Le soufisme ou l'intimité divine

Les soufis, au sein de l'islam, s'attachent à développer une relation d'intimité avec le Divin en s'appuyant pour cela sur l'exemple du Prophète Mohammed et sur ses paroles concernant le rapport qu'entretient Dieu avec son adorateur, rapport qu'on pourrait parfois qualifier, métaphoriquement, de « fusionnel ». Voici quelques-uns de ces textes, appelés « hadiths qoudsi », dans lesquels Dieu prend la parole :

« Je suis tel que Mon serviteur M'estime. Et Je suis avec lui lorsqu'il se souvient de Moi. Ainsi, s'il se souvient de Moi en son for intérieur, Je me souviens de lui en Mon for intérieur. Et s'il M'évoque dans une assemblée, Je l'évoque dans une assemblée bien meilleure encore. S'il se rapproche de Moi d'un empan, Je Me rapproche de lui d'une coudée ; s'il se rapproche de Moi d'un coudée, Je Me rapproche de lui d'une brassée ; s'il se rapproche de Moi en marchant, Je Me rapproche de lui en Me hâtant. »

« Si quelqu'un manifeste de l'inimitié à l'égard d'un de Mes intimes, Je serai en guerre contre lui. Parmi les moyens qu'emploie Mon serviteur pour se rapprocher de Moi, il n'en est aucun qui Me soit plus agréable que la pratique des œuvres obligatoires. Et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par des œuvres volontaires jusqu'à ce que Je l'aime. Et quand Je l'aime, Je suis l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main avec laquelle il saisit et le pied avec lequel il marche. S'il Me demande, Je lui accorde et s'il recherche Ma protection, Je le protège. »

« Allah – qu'Il soit Béni et Exalté – descend chaque nuit au ciel le plus proche, vers le dernier tiers de la nuit et dit: "Qui M'invoque, pour que Je l'exauce ? Qui Me demande, pour que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, pour que Je lui pardonne ?" »

Histoires soufies

Soufisme
L’Islam n’a pas connu le nom de soufisme ni à l’époque du Prophète, ni à celle de ses compagnons. L’avènement de ce phénomène a coïncidé avec l’apparition d’un groupe d’ascètes qui portaient des habits en « souf » (laine en arabe), d’où leur surnom de soufis. Certains affirment également que leur nom vient du mot Sophia qui signifie sagesse en grec et non du mot « safâ » qui signifie en arabe la pureté comme certains l’affirment (car l’adjectif dérivé du « Safâ » est « Safâî » et nom « Soufî »).

Le soufisme est opposé à tout fondamentalisme, d'où la persécution qu'il subit dans tout le Moyen Orient surtout depuis la diffusion de la doctrine wahabite.

Cependant, même si les musulmans considèrent parfois les soufis comme des hérétiques, il circule actuellement de nombreuses histoires soufies qui véhiculent des pensées de sagesse et de mysticisme :

On raconte qu'un tel vint voir Dja'far Sâdiq et lui dit :
« Fais-moi voir le Seigneur très haut. »
Et lui de répondre aussitôt :
« Ô homme ! Lorsque Mouça (Moïse) le prophète a demandé à voir la face du Seigneur, une voix venue de lui a dit : lan terani, tu ne pourras jamais Me voir.
– Mais, reprit l'autre, nous sommes le peuple de Mohammed, nous autres, et il nous est permis de voir.
– Liez cet homme et jetez-le dans le fleuve » commanda Dja'far Sâdiq.

Aussitôt on l'attacha et on le jeta à l'eau. Il y plongea une fois et reparut à la surface en criant :
« Ô fils de Mohammed ! viens à mon secours. »

Et il s'enfonça une seconde fois sous l'eau. Quand il remonta, d'après l'ordre de Dja'far Sâdiq, on le laissa crier sans que personne ne lui tendît la main. Alors, n'espérant plus rien des assistants, il dit :
« Mon Dieu, fais-moi miséricorde et viens à mon secours. »

Cette fois Dja'far Sâdiq commanda qu'on le retirât de l'eau. Au bout de quelques instants, quand il fut revenu à lui, Dja'far Sâdiq lui demanda :
« Eh bien, as-tu vu le Seigneur très haut ?
– J'avais beau vous appeler, répondit-il, je ne voyais venir aucun secours. Lorsque, n'attendant plus rien de vous, j'ai mis mon espoir dans le Seigneur très haut, une porte s'est ouverte dans mon cœur, et quand j'ai regardé par cette porte, j'ai trouvé tout ce que je désirais.
– Maintenant donc, dit Dja'far Sâdiq, laisse là tout le reste et n'abandonne jamais cette porte. »
 

Récit qui se rapporte à Ibrahim Edhem (« Le Mémorial des Saints », pages 88-89)

Quelqu'un demanda à Ibrahim :
« Depuis que tu es entré dans cette voie as-tu jamais été joyeux ? »
– « Mais oui et plusieurs fois, répondit-il. Un jour, par exemple, je m'étais embarqué avec une troupe de gens et nous voguions sur le fleuve. Dans notre bateau se trouvait un mauvais plaisant. Mes cheveux étaient devenus très longs et je portais un vêtement tout déchiré, de sorte que personne ne m'avait reconnu et que tous me riaient au nez. A chaque instant ce mauvais plaisant s'approchait de moi, me tirait les cheveux et les arrachait en m'appliquant des tapes sur le cou. En voyant le degré de mépris où j'étais tombé j'éprouvai un vif sentiment de joie. Soudain les eaux du fleuve s'agitèrent fortement et les vagues commencèrent à battre notre embarcation. Le patron dit : il faut jeter quelqu'un à l'eau pour que les flots s'apaisent ; et, me saisissant par les oreilles, ils me lancèrent dans le fleuve, dont les eaux se calmèrent subitement par un effet de la toute-puissance du Seigneur très haut. Au moment où l'on me saisissait, je me sentis tout joyeux en voyant mon état de profonde impuissance et d'humiliation.

Une autre fois j'étais monté dans la galerie supérieure d'une mosquée pour m'y reposer, lorsque survinrent plusieurs personnes qui m'en chassèrent. Comme je ne pouvais me lever vite par suite de mon état de faiblesse et de fatigue, on me saisit, on me traîna de force et l'on me jeta en bas de l'escalier de la mosquée, que je descendis en roulant. A mesure que ma tête touchait une marche, elle s'y fendait quelque part; mais, par effet de la toute-puissance divine, à chaque chute que je faisais, les mystères de toute la région céleste se dévoilaient à mes yeux et je me disais dans mon cœur : Plût à Allâh qu'il y eût encore plus de marches ! et j'étais dans le ravissement. »

Le conseil au roi

Un roi appela ses sages et dit :
« Je voudrais vous demander conseil. En une simple phrase, donnez-moi un sutra qui puisse être utilisé dans toutes les situations de la vie, et qui puisse résoudre tous les problèmes – une clé. »

Les sages furent effrayés. Comment trouver une seule petite maxime qui résoudra tout ? Ils demandèrent du temps. Le roi attendit des mois, puis il dit :
« Que faites-vous ? Donnez-moi ce conseil ! »

Pendant ce temps ils se mirent à la recherche de quelqu'un qui puisse les aider et ils trouvèrent un Maître soufi. Le Maître soufi leur dit :
« Ne dites rien. Voici le conseil. »
Il l'écrivit sur un bout de papier, le mit dans un médaillon et le donna aux sages. Il leur dit de le remettre au roi et de lui recommander de ne pas l'ouvrir sauf s'il sent que c'est absolument nécessaire.
« S'il peut s'en sortir par un autre moyen, qu'il ne s'en serve pas. Ceci est une clé. Elle est très précieuse. Ne l'employez pas pour des serrures ordinaires qui peuvent être ouvertes par d'autres moyens. »

Le roi fut très heureux. Il attendit une occasion, mais elle ne vint pas. Il attendit encore, mais quel que soit le problème qui se présentait, il se disait :
« Ce n'est pas absolument nécessaire. Je peux le résoudre. »
Et avec le temps, il arrivait à le résoudre.

Ce médaillon attisa sa curiosité. Quel conseil renfermait-il ? Mais il avait promis de ne pas l'ouvrir à moins qu'il ne s'agisse quasiment d'une question de vie ou de mort.

Le moment arriva.

Un royaume voisin le vainquit. Il s'enfuit dans la forêt, dans les collines, poursuivi par l'ennemi. Il pouvait entendre les pas des chevaux se rapprocher de plus en plus jusqu'à ce qu'il parvienne à un précipice : maintenant il ne pouvait plus aller nulle part – l'ennemi arrivait, il serait là dans quelques secondes – et s'il sautait, il mourrait. Il ne trouva aucune solution.
C'était le moment ! Alors il ouvrit le médaillon. Une simple phrase y était écrite :
« Ceci aussi passera. »

Il dit :
« Quelle genre d'homme est ce vieillard qui s'est moqué de moi ? Il n'y a rien là-dedans – et je croyais que c'était un grand secret – ceci aussi passera. »
Mais tandis qu'il lisait, il s'aperçut soudain que les chevaux semblaient s'éloigner au lieu de se rapprocher. Ils avaient raté le chemin.

Il plia le papier et le remit dans le médaillon. Deux jours plus tard, il fut sauvé par ses amis et ils reconquirent leur royaume. Il y eut une grande fête et il fut reçu dans la capitale. On lui lança des fleurs et tout le chemin en était jonché.

Le roi fut très heureux, si exalté qu'il était prêt à éclater de joie. Soudain, il sentit à nouveau qu'il était en danger ; ce bonheur était trop intense. Il regarda de nouveau le sutra, le même sutra : « Ceci aussi passera. »

Lorsqu'il arriva à son palais, il s'enquit de celui qui lui avait donné ce conseil. Il se rendit chez le Maître soufi et se fit initier ; il abandonna son royaume. Il dit :
« L'homme qui m'a donné un tel conseil est celui qu'il faut suivre. Je m'abandonne à vous. J'ai compris. Tout passe, même cette vie passera, aussi je suis venu pour rechercher ce qui ne passe pas. Montrez-le moi. »

Les cours de sagesse divine

Le maître soufi Abû Uthman Hiri a dit un jour à un autre maître soufi, Abû Hafs Haddad :
« Je suis devenu tellement illuminé que je donne maintenant des cours de sagesse divine. »
– « Comment en êtes vous arrivé-là ? » lui répondit l'autre maître.
– « La bonté envers les autres », répondit-il.
– « Et jusqu'où va votre bonté envers les autres ? », répliqua Abû Hafs.
– « Jusqu'au point où », répondit-il, « si Dieu me mettait en enfer afin de purger les péchés de tous les hommes, je trouverai cela tout à fait acceptable. »
– « Dans ce cas », dit son compagnon, « je vous rends grâce ! Cependant, lorsque vous prenez la parole dans les réunions, soyez attentif avant tout à votre cœur et à votre corps. De plus, prenez soin de ne pas laisser la foule vous rendre arrogant, car ils ne voient que votre aspect extérieur alors que Dieu seul voit l'intérieur. »

Abû Uthman monta ensuite en chaire pour donner son discours, alors que Abû Hafs se cacha dans un coin afin de l'observer. Lorsque enfin la réunion se termina, un vagabond passa par là et demanda si quelqu'un pouvait lui donner une chemise pour se couvrir. Sans hésiter, Abû Uthman enleva sa chemise et la lui donna. « Menteur ! » cria Abû Hafs de l'endroit où il se tenait. « Descendez de cette chaire ! »
« Quel mensonge ais-je dit ? » implora Abû Uthman.
– « Vous avez prétendu », répliqua l'autre maître, « que votre bonté envers les autres était plus grande que celle envers vous-même. Cependant, vous voila maintenant à exceller dans la générosité afin de gagner les mérites des "excellents" , vous considérant comme meilleur et ayant plus de valeur que les autres. Si vous aviez été vraiment honnête vous auriez attendu pour laisser sa chance à un autre. Ainsi donc vous êtes un menteur et il n'y pas de place à la chaire pour les menteurs ! »

Les deux frères

Il y avait deux frères qui étaient en quête de la vérité. Chacun choisi un chemin qui lui est propre. Le premier resta dans la ville où il tenait une boutique de chaussures pour dames, le second préféra s'isoler dans une montagne à proximité pour se consacrer complètement à la méditation.

Les années passèrent, et, le second des deux frères, ayant acquis des charismes très rares, décida de descendre à la ville et de rendre visite à son frère. Il était accompagné d'un lion qu'il avait dompté et provoquait une panique générale lorsqu'il marchait dans les rues. Son frère le reçut très chaleureusement et fût impressionné par les prouesses que son frère pouvait effectuer.

Celui-ci demanda qu'on verse de l'eau dans une amphore et lorsqu'il retourna le récipient, l'eau ne coula pas car il l'avait fait geler.

Le premier frère lui demanda de tenir la boutique pendant une heure afin qu'il aille acheter des ingrédients pour préparer un bon repas. Après quelques minutes, une cliente entra dans le magasin et demanda à essayer une paire de chaussures. Le second frère fit de son mieux et lorsqu'il prit le pied de la dame pour lui enfiler l'escarpin, on entendit l'eau couler de l'amphore et le lion se mit à rugir.

Le cavalier et le soufi

Un cavalier aperçut un serpent venimeux au moment où il se glissait dans la bouche d'un homme endormi. Que faire ? S'il laissait l'homme dormir, tôt ou tard le serpent le mordrait, le tuerait. Alors il fouetta l'homme de toute sa force. Il le réveilla brutalement d'un coup de fouet, il l'entraîna dans une remise où se trouvait un tas de pommes pourries. Sous la menace de son épée, il obligea l'homme, qui hurlait de rage, à manger une masse de pommes. Puis il lui fit boire une quantité d'au saumâtre sans prêter attention à ses cris.

« Mais que t'ai-je fait, ennemi de l'humanité, pour que tu me traites de cette manière ? »

Après plusieurs heures de souffrance, d'insultes et de larmes, l'homme s'écroula sur le sol. Il vomit les pommes, l'eau et le serpent. A la vue de l'animal, il comprit ce que l'homme avait fait. Il lui demanda pardon de l'avoir insulté et le remercia.

« Pourquoi m'as-tu sauvé ? demanda-t-il enfin.
– Parce que la connaissance est mère de la responsabilité.
– Que veux-tu dire ? »

Le cavalier resta silencieux. Il aida l'homme à se relever et à nettoyer ses vêtements. Celui-ci lui dit encore :

« Si tu m'avais prévenu de la présence de ce serpent dans mon estomac, j'aurais accepté ton traitement de très bonne grâce.
– Je ne crois pas, dit le cavalier.
– Pourquoi ?
– Si je t'avais prévenu, tu ne m'aurais pas cru. Ou bien la peur t'aurait paralysé. Ou bien tu te serais enfui à toutes jambes. Ou bien encore tu serais retourné au sommeil, y cherchant l'oubli. »

Là-dessus, le mystérieux cavalier sauta sur son cheval et s'éloigna très vite.

Knocking at heaven's door

Un vieux sage soufi meurt et frappe à la porte du paradis en disant :

« Ouvre. C’est moi. »

Allah lui répond simplement « Non ».

Le vieux soufi est décontenancé. Sûr de son bon droit, il se présente une seconde fois et redit :

« Ouvre. C’est moi. »

Allah lui répond cette fois : « Ici il n’y a qu’un moi. »

Le vieux soufi se retire, médite, revient et dit alors :

« Ouvre. C’est toi. »

Alors Dieu lui ouvre les portes du paradis.

Le développement dans les groupes soufis

Dans les groupes soufis, il est de règle de s’imprégner des histoires dont l’étude est proposée de sorte que leurs multiples significations se révèlent aux élèves au moment ou cela est utile à leur développement. Cette phase requiert parfois l’intervention d’un maitre enseignant ; lui seul connaissant le ‘’moment’’ et le ‘’lieu’’ de ce développement.

Voici quelques-unes de ces histoires :

Un idiot est arrivé un jour dans une grande ville, il a été déconcerté par la multitude qui emplissait les rues.

Craignant, s'il s'endormait, de ne plus pouvoir se retrouver au réveil au milieu d'une telle foule (qui était pour lui une peste), il a attaché une gourde à sa cheville en signe d'identification.

Un mauvais plaisant qui avait compris le sens de son geste a attendu qu'il se fut endormi pour retirer la gourde et l'attacher autour de sa propre jambe. il s'est couché à son tour pour dormir à même le sol du caravanserail.

L'idiot s'est réveillé le premier, a vu la gourde, a pensé tout d'abord « cet homme ne peut être que moi », puis s'est rué sur lui en criant : si tu es moi, si tu es vraiment moi, alors qui suis-je ?



Un pauvre fou alla chez le roi et lui dit :
« Ô roi je suis au dessus de toi.
– Toi pauvre fou tu es au dessus de moi mais pour qui te prends tu ? »
Le fou répondit :
« Sache ô roi que je suis au dessus du Prophète !
– Mais tu es fou ! Qu'est ce que tu racontes ? Arrête ton blasphème ! »

Le fou continua :
« Sache o roi que je suis au dessus de toi du Prophète et même au dessus de Dieu. »

Le roi interloqué répondit :
« Je suis désolé mais il n'y a RIEN au dessus de Dieu ! »

Et le fou de répondre : « Ben justement ô roi ! RIEN c'est moi. »



Un disciple soignait particulièrement sa barbe qu'il portait majestueuse et fleurie, l'entretenant avec grande délicatesse, la lissant, la cajolant, la parfumant et l'exhibant comme l'image du vrai croyant. Un jour il confia à son maître sa difficulté spirituelle :

«  J'ai scrupuleusement suivi vos enseignements, mais sans succès : pas la moindre illumination, pas le plus léger signe d'assentiment divin, rien. Pourquoi cela ?
– C'est parce que tu consacres bien plus d'attention à ta barbe qu'à Dieu. »

Désespéré, l'autre entreprit, à pleines mains, de s'arracher de longues touffes de poils.

« Tu vois, chuchota la Voix céleste à son oreille, il n'y a vraiment que ta barbe qui t'intéresse. »



Au delà de Ghor s'étendait une cité dont tous les habitants étaient aveugles... Un roi est arrivé en ces lieux accompagné de sa cour et de toute son armée.. Ils ont établi un camp dans les environs de la cité.

Or ce monarque possédait un éléphant puissant qu'il lançait dans les batailles pour accroitre la terreur de ses ennemis....

La populace brulait de voir l'éléphant et certains des membres de cette communauté d'aveugles se sont précipités en désordre à sa découverte.......

Comme ils ne connaissaient ni la forme ni même le contour de l'éléphant ils l'ont tâté à l'aveuglette recueillant des informations en touchant telle ou telle partie.....

Lorsqu'ils sont revenus chez eux ils sont aussitôt entourés de leurs concitoyens, tous étaient anxieux bien à tort d'apprendre la vérité de ceux-là mêmes qui étaient dans l'erreur. Ils ont posé des questions sur la forme et la nature de l'éléphant et ils ont écouté tout ce que l'on leur en a dit...

On a interrogé l'homme dont la main a touché l'oreille... et cet homme d'affirmer : « c'est une grande chose rugueuse, on dirait un tapis ».... celui qui avait touché la trompe a proclamé : « 'moi je sais à quoi m'en tenir c'est un tuyau droit et creux ». « C'est une sorte de colonne » a dit celui qui avait tâté une patte.

Chacun n'avait partiellement perçu qu'une partie de l'éléphant ... aucun d'eux n'avait perçu le tout car aucun ne possédait l'organe-de-perception-du-tout, en l'occurrence les yeux.

Et le tout est beaucoup plus que la somme de ses parties. Et de même que le sens du toucher ne peut remplacer celui de la vue, l'intellect linéaire ne peut remplacer le sens holistique de la bonne intuition.



Latchou, tous les jours, à son réveil, prend son bain de tête rituel et part au temple, son panier d'offrandes à la main. Il va assister au culte du matin.
Avec ferveur il prie :
– Seigneur, je viens te rendre visite chez toi, sans manquer un seul jour. Matin et soir je te fais des offrandes ; ne viendras-tu pas chez moi ?
Dieu lui répond enfin :
– Demain, je viendrai.

Quelle joie pour Latchou. Il lave à grande eau toute la maison. Il fait tracer sur le seuil les dessins traditionnels en farine et en pâte de riz.

A l'aube, il attache une guirlande de feuilles à l'entrée de sa maison. Au centre de chaque dessin il met une belle fleur jaune de potiron. Les lampes à huile à plusieurs mèches sont allumées sur le banc. Dans la salle de réception, des plateaux de fruits, des galettes sucrées et des fleurs s'étalent à profusion.

Tout est prêt pour Dieu. Latchou se tient debout pour l'accueillir.
L'heure du culte du matin approche. Un petit garçon s'approche :
– Grand-père, tu as de bonnes galettes, veux-tu m'en donner une ?
Latchou répond :
– Veux-tu filer, moucheron ; comment oses-tu demander ce qui est préparé pour Dieu !
Le petit garçon s'enfuit.

La cloche du temple a sonné. Le culte du matin est terminé. Latchou pense :
– Dieu viendra à la prière de midi.
Fatigué, il s'assoit sur le banc. Un mendiant arrive et demande l'aumône. Latchou le chasse. Puis il lave soigneusement la place souillée par les pieds du mendiant.
Midi passe et Dieu n'est toujours pas au rendez-vous.

Le soir vient. Latchou attend toujours... Un pèlerin se présente à l'heure de la prière du soir.
– Permets-moi de m'asseoir sur le banc et d'y passer la nuit.
– Certainement pas, ce siège est réservé à Dieu.
La nuit est tombée. Dieu n'a pas tenu sa promesse, pense Latchou.

Le lendemain, venu au temple pour la prière du matin, il renouvelle ses offrandes et s'écrie :
– Seigneur, tu m'avais promis de venir chez moi !
Et la voix lui répond :
– Je suis venu trois fois et trois fois tu m'as chassé !



Le cheikh Mohammed Murte'ach disait :
« J'avais accompli treize voyages à la Ke'abeh, lorsqu'en y réfléchissant bien je reconnus que tout ce que j'avais fait n'était que pour la montre.
– Comment cela ? lui demanda-t-on.
– Un jour, répondit-il, que ma mère m'avait commandé de lui apporter de l'eau dans une cruche, cette tâche me parut pénible ; j'en conclus que tous mes voyages à la Ke'abeh étaient de purs actes d'hypocrisie, attendu que les droit d'une mère sur son fils priment de beaucoup les honneurs que nous devons à la Ke'abeh. »



Un jour un cheikh rendait visite a un roi. Quand le cheikh l'a salué, le roi tenait un verre de l'eau dans sa main. Il dit au cheikh : « donnez-moi un conseil ». Le cheikh répondit, « supposons que vous mourriez de soif et ne puissiez avoir ce verre d'eau qu'en échange de votre royaume, que choisiriez vous ? mourir de soif ou céder votre royaume ? »
Le roi répondit, « je choisirais naturellement le verre d'eau plutôt que mon royaume. »
Le cheikh conclu : « Alors, je ne comprend pas pourquoi qui que ce soit pourrait souhaiter un royaume qui vaut à peine un verre d'eau. »



C'était un homme droit et sincère qui cherchait le chemin du bonheur, qui cherchait le chemin de la vérité. Il alla un jour trouver un vénérable maître soufi dont on lui avait assuré qu'il pourrait les lui indiquer. Celui-ci l'accueillit aimablement devant sa tente et, après lui avoir servi le thé à la menthe, lui révéla l'itinéraire tant attendu :

« C'est loin d'ici, certes, mais tu ne peux te tromper : au cœur du village que je t'ai décrit, tu trouveras trois échoppes. Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

La route fut longue. Le chercheur d'absolu passa maints cols et rivières. Jusqu'à ce qu'il arrive en vue du village dont son cœur lui dit très fort :

« C'est là le lieu ! Oui, c'est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques il ne trouva comme marchandises que rouleaux de fils de fer dans l'une, morceaux de bois dans l'autre et pièces éparses de métal dans le troisième. Las et découragé, il sortit du village pour trouver quelque repos dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber. La lune remplissait la clairière d'une douce lumière. Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie sublime. De quel instrument provenait-elle donc ? Il se dressa tout net et avança en direction du musicien. Lorsque, stupéfaction, il découvrit que l'instrument céleste était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal et des fils d'acier qu'il venait de voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l'éveil. Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse de tout ce qui nous est déjà donné, mais que notre tâche d'hommes intérieurs est d'assembler tous ces éléments dans l'harmonie.


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