Les origénistes

Origène et la prière
Les origénistes sont les adeptes des doctrines d'Origène. Mais attention ! On ne doit pas confondre Origène de Wikipédia, aussi nommé Adamentius (Adamant), né à Alexandrie en 185, avec Origène dit l’impur, gnostique, dont les adeptes furent les « origénistes ». En effet, Origène était un nom assez courant à l'époque et il y eut plusieurs personnes répondant à ce nom d'Origène. Origène l'impur diffère de celui que presque tout le monde connaît. Qui était cet Origène ? On l'ignore plus ou moins, mais voici ce qu'Épiphane dit de lui et de ses sectateurs :

Les Origéniens, ainsi nommés d'Origène, leur maître, se livrent à des turpitudes et commettent des abominations : leurs corps sont de vrais instruments de corruption.
       

Origène l'impur, vers l'an 290, commença à enseigner que le mariage était de l'invention du démon. Cette date est attestée par au moins deux écrits :
1. Le Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes : ou mémoires pour servir à l'histoire des égarements de l'esprit humain par rapport à la religion chrétienne, précédé d'un discours dans lequel on recherche quelle a été la religion primitive des hommes, les changements qu'elle a soufferts jusqu'à la naissance du christianisme, les causes générales, les filiations et les effets des hérésies qui ont divisé les chrétiens  (ouf ! quel titre !) ; de François-André-Adrien Pluquet, Page 1067
2. Dictionnaire des dates, des faits, des lieux et des hommes historiques , Volume 2, De A.-L. d' Harmonville (1843) qui va même jusqu'à précisé « origénistes impurs »

Donc comment un Origène qui est né en 185 pourrait commencer à enseigner en 290 ? Il aurait eu 105 ans ! En plus il est décédé en 253.

Notre Origène (l'impur), considérait donc que le mariage était une invention du démon. A l’instigation de nombreuses autres sectes gnostiques, il militait pour une libération des mœurs et la pratique de toutes déviances et toute action qui permettait d’interrompre le cours des générations par un abus de la sexualité détournée de la procréation.

Voilà donc ce qui semble confirmer ce qu'en disait Épiphane.

Les origénistes Adamants

Gravure de Origène
Origène dit Adamentius (Adamant), celui de Wikipédia, bien qu’influencé par le gnosticisme n’en fut pas un gourou. Mais il fut malgré tout considéré comme hérétique en affirmant que Dieu n’était ni un corps ni dans un corps, mais une substance simple, une âme source de toutes les intelligences. Pour lui, Dieu ne pouvait être contenu dans un corps corruptible par nature. Jésus devint Fils de Dieu par adoption (adoptianisme).

Adamentius ne croyait pas à la damnation éternelle pas plus pour l’homme que pour les démons qui seraient libérés des enfers.

Enfin, cet Origène croyait à la transmigration des âmes au travers de diverses incarnations afin que l’homme puisse retourner à sa nature spirituelle originelle. Pour lui l’âme préexistait au corps, et la matière n’était pas une cause de la chute mais une conséquence. De ce fait la différences entre les esprits n’est pas une question de nature mais d’un degré de matérialisation dépendant de l’éloignement de l’état contemplatif originel.

Voilà ce qu'Épiphane dit de cet Origène :

Il y a d'autres Origéniens, qui suivent la doctrine d'Adamand : ils nient la résurrection des morts, et disent que le Christ et le Saint-Esprit ont été créés. Pour eux, le paradis, le ciel et bien d'autres objets de nos croyances ne doivent point être pris à la lettre.
       

Ceci semble bien correspondre à ce second Origène (qui était en fait le premier).

Saint Augustin en parle en ces termes :
Ceux qui le défendent, soutiennent que d'après lui, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment qu'une seule et même substance, et que la résurrection des morts aura lieu. Ceux, au contraire, qui ont lu la plupart de ses écrits, persistent à l'attaquer, sous divers rapports, comme hérétique. Mais Origène a professé d'autres points de doctrine que l'Église rejette d'une manière absolue, dont elle le blâme à juste titre, et sur lesquels ses défenseurs ne peuvent donner aucune explication plausible ; particulièrement en ce qui concerne la purification et la délivrance des damnés, et encore, pour les créatures raisonnables, leur retour aux mêmes épreuves après un laps de temps considérable. Quel catholique instruit ou ignorant pourrait, en effet, ne pas condamner ce qu'Origène dit de la purification des méchants dans l'enfer ? Il prétend que les méchants, même ceux qui auront terminé leur existence au milieu des infamies, dans le crime, dans le sacrilège et l'impiété, qu'en dernier lieu le démon lui-même avec ses anges seront délivrés et purifiés après une infinité de siècles, et seront reçus dans le royaume et la lumière de Dieu enfin, qu'après bien des temps, tous ceux qui auront été délivrés, retomberont et retourneront dans les mêmes maux : que ces alternatives de bonheur et de misères ont toujours été et seront toujours la destinée de la créature raisonnable. Dans le livre de la Cité de Dieu (en latin De Civitate Dei contra paganos : La Cité de Dieu contre les païens), je me suis efforcé de détruire ce vain et impie système, adopté par les philosophes, et suivi par Origène (1).

1. Cité de Dieu, liv. XXI.
source : http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/es/bly.htm

Mais comme il a été dit plus haut, cet Origène n'est pas un sectateur mais un simple penseur. Ces doctrines sont, certes, appréciées par beaucoup de gens, mais ça ne fait pas d'eux une véritable secte religieuse. Cet Origène était un influenceur et non un endoctrineur. Il n'avait pas réellement de disciples de son vivant, à l'exception peut-être de Grégoire le Thaumaturge. De son vivant, Origène n'a jamais conduit de secte et son seul ouvrage qui prête à controverse est « De principiis  », le Traité sur les Principes , dans lequel il semble présenter une doctrine mystique qui se rapproche de celle des Gnostiques.

Ce n'est qu'après sa mort que ses thèses sont adoptées par certains moines ayant lu son traité. Malgré tout, l'origénisme sera condamné en 401 par Théophile d'Alexandrie, l'évêque d'Alexandrie, sous la menace au début, mais ensuite il mit du cœur à l'ouvrage.

Par la suite, ces thèses furent à nouveau condamnées, sous Justinien, au synode de Constantinople de 543, convoqué spécialement contre les origénistes, puis au concile de Constantinople II de 553.

Qui était Origène l'Impur ?

Origène, dit l'Impur, était Égyptien de nationalité. Il commença à enseigner, vers l'an 290, que le mariage était l'invention du démon ; qu'il était permis de suivre tout ce que la passion suggérait de plus infâme, afin qu'on empêchât la génération par telle voie que l'on pourrait inventer, même par les plus exécrables. Origène l'Impur eut des sectateurs qui furent rejetés avec horreur par toutes les Églises ; ils se perpétuèrent cependant jusqu'au cinquième siècle (2).

(2) Epiph., haer. 65. Baron. ad an. 256.

C'est en fait dès le début du VIe siècle qu'un conflit a éclaté avec l'expulsion, en 508, de soixante moines de la Grande Laure (Vie de saint Sabas, ch. 36), qui allèrent fonder entre Bethléem et Hébron un monastère qu’ils appelleront la Nouvelle Laure. À la suite de la plainte adressée à Justinien, ils en furent chassés en 554 (ibid., ch. 90), et la Laure fut réoccupée par des moines orthodoxes (parmi lesquels se trouvait Cyrille de Scythopolis, l'auteur de cette Vie).

Les origénistes se divisèrent alors entre « isochrists », extrêmes, et « protoctistes », plus modérés. Ceux-ci échappèrent à une condamnation au deuxième concile de Constantinople qui s'est tenu en 553.

Les isochrists auraient soutenu que les âmes humaines étaient semblables à celle du Christ, avant la création du monde comme après la parousie (Second avènement du Christ).

Les doctrines d'Origène (Adamentius)

Origène
Les origénistes sont les sectateurs de la doctrine du grand Origène. Leurs erreurs consistaient en grande partie à nier l'éternité des peines de l'enfer.

Après un certain temps, selon les origénistes, la punition de tous les méchants esprits, tant hommes que démons, devait finir, Jésus-Christ, suivant eux, devant être crucifié pour les démons comme il l'a été pour les hommes ; et toutes les intelligences devaient être enfin rétablies dans leur premier état, c'est-à-dire, dans l'état d'esprits purs ; car les substances raisonnables dans ce système, et en particulier les âmes humaines, préexistant à leurs corps, y avaient été renfermées comme en des prisons, pour s'être dégoûtées de la contemplation divine et s'être tournées au mal.

L'âme de Jésus-Christ même, ajoutait-on, existait avant d'être unie au Verbe, comme son corps, avant son union avec son âme et avec le Verbe, avait été formé au sein de la Vierge.

Il y a eu deux créations. La première donna naissance à un monde d'êtres purement spirituels, les intellects, créés par Dieu pour être contemplé par eux. Ces intellects étaient unis au Verbe de Dieu, étaient tous égaux entre eux et formaient une unité parfaite. La rupture de cette unité se produit par la faute des intellects : ils sont saisis par une sensation de satiété, de lassitude, appelé l' « acédie », et se relâchent dans leur contemplation. Ce relâchement est le « premier mouvement » qui sépare les intellects du Verbe de Dieu et aussi les uns des autres. Seul de tous les intellects, le Christ, à l'origine égal aux autres, n'a pas été entraîné dans le « premier mouvement » et est resté uni au Verbe divin.

Les intellects séparés et déchus se différencient par une distance plus ou moins grande prise avec la Divinité et par une diversité de dispositions intérieures qui se manifestent par une matérialisation plus ou moins grande, depuis les anges jusqu'aux âmes humaines diversement disposées. Ainsi les anges et les âmes ne se distinguent pas par leur nature, mais par la profondeur de leur déchéance par rapport à l'unité originelle, et la matière, non créée par Dieu, est la conséquence de la chute des intellects.

Sur la nature et la puissance de Dieu, on débitait de vrais blasphèmes, en mettant de l'inégalité entre les personnes divines, et une sorte de proportion continue de l'homme au Fils de Dieu, et du Fils de Dieu à son Père. On bornait la toute-puissance divine à ne pouvoir faire qu'un certain nombre d'esprits, ainsi qu'une quantité déterminée de matière. On disait les genres et les espèces coéternelles à Dieu, qui n'avait jamais existé sans créatures, et pour comble d'absurdité, on soutenait que les cieux et tous les astres étaient animés par des âmes raisonnables, parce que, étant de figure ronde, qui est la plus parfaite, ils surpassaient en perfection toutes les autres créatures. Par la même raison, les corps humains devaient prendre cette figure en ressuscitant.

La seconde création, celle des mondes matériels, est l'œuvre du Christ ; elle est destinée à offrir aux intellects déchus un moyen de salut. Ceux-ci sont dotés, en vertu d'un premier jugement, d'un corps qui correspond à leur degré de déchéance : ainsi, il y a des « états corporels » différents, plus ou moins matériels, qui correspondent à la capacité plus ou moins grande de contemplation de la Divinité qui a été préservée. Le salut des intellects se fait en passant d'un degré inférieur à un degré supérieur de contemplation, jusqu'à la « contemplation naturelle première » qui correspond à l'état angélique, où l'intellect est doté d'un corps angélique et devient quasiment impassible. Mais il se peut aussi que des intellects descendent, c'est-à-dire déchoient encore plus, dans cette échelle de la contemplation. Soulignons que dans ce système les intellects, et donc les âmes, préexistent aux corps, puisqu'ils sont tous nés en même temps lors de la première création.

Dans cette histoire faite d'ascensions et de descentes des intellects, leur purification ne peut se faire par un seul séjour dans les mondes matériels : ils passent successivement dans plusieurs corps supérieurs ou inférieurs, dans un processus de métempsychose. Mais tous les intellects doivent être purifiés, en vertu du principe selon lequel la fin doit être identique au commencement. Grâce à une série de purifications qui les fait passer dans une suite de mondes, tous les intellects s'élèvent peu à peu jusqu'à l'état angélique, c'est-à-dire qu'ils acquièrent un corps qui n'est presque plus matériel. Quand tous les intellects sont devenus des anges, c'est le « septième jour », celui du règne du Christ sur les intellects. Mais ce règne doit aussi prendre fin pour qu'on parvienne au « huitième jour » : la matière, et donc les corps, disparaît complètement, les intellects auparavant déchus redeviennent en tous points semblables et égaux au Christ, et l'unité originelle est pleinement restaurée. Cette issue finale, où tous les intellects sans exception sont sauvés, sans qu'il y ait de damnation éternelle d'aucun, est l' « apocatastase universelle » (du grec apokatastasis, « restauration dans l'état premier »).

Toutes les grandes lignes de ce système se trouvent dans le Traité Sur les Principes, d'Origène, mais la précision systématique vient plutôt des Centuries  d'Evagre le Pontique, qui est l'auteur des expressions « mouvement premier », « contemplation naturelle première » (l'état angélique), « contemplation naturelle seconde » (l'état des âmes humaines), « septième jour » et « huitième jour ».

Ce système fait de la liberté le sens de l'histoire du monde : en effet, Dieu a créé les intellects pour qu'ils existent dans un état de plénitude (unité, égalité parfaites, contemplation de l'être infini de Dieu) ; mais cette plénitude n'était qu'un don gratuit de la libéralité divine ; il fallait que les intellects se l'approprient réellement en la conquérant eux-mêmes, par un mouvement spontané qui les fait vouloir retrouver, avec l'aide du Christ, l'état originel qu'ils ont momentanément perdu. Ainsi les épreuves de purification subies après la chute ne les ramènent pas, en fait, exactement à l'état d'origine, mais à une plénitude encore plus grande, car l'expérience de la liberté les fait participer encore plus intimement à l'être de Dieu. Ainsi la « négativité » introduite par la rupture de l'unité, la séparation, l'aliénation, la chute dans le divers et le pluriel, est à travers la notion de liberté la source et la condition nécessaire d'une « positivité » encore plus grande.

L'origénisme est le premier système de la pensée occidentale qui interprète la liberté de la créature se déployant dans les épreuves constitutives de l'histoire comme un achèvement du processus créateur.

Les origénistes furent condamnés par le cinquième concile général, tenu à Constantinople l'an 553.

La première condamnation des origénistes

Quelque soin qu'on ait pris de disculper Origène, il est impossible de justifier ses ouvrages, et même de rejeter sur ses disciples toutes les erreurs qu'ils contiennent. On doit néanmoins convenir qu'ils y ont inséré les plus grossières, et d'ailleurs qu'il serait injuste de prendre à la lettre certaines expressions de cet écrivain, extraordinairement partisan du sens allégorique.

Le système théologique appelé par la tradition « origénisme » a pour fondements deux ouvrages : d'une part, le Traité Sur les principes, d'Origène lui-même ; d'autre part, les Centuries gnostiques  d'Evagre le Pontique. Les thèses dénoncées dès la fin du IVe siècle par les adversaires de ce système ont en fait plutôt été trouvées dans ce dernier texte, comme l'a montré A. Guillaumont. Il y aurait donc une injustice dans la condamnation d'Origène.

C'est l'injustice qu'on a reprochée aussi à Théophile d'Alexandrie (évêque d'Alexandrie de 384 à 412), qui était du côté des origénistes au début. Injustice qui paraît dans les lettres pascales qu'il adressait à toutes les Églises, pour les avertir du jour de la Pâque, à l'exemple de ses prédécesseurs qui en avaient été chargés par le concile de Nicée. Il profita de ces relations pour donner aux fidèles les idées qu'il avait lui-même de l'origénisme.

Voici à quoi la première et la plus équitable de ces lettres en réduit les erreurs : Premièrement, à insinuer que le règne de Jésus-Christ doit finir. On ne trouve cette impiété, d'une manière expresse, en aucun ouvrage d'Origène ; mais elle suit naturellement de ses principes. Car, si tous les corps doivent être détruits à la fin des siècles, comme n'étant faits que pour la punition des esprits, il s'ensuit que Jésus-Christ n'aura plus de corps, et ne sera plus véritablement un homme, ni par conséquent notre roi, du moins sous ce rapport.

La seconde erreur est que les démons seront sauvés, après avoir été purifiés par de très-longs supplices, ce qu'Origène imaginait, sur le principe que Jésus-Christ devait être le sauveur de toutes les créatures raisonnables.

La troisième est que les corps ne ressusciteront pas entièrement incorruptibles, mais qu'ils conserveront le germe de la corruption, ou le principe de la destruction qu'ils doivent éprouver à la fin des siècles ; ce qui est encore une conséquence de cette singularité d'Origène, qui regardait les corps comme uniquement destinés à punir les esprits qu'ils tiennent renfermés. Ces corps seront donc inutiles, quand les esprits se trouveront purifiés entièrement.

Quoique Théophile pénétrât dans le mystère de l'origénisme, il fut longtemps à prendre le parti de le censurer. Saint Jérôme et Saint Épiphane lui avaient écrit sans aucun succès, qu'il espérait en vain corriger les hérétiques par la douceur, et qu'une multitude de saints personnages n'approuvaient pas les lenteurs dont il usait ; mais plusieurs moines égyptiens, dans la fougue d'un zèle indiscret, l'accusant lui-même d'origénisme, il ne trouva point de moyen plus propre à les calmer que de condamner enfin ces erreurs.

Ce n'est pas que l'accusation fût fondée ; mais comme parmi ces moines il y en avait beaucoup de simples et d'ignorants qui se formaient des images sensibles des choses les plus intellectuelles, ils se persuadèrent, sur certaines expressions des saintes Écritures, que Dieu avait un corps comme les hommes, ce qui les rendit anthropomorphites. Or, nul interprète de l'Écriture n'étant plus éloigné qu'Origène de cette explication grossière, ils traitaient d'origénistes tous ceux qui les contredisaient.

L'évêque Théophile enseignait publiquement, avec l'Église catholique, que Dieu est incorporel ; il réfuta même fort au long l'erreur contraire, dans l'une de ses lettres pascales, qui fut portée aux monastères, selon la coutume ; ces bons solitaires en furent étrangement scandalisés ; il semblait qu'on leur eût enlevé leur Dieu avec le fantôme qu'ils s'en formaient. L'un d'entre eux, nommé Sérapion, vieillard d'une grande vertu, mais fort simple, après même qu'on l'eut tiré de ses préventions, en lui faisant concevoir qu'elles n'étaient pas moins contraires à l'Écriture qu'à la foi de toutes les églises et de tous les siècles, Sérapion, ayant voulu rendre grâces avec ceux qui venaient de le détromper, se mit à pleurer, en s'écriant : Hélas ! on a fait disparaître mon Dieu, et je ne sais plus ce que j'adore. La multitude des moines se montra bien plus indocile. Ils quittèrent leurs solitudes, vinrent par troupes à Alexandrie, traitèrent l'évêque d'impie devant le peuple, portèrent l'insolence et les menaces jusqu'au palais patriarcal.

Persécution
Alors, sous la menace, Théophile se déclara contre les livres d'Origène et promit de les condamner. Il congédia doucement les solitaires, puis tint un synode à Alexandrie, où il fut ordonné que quiconque approuverait les œuvres d'Origène serait chassé de l'Église. Ceci s'est passé en 401.

Ensuite il se mit lui-même à la tête d'une troupe armée qui saccagea et brûla les cellules des moines origénistes et fit subir des violences à ceux qui furent capturés. Trois cents moines se réfugièrent à Scythopolis en Palestine. Isidore, son ancien archiprêtre et économe de l'Église d'Alexandrie, avec ses proches appelés les « Longs Frères », se réfugièrent à Constantinople où l'évêque Jean Chrysostome leur donna l'hospitalité.

Jusqu'en 404, Théophile d'Alexandrie se déchaîna contre l'origénisme, tentant de mobiliser toute l'Église contre cette doctrine.
 

Est-il possible que les accusations ne portent pas sur le bon Origène ?

Les thèses de l'origénisme qui ont été condamnées comme hérétiques par les Églises chrétiennes sont notamment : la préexistence des âmes aux corps et la métempsychose ; l'égalité de nature de tous les intellects, y compris le Christ ; l'idée que le Christ est d'une nature inférieure à celle du Père ; l'idée que la chute est due à la satiété de la contemplation ; l'idée que la matière n'a pas été créée par Dieu (qu'on peut interpréter comme l'éternité de la matière, ou comme le fait qu'elle est une conséquence de la chute) ; l'apocatastase universelle, et donc le salut final de toutes les créatures, y compris les démons et les auteurs de péchés mortels ; l'idée que tous les intellects sont semblables par nature, et donc entre autres non sexués.

Il est clair qu'on a fait un procès de son œuvre, mais pourquoi ?

Pour essayer de comprendre, revenons à la condamnation de l'origénisme de 543, lors du synode de Constantinople anti-origéniste.

En 536, Justinien était revenu aux mesures de répression dans sa conduite à l'égard des monophysites récalcitrants ; il admettait cependant la possibilité d'un accommodement théologique, celui qu'il jugerait compatible avec la profession de la foi orthodoxe. Ainsi, dans le temps qui suivit le synode de Constantinople de cette même année, il choisit comme évêques deux moines palestiniens, qui représentaient la cause monophysite ; il fit aussi consacrer Théodore Askidas pour le siège de Césarée de Cappadoce, et Domitien pour celui d'Ancyre, les retenant l'un et l'autre à sa cour à cause de leur compétence théologique.

Théodore en particulier se révéla un origéniste convaincu et gagna bien vite l'impératrice à cette cause. Saint Sabas étant mort en décembre 532, les moines origénistes de Palestine avaient recommencé à s'agiter et, appuyés par Constantinople, faisaient de telles difficultés que, au synode de Gaza (539) convoqué par le pouvoir impérial pour la déposition de Paul d'Alexandrie, Ephrem, patriarche d'Antioche, et le diacre romain Pélage se virent persuadés d'épouser la cause des moines antiorigénistes. L'année suivante, six de ces partisans de Saint Sabas furent expulsés de la Grande Laure et, s'étant rendus à Antioche, convainquirent Ephrem qu'il devait condamner l'origénisme dans un synode local. En 541, Pierre de Jérusalem écrivit à Justinien pour se plaindre de nouvelles difficultés suscitées par l'origénisme, et l'empereur qui, au cours d'un voyage en Palestine, avait été mis au courant de la situation par Pélage, apocrisiaire du pape à Constantinople, fit discuter l'affaire par son synode enaemousa.

En 543, dix ans avant le début du Ve concile, l'empereur fit paraître, malgré les objections de Théodore Askidas, un édit appelé Liber adversus Origenem  ou Lettre à Ménas , patriarche de Constantinople, qu'approuvèrent, semble-t-il, le pape et les autres patriarches. Ce texte était suivi d'extraits du Peri Archôn, provenant du dossier remis à Pélage par des moines antiorigénistes, et de dix anathématismes.

Cet édit ne manifeste guère une connaissance directe d'Origène : l'accusation d'avoir mis dans le corps l'image de Dieu et ainsi de représenter Dieu comme corporel, est une absurdité qui confond Origène avec ses constants adversaires, les anthropomorphites.

Les dix anathématismes, tout en visant explicitement Origène, reproduisent les points, systématisés par Évagre, qui avaient déjà donné lieu à la première crise. L'anathématisme concernant les corps glorieux sphériques est difficile à situer dans l'œuvre d'Origène. On pense qu'il viendrait d'un passage du Traité de la Prière  attribuant aux corps célestes, c'est-à-dire aux astres, une forme sphérique.

La condamnation ne fit pas cesser les troubles. A la mort de leur chef Nonnos, les deux partis origénistes s'opposèrent et les protoctistes s'allièrent aux antiorigénistes. En Orient, la grande majorité des évêques reçut le document sans objection et Vigile le signa, tout comme Théodore Askidas et Domitien, qui entrèrent ainsi dans les bonnes grâces de l'empereur. Du fait qu'en 542 Pélage avait été rappelé à Rome et remplacé dans ses fonctions d'apocrisiaire par le diacre Étienne, Askidas avait la voie libre pour toute espèce de manœuvres monophysites qu'il déciderait d'entreprendre.

On voit que cette condamnation vient de plaintes d'antiorigénistes. L'œuvre d'Origène a été jugée en s'appuyant sur des écrits d'Évagre plus que sur ceux d'Origène. On pourrait tout à fait supposer que les Origénistes à l'origine des plaintes n'étaient pas les Origénistes d'Origène Adamentius mais des Origénistes Impurs d'Origène l'Impur, à cause de leurs mœurs dépravés. Ce qui est condamné n'est pas les responsables des troubles mais des écrits datant de 300 ans et l'auteur de ces écrits.

On sait depuis que Origène Adamentius a été réhabilité rapidement et le pape Benoit XVI lui rendit un hommage appuyé à Rome lors d'une audience qu'il lui consacra le 2 mai 2007.

Origène reste un théologien hors pair et un penseur très intéressant, en plus d'être un écrivain prolifique. L'autre Origène, l'Impur, court toujours...

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l'origénisme, vous pouvez toujours consulter ce formidable article dans wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Origénisme

Malheureusement l'article de wikipédia ne sera jamais modifié car voici ce qu'en dit son auteur, dans les commentaires associés, après avoir supprimé des enrichissements de plus de 6000 caractères :

En l'absence d'une référence dans les paragraphes indiqués, ces paragraphes seront supprimés ou déplacés sur la page de discussion. En effet, il s'agit plutôt d'une dissertation sur ce que leur auteur appelle le « système théologique appelé "origénisme" par la tradition » que d'une présentation argumentée de ce système. Ils n'ont donc pas la place sur la page que j'ai créée et qui a une prétention scientifique. Je rappelle à ce sujet qu'il existe une encyclopédie spéciale pour les "théologiens" (wikikto, voir aussi www.wikitau.org). -- Scholasate (d) 2 juillet 2010 à 10:15 (CEST)



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