L'alliance entre les arabes et les juifs

Portrait Mahomet
Mahomet, l'introducteur du Coran, serait né en 570 à la Mecque et serait mort en 632 à Médine. Le Hedjaz, dans l'ouest de l'Arabie, aurait donc été sa base de départ pour l'unification de tous les Arabes et leur soumission à l'Islam.

Cependant diverses sources semblent indiquer que cela pourrait être faux. Il n'est pas impossible, en effet, que Mahomet ait opéré bien plus au nord-ouest et que son but n'était pas de soumettre les Arabes du Hedjaz mais de s'emparer de Jérusalem et de la Judée pour les délivrer des Byzantins. Il poursuivait là un rêve d'origine juive... Sioniste, même, pourrait-on dire : Libérer la Terre Sainte pour y préparer la venue du Messie.


L'influence nazaréenne

Il semble probable que la religion professée au début par Mahomet ait été différentes de l'Islam actuel. En effet elle était probablement très influencée par celle des Judéo-Chrétiens Nazaréens installés en différentes régions du Proche-Orient. Dans son « Panarion » (en 376), Épiphane localisait ces Nazaréens en Décapole (Jordanie) autour de Pella et en Basanitide dans la région de Kokba au sud-ouest de Damas.

Selon les sources arabes, Mahomet aurait rencontré Waraqa ibn Nawfal, l'oncle ou le cousin de sa femme Khadija, qui était un « Chrétien parlant l'hébreu » (un « Nasraniy » plus exactement).

Des hadiths de Aïsha en parlent :
Le Prophète retourna vers Khadija tandis que son coeur battait rapidement. Khadijâ le conduisit chez son cousin Waraqa bin Nawfal ibn Asad ibn 'Abd al-'Uzzä ibn Ouzzä. Celui-ci avait embrassé le christianisme lors de son âge d'ignorance, et il avait pris l'habitude de transcrire l'Ecriture hébraïque et l'Injil de l'hébreu, tant que Dieu lui en avait accordé la force de le faire. Waraqa était très âgé et il était privé de la vue....
(Sahih Al-Bukhari, Volume 4, Book 55, Number 605)

... Waraqa était le fils de son oncle paternel, c'est à dire le frère de son père, qui pendant la période pré-Islamique était devenu un chrétien. Il savait tracer les caractères hébraïques et avait copié en hébreu toute la partie de l’Evangile qu’Allah avait voulu qu’il transcrivit. Il était âgé et était devenu aveugle....
(Sahih Al-Bukhari, Volume 9, livre 87,111)

Waraqa a probablement influencé fortement Mahomet. En effet, Buhari disait ceci :

Lorsque Waraqa est décédé, la révélation s’est tarie.
 

Cela montre qu'il était l'inspirateur de Mahomet pour l'écriture des Sourates. Lorsque Waraqa est mort, Mahomet n'en a plus écrit.

La Sourate 16;105 montre d'ailleurs que les Arabes soupçonnaient cette influence de Waraqa :
Certes nous savons que les infidèles disent : « Cet homme a seulement pour maître un mortel ! » Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare, alors que cette prédication est en claire langue arabe.

Ce Waraqa était très probablement un Nazaréen, car il était « Chrétien » tout en parlant l'hébreu, c'est à dire qu'il faisait partie de cette « secte juive » acceptant Jésus comme Messie, mais sans l'identifier à Dieu. C'était un Juif hérétique, ce que le Talmud appelle les Minim.

Dans sa Lettre 112 à Saint Augustin, Saint Jérôme écrit ceci sur ces Nazaréens :
Jusqu’aujourd’hui, dans toutes les synagogues de l’Orient, il y a chez les Juifs une secte (...) qui est jusqu’ici condamnée par les Pharisiens; on les appelle vulgairement Nazaréens; ils croient au Christ, fils de Dieu, né de la Vierge Marie, et ils disent que c’est celui qui, sous Ponce Pilate a souffert et est ressuscité; en lui nous aussi nous croyons; mais tandis qu’ils veulent tout ensemble être Juifs et chrétiens, ils ne sont ni Juifs ni chrétiens.

L'influence des moines chrétiens

D'autres sources arabes parlent aussi du moine Nastûrâ / Nastûr rencontré à Bosra (Syrie du sud) par Mahomet et qui aurait reconnu celui-ci comme prophète.

Et Théophane (avant 822) écrit ceci dans sa chronique :

Chaque fois qu'il venait en Palestine, il (Mahomet) fréquentait avec les juifs et les chrétiens et obtint d'eux certains matériaux scripturaires.
       

On notera d'ailleurs que le Coran est composé de 114 sourates, c'est à dire le même nombre que les logias de l’Évangile de Thomas.

Jean Damascène (vers 650-750) a raconté également ceci :
Muhammad était tombé par hasard sur l'Ancien et le Nouveau Testament et même, paraît-il, après avoir conversé avec un moine arien, avait conçu sa propre hérésie.

Des sources syriaques appellent ce moine Sergius Bahîrâ (Baeira / Pakhyras).

Cependant les Chrétiens Ariens (Disciples d'Arius) étaient comparables aux Nazaréens car ils rejetaient eux aussi la divinité de Jésus.

Dans le Coran, l'influence nazaréenne de Waraqa se voit dans l''interdiction de boire du vin. En effet les Nazaréens ne buvaient pas de vin, se référant à cette parole de Jésus :
Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père.
(Matthieu 26,29)

L'influence nazaréenne se voit aussi dans le rejet de la Trinité et de la divinité de Jésus.

Il existe ainsi une transcription du colloque de 639 ou 644 entre le patriarche jacobite Jean 1er et l'émir des Mahgrâyés (Musulmans) Amru bar Sa’d, gouverneur de Homs en Syrie et ancien compagnon de Mahomet. On remarquera que, dans cette transcription, nulle part on ne parle encore du Coran (ni de la Mecque) mais uniquement du Pentateuque et de l'évangile, et que les Musulmans acceptent ces deux livres. La seule chose qui intéresse Amru bar Sa’d c'est de convaincre le patriarche que le Christ était certes un prophète, mais non pas Dieu.

Les premiers Musulmans croyaient que Jésus était un simple homme

D'autres textes montrent que les anciens Musulmans croyaient que Jésus était un simple homme et non un Dieu. Et c'était alors le seul point qui les différenciait des Juifs et Chrétiens.

Dans le « Traité des hérésies  » de Jean Damascène (Mansour Ibn Sarjoun, Arabe chrétien de Damas, 676-749), on lit ceci (vers 746) :
Il (Mahomet) dit qu’il y a un seul Dieu, créateur de toutes choses, qu’Il n’a pas été engendré et qu’Il n’a pas engendré. Selon ses dires, le Christ est le Verbe de Dieu et son Esprit, mais il est crée et il est un serviteur ; il est né sans semence de Marie, la sœur de Moïse et d’Aaron. En effet dit-il, le Verbe et l’Esprit de Dieu sont entré en Marie et ont engendré Jésus, qui fut un prophète et un serviteur de Dieu. Et, selon lui, les juifs, au mépris de la Loi, voulurent le mettre en croix, et, après s’être emparés de lui, ils n’ont crucifié que son ombre. Le Christ lui-même, dit-il, ne subit ni la croix ni la mort. En effet Dieu l’a pris près de lui dans le ciel, parce qu’Il l’aimait. Et il dit également, qu’une fois le Christ monté aux cieux, Dieu l’a interrogé en disant ? : « Jésus ! as-tu dis : je suis le fils de Dieu et Dieu ? » Jésus d’après lui, a répondu : « Sois miséricordieux envers moi, Seigneur ! Tu sais que je n’ai pas dit cela et que je ne dédaigne d’être ton serviteur. Mais les hommes mauvais ont écrit que j’avais fait cette déclaration ; ils ont menti à mon égard, et ils sont dans l’erreur ». Dieu, dit il, lui a répondu : « Je sais que tu n’as pas fait cette déclaration » (...)
Ils nous appellent « associateurs » parce que, disent-ils, nous introduisons à côté de Dieu un associé lorsque nous disons que le Christ est le fils de Dieu et Dieu.

Le manuscrit arménien du « Vardabed Ghévond  » (vers 771) nous transcrit la lettre de Omar II, (Umar ben Abd al-Aziz, 8ème calife Omeyade) à l'empereur byzantin Léon III l'Isaurien (717-741) :
... Pourquoi ne trouve-t-on, dans le Code mosaïque, aucune indication à propos du paradis ou de l’enfer, ou de la résurrection et du jugement ? Ce sont les évangélistes Matthieu, Marc, Luc et Jean, qui en ont parlé selon leur talent. N’est-il pas vrai que Jésus, en parlant dans l’Évangile de la mission du Paraclet ou Consolateur à venir, indiquait la mission de notre Mahomet ? Pour quelle raison les peuples chrétiens se sont-ils, après la mort des disciples de Jésus, partagés en soixante douze races (sectes) ? Pourquoi ont-ils fait de Jésus l’associé et l’égal du Dieu unique et tout puissant, en professant trois Dieux, et en changeant arbitrairement toutes les lois, comme celle de la circoncision en baptême, celle du sacrifice en eucharistie, celle du samedi en dimanche ? Est-il possible que Dieu ait habité dans la chair et dans le sang, et dans les entrailles souillées d’une femme ?

La Sourate 4,171 du Coran confirme le rejet de la divinité de Jésus par les Musulmans :
Ô gens du Livre (Chrétiens), n'exagérez pas dans votre religion, et ne dites d'Allah que la vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle de vie venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas « Trinité ». Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n'est qu'un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C'est à Lui qu'appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur.

Bien que n'étant pas Dieu, Jésus était cependant reconnu comme Messie par les Musulmans. Des sources contemporaines à Mahomet (datant de vers 626) indiquent que celui-ci se prenait pour un prophète et qu'il annonçait la redescente du Messie Jésus. Hors les Judéo-Chrétiens Nazaréens semblaient attendre eux aussi le retour de Jésus.

Dans la Chronographie de Théophane, il est écrit (pour l'année 622) :

Les juifs se sont attachés à Mahomet parce qu’ils le tenaient pour un de leurs prophètes.
 

Jacques d’Edesse (633-708) écrivait :
Les Mahgrayes (Musulmans) confessent tous fermement qu’il (Jésus) est le vrai Messie qui devait venir et qui fut prédit par les Prophètes ; sur ce point, il n’y a pas de dispute avec nous.
 

Dans la chronique arménienne « Doctrina Jacobi  » / « Didascalie de Jacob  V,16,209 » (datant de vers 634- 640), le Juif Abraham de Césarée racontait ceci :
On disait que le prophète (Mahomet) était apparu, venant avec les Saracènes (Arabes), et qu’il proclamait la venue du Messie qui allait venir. Étant arrivé à Sykamine, je m’arrêtai chez un vieil homme bien versé dans les Écritures et lui dis : 'Que me dis-tu du prophète apparu avec les Saracènes ?' Il me répondit dans un profond soupir : 'Il est faux car les prophètes ne viennent pas armés avec épée et char de guerre.' ... Et moi, Abraamès, ayant poussé l’enquête, j’appris de ceux qui l’avaient rencontré qu’on ne trouve rien d’authentique dans ce prétendu prophète : il n’est question que d’effusion du sang des hommes. Il dit aussi qu’il détient les clés du Paradis, ce qui est incroyable.

Cette croyance de Mahomet en la descente prochaine de Jésus est confirmée par un hadith de Bukhari et Muslim :
Selon Abu Hourayra, le Prophète a dit : 'Par Celui qui tient mon âme en sa main, la descente de Jésus fils de Marie est imminente ; il sera pour vous un arbitre juste (…) il mettra fin à la guerre et il prodiguera des biens tels que personne n’en voudra plus. En ce moment, une seule prosternation sera meilleure que le monde et son contenu.

La tradition nous parle aussi de plusieurs tribus « juives » qui se sont alliées aux Arabes de Mahomet. Il s'agissait probablement de Judéo-Chrétiens, donc de Nazaréens.

L'historien byzantin Théophane (vers 758/760-817/818) prétendait d'ailleurs que l'islam trouvait son origine chez des « Juifs qui prennent Mahomet pour leur Christ tant attendu ».

Cependant l'alliance entre les Arabes et les Judéo-Chrétiens ne durera pas et les deux peuples finiront par se séparer, à la fois politiquement et religieusement.

Ainsi Théophane (avant 822) écrit ceci sur Mahomet dans sa chronique :
En cette année mourut Mouamed, le leader et le faux prophète des Sarrasins, après la nomination de son parent Aboubacharos à sa chefferie. Dans le même temps sa renommée se répandit et tout le monde avait peur. Au début de son avènement les Juifs égarés croyaient qu'il était le Messie qui est attendu par eux, de sorte que certains de leurs dirigeants se joignirent à lui et acceptèrent sa religion tout en délaissant celle de Moïse, qui a vu Dieu. Ceux qui l'ont fait étaient au nombre de dix, et ils sont restés avec lui jusqu'à son assassinat. Mais quand ils le virent manger de la viande de chameau, ils ont réalisé qu'il n'était pas celui qu'ils croyaient, mais, ayant peur d'abjurer sa religion, ces malheureux hommes lui ont appris des choses illicites dirigées contre nous, Chrétiens, et sont restés avec lui.



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