Les symboles

Les ouvrages qui traitent des rêves et qui se réclament de la science mettent au premier plan la notion de symbole. Élément puissant et fermé, c’est lui qu’il s’agit avant tout d’interpréter, c’est-à-dire de convertir en langage clair et accessible à la conscience.

Nous parlons de symboles et d’actions symboliques. Mais il n’est pas besoin de poser de questions sur le symbole là où se pratique intensément la vie religieuse. On n’a pas besoin d’expliquer. Par exemple, dans un psychisme chrétien, la croix est devenue un symbole considérable qui réunit une foule de choses, de représentations agissantes ; la croix a groupé autour d’elle l’obscure richesse d’expériences psychiques. De bonne heure déjà la croix a été un signe d’orientation avec ses quatre bras désignant quatre directions. Mais en elle se croisent aussi les directions de notre propre existence. En outre, elle départage l’espace. Sous forme de svastika, elle est une allégorie du soleil et du cours du temps.


C’est le mythologue J. J. Bachofen qui, dans un traité sur le symbolisme sépulcral, a si remarquablement étudié la nature des symboles, nature difficilement accessible à la raison :

Le symbole fait naître le pressentiment ; le langage, lui, ne peut qu’expliquer. Le symbole fait vibrer à la fois toutes les cordes de l’esprit humain, tandis que le langage se trouve obligé de ne s’adresser à la fois qu’à une seule pensée. Le symbole a des ramifications jusque dans les profondeurs les plus intimes de l’âme ; le langage ne fait qu’effleurer la surface de l’entendement. L’un est orienté vers l’intérieur, l’autre vers l’extérieur. Seul le symbole réussit à coordonner un amas d’impressions hétéroclites ; le langage aligne des faits isolés et n’apporte à la conscience que des parcelles qui, pour être exprimées dans leur ensemble, nécessiteraient le concours d’un organe plus complexe. Les mots limitent l’infini : les symboles conduisent l’esprit par-delà les frontières du fini et du devenu dans le monde de l’infini et de l’existant.

L’expérience psychique se condense en symbole qui devient le réceptacle singulier d’un flux de vie mouvante. Il est beaucoup plus qu’un simple concept. S’il nous arrive en rêve ou dans la journée de faire la rencontre d’un grand symbole, celui-ci ne manquera pas d’exercer sur nous une étrange fascination.

Les limites du symbole

Chaque symbole est l’expression particulière d’un contenu du psychisme qui sans lui resterait insaisissable. Dans son fond le plus secret, la vie ne pourra être vécue et ne pourra s’exprimer qu’au moyen d’un symbole, d’une allégorie. Jamais elle ne consentira à se mettre entièrement sous la coupe de l’intellect.

Mais le symbole aussi a ses limites ; il peut embrasser un contenu substantiel et multiple, mais non figurer toute la gamme des possibles ; c’est pour cela que dans le rêve les symboles se fondent les uns dans les autres. Le premier des symboles qui apparaît en rêve ne suffit souvent bientôt plus à exprimer un autre aspect du psychisme. Il est tour à tour remplacé selon les besoins.

Bien qu’il en soit la meilleure expression possible, le symbole se situe au-dessous du niveau du mystère signifié. Revivre le symbole et, s’il le faut, traduire son sens pressenti en un langage objectif, équivaut à nous rapprocher de ce mystère vital dans lequel nous nous mouvons ; ceci nous permet de mieux nous accommoder à son rythme et de nous assimiler à son organisation.

Le symbole éclaire les événements actuels et ces événements rapprochent à leur tour le symbole et sa valeur universelle de notre existence personnelle.

La classification des symboles

L’âme crée inlassablement des symboles. Elle n’hésite pas à y englober des formes nouvelles comme celles qui appartiennent à la technique moderne. Bien sûr, les mythologues actuels contesteront la qualité de symbole aux images empruntées à la technique, au commerce ou à la science en général ; mais l’âme se moque des classifications ! Ces néosymboles n’ont pas encore l’intensité inhérente aux archétypes ; mais ceci ne les empêche pas de s’enrichir peu à peu. Dans quelques millénaires, les mythologues les plus exigeants pourront avoir la joie de découvrir en eux des symboles nouveaux.

Mais on ne serait évidemment jamais parvenu à une classification aussi superficielle s’il n’y avait en réalité certains symboles dont le contenu ne pouvait donner lieu qu’à une interprétation qui tienne compte avant tout de leur sens favorable ou défavorable. Il y a des symboles dans lesquels se sont concentrées de sombres expériences humaines. L’apparition de ces symboles indique que cette sombre atmosphère, cette effrayante constellation est à nouveau actuelle. D’un autre côté, il existe toute une gamme de symboles qui, manifestement indiquent ou font allusion à la bonne nouvelle, à la puissante persévérance, aux jours heureux de l’avenir.

Le symbole est un moyen d’expression de l’inconscient qui convient particulièrement pour représenter le côté refoulé et le faire admettre par la conscience. Les symboles seraient en même temps des transformateurs de cette énergie psychique capables de nous fournir en force.

Les symboles sexuels

Les symboles sexuels laissent une forte impression parce qu’ils expriment précisément la puissance créatrice, cette force qui maintient et perpétue la vie, qui lui donne le goût du plaisir. Il est utile d’ajouter que vin et vignoble sont des symboles de fécondité, tandis que le lion représente un des aspects les plus intenses des forces instinctives.

Quant aux organes sexuels mêmes, c’est au monde végétal que les rêves en empruntent l’image. Il s’agit presque toujours de certains fruits et légumes déterminés et à la forme suggestive, qui servent de symboles.

Peut-être même que certaines personnes pressentent-elles que la profondeur obscure qu’elles ont découverte en elles signifie encore autre chose que du sexuel, se rendent-elles compte que les symboles interprétés sexuellement ont probablement aussi un autre sens, symboles dont la polyvalence même est le gage de contenus plus larges. Lorsqu'on en arrive là, on a dépassé la conception trop unilatérale que Freud se faisait de la nature humaine.

Il vaut mieux, soit dit en passant, s’occuper d’une authentique expérience amoureuse que chercher à découvrir des symboles sexuels un peu partout.


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