La sorcellerie est une pratique féminine

Femme orientale
La sorcellerie est souvent qualifiée de « pratique de bonnes femmes ». Il est vrai qu'il existe bien des sorciers professionnels et des talebs, mais en dehors d'eux on ne peut pas trouver un homme qui confectionnerait ses propres potions magiques afin trouver la solution à un problème. Fabriquer un philtre magique c'est de la cuisine et, dans le monde musulman quelque peu machiste, les femmes comme les hommes considèrent qu’un homme qui se livrerait à faire de la sorcellerie dans un but privé, non professionnel, porterait gravement atteinte à sa virilité.

Cependant, la sorcellerie « privée » n'est pas exclusivement réservée aux femmes ; il existe une véritable division de travail selon les sexes. Ce sont les femmes qui préparent les potions mais les hommes croient en la sorcellerie puisqu'ils en sont eux-mêmes des victimes. Le travail de l'homme sera plutôt de confectionner des talismans magiques ou des amulettes de protection.

 

Un contre-pouvoir par rapport à la domination masculine

Jeunes femmes arabes avec un téléphone portable
Les hommes peuvent aussi pratiquer la sorcellerie professionnellement, ce qui est rarement le cas des femmes. En conclusion, ce qui est spécifiquement réservé aux femmes n'est pas la sorcellerie dans son ensemble mais uniquement le fait de la pratiquer dans le cadre privé.

D’autre part, le fait que la femme ait recours à la sorcellerie ne signifie pas qu'elle est sous l'emprise d'une domination masculine. La pratique de la sorcellerie par les femmes constitue un moyen pour elles de se protéger contre la répudiation. Elles ont également le pouvoir de contrôler les mariages et les couples. C'est en quelque sorte un renversement de la situation de domination à leur profit. La magie serait en quelque sorte un contre-pouvoir par rapport à la domination du sexe fort. On peut même pousser l'analyse encore plus loin et faire remarquer que la sorcellerie est souvent pratiquée par les femmes qui n'ont pas d'enfant, ou du moins pas de fils. Celles qui en ont peuvent user de leur pouvoir de domination de la mère sur son fils.
 

En dehors du cadre familial

Vous serez habiles de faire remarquer que ces dispositions par rapport à la sorcellerie des femmes ne s'appliquent que dans le cadre familial. Mais la magie a un champ d'action beaucoup plus vaste. On peut faire de la magie pour qu'un ami réussisse dans une entreprise commerciale ou pratiquer de la sorcellerie pour que les enfants des voisins échouent à leurs examens. En règle générale le recours à la sorcellerie s'effectue quand se présente un désaccord ou un sentiment de jalousie ou le désir de vengeance suite à un préjudice. A priori cela n'a pas de rapport avec un quelconque rapport de domination d'un sexe par rapport à l'autre. Et même pour les femmes qui sont dominées dans leur couple, certaines pratiquent la sorcellerie alors que d'autres ne le font pas. Il n'y a rien de systématique. A l'inverse, on rencontre aussi des femmes sorcières n'étant pas du tout dominées par leur mari. Il n'est donc pas possible de définir des généralités par rapport au contre-pouvoir de la domination au sein du couple.

Les femmes font plus appel à la sorcellerie que les hommes

Des statistiques montrent que les sorciers professionnels sont plus souvent sollicités par des femmes que par des hommes. D'autre part, les femmes ont le monopole de la sorcellerie privée. On peut alors penser que la mentalité et l'éducation conduit les femmes à faire un usage légitime de la sorcellerie. Attention, légitime ne signifie pas « approuvé ». La magie reste toujours illicite, qu'elle soit pratiquée par une femme ou par un homme. Mais une femme, contrairement à un homme, ne déroge pas à son statut de musulmane en la pratiquant à titre privé. La magie fait partie des outils culturellement autorisés aux femmes au même titre que la cuisine, le ménage, le maquillage. Personne ne l'approuve mais tout le monde la tolère.

Un outil typiquement féminin

Les femmes pratiquent la magie comme si elles utilisaient un outil qui leur est réservé socialement. Dans leurs attributions on pourrait donc citer le balai, la marmite, la cuillère en bois et la magie.

Les hommes ne pratiquent pas la sorcellerie car ce n'est pas un moyen reconnu pour eux. Elle va à l'encontre de tout préjugé concernant la virilité. L'homme possède d'autres moyens, tel que la force physique, pour faire prévaloir son autorité et s'affirmer.

Un homme qui s'étendrait à beaucoup parler de sorcellerie dans son cercle d'amis serait très vite considéré comme un jeune garçon qui joue à la poupée.

Le statut social n'a pas d'importance

Femme arabe dans son appartement
Comme on vient de le voir, la séparation entre ceux qui pratiquent la sorcellerie et ceux qui ne la pratiquent pas n'a absolument rien à voir avec la hiérarchie sociale ou la richesse des personnes. C'est essentiellement une séparation culturelle effectuée selon le sexe.

Dans la société marocaine d'aujourd'hui, ce constat se reflète parfaitement. On peut rencontrer des personnes qui pratiquent la sorcellerie venant de toutes les origines sociales, aussi bien du monde rural que les nantis dans les grandes villes. Essayer de tirer des règles selon des critères de domination dans le couple n'est pas non plus efficace, tout simplement parce que la seule influence qui existe est liée à la culture et à l'éducation, et ceci dès le plus jeune âge. Cette éducation n'est pas du tout « forcée », elle est culturelle. C'est la mentalité qui veut ça suite à l'évolution millénaire de la civilisation. Et l'évolution des mentalités est quelque chose de très lent.



 

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