Théodore l'athée

Aristippe
Aristippe
L'école de Cyrène (Libye), fondée par Aristippe a placé dans le bonheur le but des recherches philosophiques, a conseillé l'action mesurée de même que le plaisir de l'intelligence.

Les philosophes nommés Théodoriens prirent leur nom de Théodore l'athée, un membre de l'école cyrénaïque, et suivirent sa théorie. Ce Théodore ruina toutes les opinions qu’on avait sur les dieux. On dit qu’Epicure en a tiré la plupart de ses arguments. Ce Théodore fut disciple d’Annicéris et de Denys le dialecticien. Il prenait pour termes des choses la satisfaction et la peine. L’une venait de la sagesse, l’autre de la sottise. Il disait qu’il était raisonnable que le sage ne s’exposât pas pour sa patrie, car il ne faut pas s’exposer à perdre sa sagesse à cause de l’utilité des sots, et qu’au surplus, la patrie du sage, c’est le monde.



Il usait de ces arguments spécieux :

« Est-ce qu’une femme savante ne serait pas utile en tant que savante ?
— Oui.
— Et un enfant et un jeune homme savants ne seraient-ils pas utiles en tant que savants ?
— Oui.
— Une femme belle ne serait-elle pas utile en tant qu’elle est belle, et un bel enfant et un beau jeune homme ne le seraient-ils point aussi en tant qu’ils sont beaux ?
— Oui.
— Et maintenant, le bel enfant et le beau jeune homme ne seraient-ils pas utiles à ce en vue de quoi ils sont beaux ?
— Oui.
— Ils sont donc utiles pour faire l’amour. »

Ceci accordé, il poursuivait en conclusion :

Par conséquent, si on les aime en tant qu’ils sont utiles, on ne commet aucune faute, pas plus qu’on n’en commettrait si on se servait de la beauté en tant qu’elle est utile.
 

Voilà le genre d’arguments par quoi il étayait son raisonnement. On l’appela « divin » , semble-t-il, pour la raison suivante : Stilpon lui demanda un jour :
« Dis-moi, Théodore, es-tu bien réellement ce que ton nom dit que tu es ? » Et comme Théodore disait oui : « Tu es donc dieu, dit-il. » (car Theos = Dieu).

Il le prit en très bonne part et répliqua :
Mais, malheureux, par ce raisonnement, tu avouerais que tu es un geai, ou tel autre oiseau brillant !
 

Ce Théodore étant assis un jour à côté du hiérophante Euryclide. « Dis-moi donc, Euryclide, lui demanda-t-il, quels sont les impies envers les mystères ? » L’autre ayant répondu : « Ceux qui les dévoilent aux non-initiés. » « Tu es donc toi-même un impie, puisque c’est à des non-initiés que tu les dévoiles ! »

Séjournant auprès de Ptolémée, fils de Lagus, il fut envoyé un jour par lui en ambassade vers Lysimaque, et comme il lui parlait avec trop de liberté. Lysimaque lui dit : « Dis-moi, Théodore, n’est-ce point toi qui fus chassé d’Athènes ? » et l’autre : « En effet, la cité des Athéniens, ne pouvant pas me supporter, m’a rejeté comme Sémélé rejeta Denys. » Là-dessus Lysimaque lui ayant dit :
« Tâche de ne plus revenir chez nous »
— « Certes non, je n’y reviendrai pas, dit-il, si Ptolémée ne m’y renvoie plus. »

Et Mythros, le trésorier de Lysimaque, présent à l’entretien, ayant ajouté : « Il me semble que tu ne connais pas mieux les dieux que les rois »
— « Comment ignorerais-je ce qu’ils sont, quand je sais que tu es l’ennemi des dieux ? »

On raconte aussi qu’un jour, il vint à Corinthe avec un assez grand nombre de ses disciples, et que Métroclès le Cynique, qui lavait ses légumes, lui dit : « Dis donc, toi le sophiste, tu n’aurais pas besoin de tant d’élèves si tu lavais tes légumes. » Théodore de lui répondre du tac au tac : « Et toi, si tu savais vivre en société, tu n’userais pas de ces légumes ! » Le même mot est attribué à Diogène et à Aristippe.

On dit enfin qu’étant allé à Cyrène auprès de Maga, il fut très honoré de lui tant qu’il y vécut. Comme on l’avait chassé une première fois, il eut un mot savoureux : « Vous faites bien, gens de Cyrène, de me chasser de Libye pour m’exiler en Grèce ! »


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