Le Manuscrit de Voynich

La manuscrit de Voynich

Les codes secrets, les messages chiffrés, les langages cryptés sont aussi vieux que l’homme. Parmi les grands codes historiques, beaucoup ont pu être cassés. Mais l’un des plus longs textes du moyen âge garde tout son secret : c’est le Manuscrit de Voynich.

Il s’agit d’un ouvrage composé dans une langue et une alphabet inconnu et illustré d’images énigmatiques par un auteur qui a gardé l’anonymat. Quel secret se cache derrière ses lignes ?

Pour le savoir, un chercheur a décidé de soumettre le manuscrit à un examen exhaustif en faisant appel aux toutes dernières techniques d’exploration scientifique : l’analyse du parchemin, l’encre utilisée et les pigments, etc…Tout ceci devrait enfin livrer la clé de l’énigme.

 

L’histoire du manuscrit

Le manuscrit de Voynich
Durant la seconde guerre mondiale les services de renseignement américain parviennent à déchiffrer le code purple de l’ennemi japonais. L’équipe est dirigée par William Frederic Friedman, l’un des meilleurs cryptologue de l’époque. En guise d’exercice, Friedman et ses hommes décryptent des textes codés célèbres. Aucun ne leur résiste, sauf un : le Manuscrit de Voynich. Les américains finissent par jeter l’éponge. Ce sera leur seul échec.

Le Manuscrit de Voynich est un texte de plus de 200 pages que les spécialistes tentent de décrypter depuis le début du siècle. En 1912, un antiquaire New-Yorkais du nom de Wilfrid Voynich se rend à la Villa Mandragone, dans les environs de Rome, pour acquérir des livres anciens. En effet, les jésuites vendent une partie de leur collection. L’un des coffres qu’examine Voynich a appartenu au père Athanas Kircher, grand savant du XVIIe siècle. Le coffre contient divers ouvrages dont un manuscrit très étrange. Il était si laid comparé aux autres qu’il attirait le regard et piquait la curiosité. Il était entièrement écrit en langage chiffré. Voynich achète le manuscrit et passera le restant de ses jours à tenter de le déchiffrer. Mais à sa mort le mystère demeure entier.

Aujourd’hui, l’ouvrage est conservé à la bibliothèque de l’Université de Yale qui possède l’une des plus belle collection de livres rares du monde.

La technologie moderne ne permet pas de percer le mystère

Détail du manuscrit de Voynich
Détail du manuscrit de Voynich
René Zandbergen étudie le manuscrit de Voynich depuis des années. La première fois qu’il a vu une page du « Voynich » il s’était dit que ça n’avait pas l’air bien méchant et qu’il allait vite le déchiffrer. Mais quelques années plus tard il est forcé de constater qu’il s’est trompé. Il a échoué comme tant d’autres avant lui.

Le précieux manuscrit est conservé dans une section spéciale de la bibliothèque. Ce qui est étonnant est que quelqu’un a écrit ce texte il y a des centaines d’années probablement et aujourd’hui, malgré toute la technologie moderne, on n’arrive toujours pas à le décrypter.

Ses deux cents et quelques pages de parchemin contiennent un texte d’environ 170 000 caractères et d’innombrables images très détaillées. On se perd facilement dans ce dédale de signes obscures. Un autre aspect très étonnant de ce manuscrit est qu’il autorise toutes les interprétations. On peut y voir ce que l’on veut. On peut échafauder toutes les hypothèses possibles, on trouvera forcément de quoi les étayer dans ses pages. Mais jusqu’à présent aucune théorie n’est parvenue à s’imposer.

Est-ce un livre de botanique ?

Manuscrit de Voynich
Un examen plus détaillé permet d’identifier différentes sections. Le découpage est suggéré par le sujet des dessins. On ne comprend pas le texte mais les enluminures donnent une indication du contenu. La majeure partie de ce document semble traiter de botanique. Ça ressemble fort à un herbier. On y montre les racines, les feuilles et les fleurs de différentes plantes.

Certains dessins paraissent réalistes. Le livre doit indiquer où trouver ces plantes, expliquer comment elles poussent et à quoi elles servent. Mais on ne peut en être certain.

On sait que la médecine a longtemps reposé sur l’utilisation des plantes. Est-ce donc un traité de médecine médiévale ?

Un livre de médecine du Moyen-Âge ?

Carte astrologique dans le manuscrit de Voynich
Carte astrologique dans le manuscrit de Voynich
Un autre aspect de la médecine de l’époque se retrouve dans des constellation d’étoiles du zodiaque ; on en trouve des pages et des pages dans le manuscrit. C’est très détaillé. Mais évidemment on ne sait pas ce que ça signifie.

La encore, certaines figures semblent d’une précision étonnante. D’autres révèlent des effets d’optique cachés lorsqu’on les anime. Mais quel est le rapport entre la botanique et l’astrologie ?

Au Moyen-Âge, avant de traiter quelqu’un avec des plantes médicinales, il fallait connaître son signe astrologique. Un peu plus loin on voit des femmes dans des bains d’eau verte. Ces scènes sont très étranges. Faut-il en déduire que le Voynich est un traité de médecine sur les eaux thermales ou qu’il contient le secret des eaux de jouvence ? C’est une hypothèse osée mais qui concorde avec la suite.

La section suivante ressemble à un livre de recettes. On dirait des explications sur l’art de couper, de préparer et de cuire les plantes décrites précédemment. Pour un œil novice cela ressemble vraiment à un herbier ou un traité sur les plantes médicinales. Un médecin de génie a-t-il consigné ses remèdes sous une forme codée pour les cacher à ses rivaux ou à l’Inquisition ?

Qui donc a rédigé cet étrange traité ?

Un indice met Wilfried Voynich sur une piste. Ce dernier réalise des reprographies de l’original et celles-ci font apparaître un détail caché : il s’agit d’une signature sur la première page. On la effacée mais elle reste visible à la lumière ultraviolette. Le nom que l’on peut lire est celui de Yacobus De Tepenech.

Yacobus De Tepenech (1575–1622) est un médecin et herboriste du début du XVIIe siècle. Il a créé un remède qui a fait sa fortune et sa renommée dans toute la Bohème. En 1608 il est appelé à Prague pour soigner Rodolphe II de Habsbourg. L’empereur souffre de mélancolie.

Tepenech cultive ses propres plantes et les distille lui-même. Son remède à une forte teneur en alcool, ce n’est pas du Coca-Cola. La potion produit l’effet voulu : le monarque reprend goût à la vie. En reconnaissance il anoblit Tepenech et le nomme chimiste de la cour.

Mais pourquoi un médecin aurait-il consigné ses remèdes dans un langage codé ?

Un traité d’alchimie

Femmes dans des bains / manuscrit de Voynich
Les médecins pourraient avoir maille à partir avec l’église et les autorités. Le développement de la science était très lié à l’alchimie au début de l’époque moderne. Mais l’alchimie était une science occulte. Les informations contenues dans les livres d’alchimie étaient secrètes.

Yacob De Tepenech est-il l’auteur du plus mystérieux des traités scientifiques ?

Une chose frappe tout de suite quand on examine les dessins de plantes. Ils ne sont absolument pas réalistes. Certains détails sont grossis. Feuilles et racines font davantage penser à l’anatomie humaine ou à des figures géométriques qu’à des organes végétaux. L’ensemble ressemble moins à une description botanique qu’à une allégorie. Mais ce type de dessins s’inscrit dans une tradition remontant au Moyen-Âge.

Au Moyen-Âge on ne représente pas les plantes de façon réaliste et fidèle à la nature mais de manière à souligner les vertus qu’elles possèdent. A l’époque de Tepenech, au XVIIe siècle, cette tradition picturale est déjà abandonnée. On représente les plantes avec beaucoup plus de réalisme. Un traité du XVIe ou XVIIe siècle accorde beaucoup plus d’importance à la précision des dessins. Les plantes sont tout à fait reconnaissables, pas comme dans le Voynich.

Yacob de Tepenech ne serait pas l’auteur du Voynich

Yacob de Tepenech ignorait ses détails historiques. Les dessins qu’il aurait pu exécuter se seraient forcément inscrits dans le style de son époque. Il ne saurait donc être le véritable auteur du manuscrit. Mais alors pourquoi son nom figure-t-il en première page ?

La même signature ornent d’autres livres lui ayant appartenu. Le manuscrit de Voynich a du être en sa possession à un moment ou à un autre. Mais il est sans doute plus ancien, du moins c’est ce que semble indiquer une lettre trouvée avec le manuscrit.

Cette lettre est très importante. Elle date de 1639 et a été écrite par un médecin de Bohème du nom de Johannes Marcus Marki. Elle est adressée à son ami Athanas Kircher à Rome. C’est un esprit universel et un polyglotte qui parlerait toutes les langues connues. Marki lui demande de traduire l’ouvrage. Il précise que l’Empereur Rodolphe II l’a acheté pour 600 ducats.

Rodolphe est un protecteur des arts et des sciences. A son époque, science et magie son intimement liées. Rodolphe possède une vaste collection de grimoires et d’objets rituels de magie. Le précieux manuscrit de Voynich en était donc l’une des pièces. L’Empereur dépense des sommes folles pour sa collection. A sa mort il laisse des dettes. Or, Jacob de Tepenech est l’un de ses créanciers. Il pioche probablement dans la bibliothèque impériale pour se rembourser. C’est sans doute ainsi que le manuscrit entre en sa possession.

Mais ça ne nous en dit pas plus sur son contenu très étrange et indéchiffrable. Le mystère reste entier.