression fait 7000 morts parmi les membres du culte et celui-ci est interdit pendant un siècle et demi.

La nature orgiaque de certains rituels, est destinée à bousculer notre perception de la réalité, et de son valet de chambre, la morale. Ces rituels sont initiatiques au sens propre du mot, car ils tentent de nous mettre sur le chemin d’une nouvelle perception. Mais nous voyons que la ligne rouge peut être franchie facilement, car d’une part certaines pratiques peuvent facilement être détournées de leur but par des adeptes malveillants, et d’autre part ces pratiques se confrontant à notre norme, ses adversaires n’ont pas de difficulté à alimenter une propagande sensée rétablir la norme moralisatrice.



Sources : D'après un texte de Claire Aubé, journaliste diplômée de l'École Normale Supérieure, titulaire d'un DEA de sociologie, ayant suivi des formations de Psychologie Positive (VIA Institute) et d'Approche centrée sur la Personne (ACP Formations).
Également repris des éléments du site http://avatarpage.net



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