Le Ku Klux Klan et ses démons

Ku Klux Klan
Le Ku Klux Klan
Les exactions d'un groupuscule de soldats sudistes désœuvrés vont prendre une ampleur sans précédent et causer des milliers de victimes. Incarnation des démons racistes et identitaires de l'Amérique puritaine, le Klan renaît plusieurs fois de ses cendres.

Ku Klux Klan : trois mots forgés à partir du grec kuklos (cercle) et du latin lux (lumière), qui éveillent des terreurs sans nom et renvoient à la part obscure de l'histoire américaine. A l'origine, le Klan est un simple groupe paramilitaire fondé après la Guerre de Sécession par des vétérans sudistes refusant la fin de l'esclavage. « Son objectif est de terroriser les anciens esclaves, restaurer par la violence la suprématie blanche ; le tout avec un bric à brac de rituels et des variations très importantes selon les endroits », explique l'historien Pap Ndiaye.

Les parades au flambeau et les cagoules font partie des caractéristiques originelles du mouvement. Mais, très rapidement, celui-ci s'étiole. Les membres du Klan sont arrêtés. Dans le même temps, les Sudistes conservateurs reviennent aux affaires et le discours radical klaniste trouve moins d'écho dans la société.

La première renaissance du Klan

Le Ku Klux Klan réapparaît pourtant, un jour de 1915, lorsque William Joseph Simmons, ancien prédicateur méthodiste, emmène une quinzaine de comparses sur la Stone Mountain, en Géorgie, et proclame solennellement la résurrection du mouvement.

Celui-ci élargit ses attaques à tout ce qui lui parait menacer l'identité américaine : noirs, juifs, immigrants, socialistes, féministes... Dans la société américaine de l'époque, la peur de l'étranger domine. Des lois anti-immigration sont votées. Cette année là, le film Naissance d'une nation, qui glorifie les faits d'armes du premier Klan, rencontre un succès populaire. Le Klan surfe sur cette vague hostile et se structure en organisation de masse, grâce notamment au travail d'Edward Clarke, un publicitaire qui crée le département propagande du Klan, en 1920.

Quelques années plus tard, de gigantesques parades réunissent les membres du Klan à Washington. « Des milliers de personnes défilent à visage découvert, dont une bonne partie du personnel politique du sud des Etats-Unis », raconte Pap Ndiaye. Le mouvement compte alors six millions de membres...

Le KKK

Un pouvoir qui culmine dans les années 1920

Réunion du Ku Klux Klan
Réunion du Ku Klux Klan
Ces défilés des années 20 constituent l'apogée du Klan, qui décline dans les années 1930, entre scandales éclaboussant ses chefs et nouvelles préoccupations sociales liées à la Grande Dépression. « Les années 1930 sont aussi le moment où le Parti démocrate, qui jusqu'alors attirait la sensibilité klaniste en raison de sa forte base sudiste, va effectuer un virage à 180° et se gauchiser », précise l'historien Soufian Alsabbagh.

Privé d'assises politiques, miné financièrement par une série d'impôts impayés, déchiré par des luttes intestines, le mouvement disparaît progressivement. En 1944, le dernier « grand sorcier » ferme la boutique et part à la retraite sous le soleil de Floride.
 

La lutte pour les droits des noirs fait renaitre le clan

Le Klan connaît pourtant une troisième vie, au moment de la lutte pour les Droits civiques menée par les Noirs américains, à partir des années 1950. Les partisans de la ségrégation s'organisent alors en groupuscules violents et éclatés. Meurtres, attentats à la bombe ensanglantent l'Amérique. En dépit de cette guérilla, l'influence du mouvement est beaucoup moins forte que dans les années 1920. D'autant que cette fois, l'appareil d’État leur livre une chasse sans merci. « Le Klan est lâché par les élites, car en être membre équivaut à une condamnation politique », rappelle Pap Ndiaye. Le mouvement se resserre alors sur sa base la plus radicale.

Le KKK

Le Klan continuera à faire parler de lui, dans les années 1970 et 1980, en raison d'assassinats commis par ses membres. Aujourd'hui encore, des groupes extrémistes, comme les Knights of the Ku Klux Klan  ou les Knights of the White Kamelia , s'en réclament. Mais le mouvement est moribond. « Il sert essentiellement de cadre de "sociabilité" à des éléments en marge », souligne pap Ndiaye. Des éléments qui n'ont pas assez de pouvoir pour prétendre à une quelconque influence.

Donald Trump donne sa quatrième vie au Klan

Donald Trump
Donald Trump
Suite à l'élection de Donald Trump en 2016 on assiste à une recrudescence de groupuscules d'extrême droite et des suprémacistes blancs. Une fusillade fait 11 morts dans une synagogue à Pittsburgh et on compte près de 1.000 membres de groupuscules d'extrême droite à Charlottesville en août 2017 où Heather Heyer, une activiste antiraciste, est morte lorsqu'un homme, proche des mouvements suprémacistes blancs a foncé sur la foule.

On ne compte plus sur les réseaux sociaux les cercles néonazis qui se sont enhardis par le climat de division dans la société américaine, alimenté par Donald Trump lui-même. L'extrême droite américaine s'est autoproclamée « droite alternative » et cherche à réunir toutes les droites. Elle regroupe des organisations archaïques, comme le Parti nazi américain ou le Ku Klux Klan, et des suprémacistes blancs réunis dans des groupuscules comme Rise Above , Identity Evropa , Patriot men , les Alt-Knights , le « fight club » de l'Alt-right , les Proud Boys  ou le National Policy Institute  de Richard Spencer. On peut y ajouter le groupuscule paramilitaire « Lightfoot Militia  » ainsi que différentes factions du véritable Ku Klux Klan, et aussi Real 3% Risen  (un groupe de néo-Confédérés), la League of the South  (un autre groupe néo-Confédéré), le Traditionalist Worker Party  (des nationalistes blancs), le Nationalist Front  (un autre groupe de nationalistes blancs), Vanguard America  (encore des nationalistes blancs).

Ils ont tous en commun l'objectif d'une Amérique blanche, chrétienne et conservatrice. Ils dénoncent la mondialisation et l'immigration, sont antisémites et bafouent régulièrement les droits des minorités.

Rassemblement du Ku Klux Klan

La droite alternative est apparue pendant la campagne de Donald Trump en 2016 qui a fait une bonne place à une politique anti-immigratoire basée sur la peur. La communication du président dans ce sens a fonctionné puisqu'il a été élu. Peu de temps après sa prise de fonctions il signe des décrets pour interdire les visas aux ressortissants de plusieurs pays islamiques. Le nouveau Ku Klux Klan, même s'il n'est pas uni mais au contraire éparpillé en de multiples cellules diverses et variées, s'en trouve encouragé avec cette politique xénophobe des États-Unis.




Sources : En partie tiré d'un texte de Claire Aubé, journaliste diplômée de l'École Normale Supérieure, titulaire d'un DEA de sociologie, ayant suivi des formations de Psychologie Positive (VIA Institute) et d'Approche centrée sur la Personne (ACP Formations).


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