Les lois de similitude et de contagion sont présentes dans la magie

Mechanical Doll
James Georges Frazer est l'auteur d'une immense somme d'écrits sur la magie intitulée The Golden Bough (Le rameau d'or) et publiée pour la première fois en 1890.

L'idée phare de l'ouvrage est l'origine magique de la royauté : le roi serait à l'origine un prêtre-magicien et le pouvoir politique dériverait donc du pouvoir magique. C'est dans cette optique que l'auteur cherche à définir la magie.

Il considérait la magie avant tout comme un paradigme (c'est ce qu'exprime le concept de « magie théorique ») duquel sont issues des techniques (la « magie pratique »).

Ainsi, il met en évidence l'existence de grandes lois régissant le phénomène magique, parmi lesquelles la loi de similitude et la loi de contagion.


 

Les lois de l'Univers : la similitude et la contagion

Roue crantée
La loi de similitude s'appuie sur l'analogie : le semblable agit sur le semblable (c'est ce que l'on appelle aussi la « magie homéopathique »).

La loi de contagion, synthétisée dans l'expression pars pro tota (la partie pour le tout), considère que chaque chose demeure en contact (subtil) avec le tout auquel elle appartient (c'est ce que l'on appelle la « magie contagieuse »).

Magie homéopathique et magie contagieuse forment la « magie sympathique ».

La magie est une « fausse science »
et un « art bâtard »
 
James George Frazer

Une telle définition de la magie conduit à des interrogations sur la « pensée magique » et ses délimitations. Ce sont des interrogations qu'approfondirent Vilfredo Pareto et Lucien Lévy-Bruhl mais qui ne peuvent masquer une idéologie profondément ethno-centrée puisque la magie demeure indéfectiblement liée chez ces anthropologues à la notion de « primitif ». Dans ce courant, la magie est alors associée à une pensée qualifiée de « prélogique ». James Georges Frazer ne masque pas son mépris pour son objet d'étude, lui qui réduit la magie à « une falsification systématique de la loi naturelle, en même temps qu'une règle de conduite fallacieuse ; c'est une science mensongère, autant qu'un art stérile. »

 

La magie théorique et la magie pratique

James Georges Frazer pense de la magie, qu'envisagée comme système, c'est-à-dire comme l'exposé des lois déterminant l'enchaînement des phénomènes dans le monde, on peut l'appeler Magie Théorique ; envisagée comme une série de préceptes que les hommes observent pour accomplir leurs desseins, on peut l'appeler Magie Pratique. En somme, James George Frazer définit la magie par opposition à la science : selon lui, magie, religion et science sont trois stades successifs dans l'évolution de la pensée humaine, dont la science est le stade le plus abouti.

Ainsi, « les esprits les plus intelligents ont passé de la magie à la religion », et ce sont ces mêmes « hommes intelligents » qui finirent par « crever la bulle irisée de la magie ». La religion est associée aux « âmes d'élite dont l'intelligence est assez haute pour embrasser à la fois l'immensité de l'Univers et la petitesse de l'homme. Les esprits médiocres sont incapables de saisir des idées élevées ». Il en découle l'idée phare du colonialisme, à savoir que l'Europe doit répandre les lumières de la science auprès des civilisations qui seraient « en retard » dans ce schéma évolutif.

La magie doit demeurer l'apanage de l' « autre »

Bien entendu, cette conception de l'aventure humaine est fautive car elle considère le développement des civilisations humaines selon un processus unique d'évolution dont le modèle le plus avancé serait l'Europe. Il est à ce titre éloquent de constater la quasi-absence de l'Europe de son époque dans le portrait que James George Frazer dresse de la magie : l'immense majorité des faits et des exemples qu'il rapporte se situent soit dans un autre continent, soit à une époque lointaine.

Pourtant l'ésotérisme connaissait un plein développement en Europe avec des personnages tels que Papus (1865-1916), Pierre Vincenti Piobb (1874-1942) ou Aleister Crowley (1875-1947).

La magie dans l' « Europe moderne » est mentionnée pour « les classes ignorantes » : la magie concerne avant tout celui d'une autre ethnie, d'une autre religion, d'un autre temps, d'une autre classe sociale. Comme l'indiquait Jeanne Favret-Saada à propos des faits de sorcellerie qu'elle recueillit dans le Bocage mayennais dans les années 1970, on lui demandait une fois revenue à la ville :

« confirmez-nous qu'il existe bien là-bas des gens qui font vaciller les lois de la causalité et celles de la morale, qui tuent magiquement et ne sont pas punis, mais n'oubliez pas de préciser pour finir qu'ils n'ont pas réellement ce pouvoir ; qu'ils le croient seulement parce que ce sont des paysans crédules, arriérés... »

La magie doit demeurer l'apanage de l' « autre ».


Sources :
Cet article a été réalisé en s'appuyant sur la thèse La magie islamique et le corpus bunianum au Moyen Âge rédigée par Jean-Charles Coulon pour obtenir le grade de docteur de l'université de Paris IV, La Sorbonne, dans la discipline des études arabes et d'histoire médiévale.



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Cet article a été récemment mis à jour pour la dernière fois le 1er Janvier 2019. Il est à jour.