Les Colluthiens

Prêtre sur la montagne
Colluthe, prêtre d’Alexandrie, sectateur « ignorant dans un siècle de lumière » aurait pu passer inaperçu dans nos listes, même s’il affirmait que Dieu n’est pas l’auteur des maux qui nous affligent. Que Colluthe se rendorme, ce n’est pas lui qui nous réveille, mais bien le fait qu’il fut considéré comme hérétique.

Nous avons vu que Florin était hérétique car il affirmait que Dieu était le créateur du mal. Voilà maintenant que Colluthe avait droit au même régime en affirmant le contraire. Les uns et les autres se basaient sur les Écritures. Si Florin se référait à la Génèse I,31 :
Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon. Et il y eu un soir, et il y eut un matin.
 

Colluthe se référait à Isaïe XLV,7 :
Je suis Yahvé, il, n’y en a pas d’autres, le fondateur de la lumière, le créateur des ténèbres, le faiseur de paix, le créateur du mal, moi, Yahvé l’auteur de tout cela.
       

En résumé comment pouvait-on juger hérétique celui qui affirmait une chose et celui qui affirmait son contraire. La réponse pour Colluthe se trouve sans doute dans le fait qu’il s’était séparé d’Alexandre, son évêque, et s’était déclaré évêque de sa propre autorité.


Dans le temps que le fameux Arius débitait sa doctrine dans l'Orient, un simple curé de la ville d'Alexandrie, jaloux de voir un homme tel qu'Arius, qui n'était pas d'un rang au-dessus de lui, se rendre si célèbre par ses nouvelles opinions, voulut aussi se distinguer de la foule, et faire parler de lui. Dans cette vue, il commença de rompre avec éclat et scandale avec son évêque, alléguant, pour cause de cette séparation, que le prélat ne combattait pas avec assez de vigueur l'hérésie d'Arius. Il prit ensuite le titre d’Évêque et, dans l'espérance de devenir chef de secte, il commença d'enseigner publiquement qu'il répugnait à la bonté de Dieu de produire le mal, et qu'il fallait nécessairement attribuer à un autre principe tout ce qu'il y avait de mauvais dans le monde. Cette opinion n'était pas nouvelle ; et d'ailleurs le génie borné de Colluthe n'était pas propre à lui attirer beaucoup de partisans. Son hérésie ayant été condamnée dans le concile d'Alexandrie, fut éteinte aussitôt ; et son auteur, honteusement dépouillé du titre d’Évêque, qu'il s'était arrogé, tomba dans l'opprobre et dans l'oubli.

Mais pourquoi les ordinations faites par Mélèce étaient-elles censées bonnes, tandis que celles de Colluthe passaient pour être nulles, quoique l'un et l'autre fussent également engagés dans le schisme ? C'est que Mélèce était un véritable évêque, au lieu que Colluthe, comme s'explique le clergé de la Maréote dans sa relation ou gouverneur d’Égypte, n'était qu'un évêque imaginaire, s'étant arrogé la qualité d'évêque, quoiqu'il ne fut que simple prêtre. C'est pour cela, ajoute le même clergé, que le concile de Nicée a défendu à Colluthe de faire d'autres fonctions que celles de simple prêtre. C'est encore en conséquence de cela que tous ceux qui ont été ordonnés de sa main se trouvent réduits, par l'ordre du concile, au rang des simples laïques, tels qu'ils étaient auparavant. Le premier concile de Constantinople, qui a suivi d'assez près le concile de Nicée, rendit un jugement tout semblable au sujet de ceux qui avaient été ordonnés par Maxime Cynique ; car, ayant reconnu que ce Maxime n'avait jamais été évêque, il prononça que tous ceux qu'il avait prétendu faire prêtres ne l'étaient en aucune façon.

Concile de Nicée

L'homme qui s'ordonnât Évêque lui-même...

Le premier Prêtre qui ait osé en ordonner d'autres a été ce Prêtre d'Alexandrie nommé Colluthe. Mais outre qu'il était hérétique, selon Épiphane : « Colluthus falsa quaedam ac depravata docuit, sed ejus secta diuturna non fuit, statimque dissipata est », outre qu'il était schismatique et chef de parti dans l’Église d'Alexandrie, comme le nom de colluthiens, que prirent ses sectateurs le fait voir ; et qu'il soit aussi ridicule de tirer une conséquence de l'attentat de cet hérétique et de ce schismatique, que de conclure de ce qu'ont fait les Calvinistes par un prodigieux renversement de la hiérarchie, que l’Église catholique était vers le commencement du XVIIe siècle dans le sentiment que les Prêtres pouvaient en ordonner d'autres, et que le peuple même avait le pouvoir d'en établir. Dieu n'a pas voulu que l’attentat de Colluthe vint à notre connaissance, sans que nous sussions comment l’Église catholique de ce temps là en avait jugé. Et voici ce que nous apprenons...

Rien n'est si fameux dans l'histoire de Saint Athanase, que l'accusation intentée contre lui d'avoir brisé un calice, dont on prétendait qu'il s'en servait dans les saints Mystères. Ischyras aurait été ordonné, si pourtant il l'avait jamais été, par le Prêtre Colluthe. Or, le grand Osius ayant cassé dans un célèbre concile tenu en 324 à Alexandrie, et que Saint Athanase appelle général, toutes les ordinations de Colluthe, tous ceux qui avaient reçu l'imposition de ses mains rentrèrent dans l'état laïque, dont ils n'étaient pas réellement sortis. Ischyras y rentra comme les autres ; et ayant consenti à sa déposition, il fut reçu à la communion de l’Église en la qualité de simple laïque.

Nous tenons ces faits de témoins oculaires et très catholiques. Ce sont les Prêtres d'Alexandrie et ceux de la Mareote, canton du territoire d'Alexandrie où était situé un hameau dans lequel demeurait Ischyras. Ces Prêtres fidèles et zélés pour leur Évêque, ainsi qu'il le rapporte lui-même, voyant que les députés du faux Concile de Tyr tenu en 335, qui étaient tous les ennemis déclarés de Saint Athanase, avaient avec eux Ischyras, et qu'étant soutenus par la violence de Philagrius Préfet d’Égypte et de ses gardes, ils faisaient entendre des Juifs, des Catéchumènes, et des Païens, sur les matières les plus saintes de la religion ; ils demandèrent à être admis aux informations, ou comme témoins, ou comme parties, ou comme substituts de leur Évêque et de Macaire. Mais n'ayant pas été écoutés, et voyant qu'on découvrait aux païens les mêmes choses qu'on leur cachait avec un extrême soin, ils eurent recours à diverses protestations pour faire connaître à tout le monde l'oppression injuste d'un Prélat innocent. Il nous en reste trois ; et c'est dans la dernière, qui est adressée au Préfet Philagre, qu'ils parlent en ces termes :

Quod scelus confictum delatunuque fuerat a quodam, quem secum adducebant, Ischyra, qui se Presbyterum jactitabat, tametsi non Presbyter. Ordinatus quippe fuit a Collutho Presbytero qui falso Episcopi nomine gloriabatur, demumque in communi Synodo ab Hosio et sociis ejus Episcopis, celebrata, ad priorem Presbyteri ordinem redactus est. Ac consequenter quotquot a Collutho fuerant ordinati, ii sunt ad priorem reversi conditionem, ita ut ipse quoque Ischyras, inter laicos visus fuerit : citation

Mais si on ne se veut pas rendre au témoignage de ces saints Ecclésiastiques, qui étaient du pays même où cela se passait, on ne peut pas refuser de se rendre au témoignage solemnel de près de cent Évêques de l'Égypte, de la Thebaïde, et de la Lybie, dit S. Athanase, qui dans cette excellente Épître synodale qu'ils adressèrent en 339 à tous les Évêques du monde, parlent d'Ischyras et de son ordination en ces termes : Unde Presbyter Ischyras ? Quo ordinante ? Num Collutho ? Id enim solum restat. Atqui Colluthum, Presbyterum obiisse, ambasque ejus manus sine auctoritate fuisse, ac omnes qui ab eo sehismatis tempore ordinati sunt, ad laicorum statum redactos ita conventibus interesse, omnibus notum ac nulli dubium est. C'est sur ce fondement que l'historien Socrate dit que le malheureux Ischyras osa entreprendre de faire les fonctions de Prêtre, n'en ayant jamais reçu le caractère et la puissance : Cum ad sacerdotium nunquam promotus fuisset [...] sacerdotis munus obire ausus est. Ce qui sans doute, ajoute cet Auteur, méritait les plus grands supplices et la mort la plus cruelle : Facinus haud quaquam simplici morte dignum... On ne jugeait pas alors du sacerdoce et du pouvoir d'administrer les choses saintes, comme fait Blondel. Mais écoutons sa réponse : elle est étonnante. Il prétend que Colluthe avait été fait Évêque par Melece, le chef des schismatiques Meleciens ; parce que dans la liste que cet Évêque factieux mit entre les mains d'Alexandre, Évêque d'Alexandrie, et que Saint Athanase rapporte, on voit un Colluthe parmi les XXVIII. Évêques de Catalogne ; et il en conclu que la condamnation de Colluthe et la déposition d'Ischyras ne prouvent rien contre le pouvoir que les Prêtres ont d'en ordonner d'autres. Voilà l'effet du plus grand éblouissement qui fût jamais. Car, quand on lui accorderait que le Colluthe du catalogue des Évêques Meleciens, est le même que celui qui ordonna Ischyras, quoique le premier soit nommé Caluthe dans ce catalogue, Caluthus in superiori Cyno ; que conclurait-il en faveur du pouvoir d'ordonner, qu'il veut attribuer aux Prêtres, d'une ordination faite de son aveu par un Évêque ?

Écoutons encore le plaisant dilemme qu'il fait. Ou le Concile tenu à Alexandrie sous Osius, dit-il, a cru que Colluthe était Évêque, ou il a cru qu'il n'était que Prêtre. S'il a cru qu'il était Évêque, en cassant ses ordinations, il n'a point touché à celles des Prêtres ; et s'il a cru qu'il n'était que Prêtre, en déposant Ischyras et les autres qui avoient été ordonnés par Colluthe, il a cru qu'ils étaient établis dans le sacerdoce, puisqu'il fallait les en déposer. Comme s'il était fort difficile de concevoir, que ce Concile ôta à Ishyras le phantôme même et la vaine idée du sacerdoce, dont il pouvait se flatter ; ainsi que les Prêtres de la Mareote le disent en termes clairs dans leur protestations adressée aux Évêques de Tyr.

D'après les Conférences ecclésiastiques ou dissertations sur les auteurs, les conciles, et la discipline des premiers siècles de l'Église, par M. l'Abbé Duguet (1789).

Saint Koltas, le médecin et martyr

Saint Kolta
Saint Kolta
On est parfois amené à confondre l'hérétique Colluthe avec Saint Kolta. Colluthus signifie « dresseur de chevaux ». C'était un prénom très courant dans l'Antiquité. En copte, ça donne Kolta. Mais il ne peut y avoir de confusion entre un saint et un hérétique, c'est une règle, surtout quand c'est un saint catholique.

Saint Koltas est né aussi en Égypte mais il y a une église qui lui est dédiée à Assiout. St. Koltas (Colluthus) est l’un des saints médecins chrétiens, avec saint Cosmas, Damian et Saint Panteleímon. Il est né de pieux parents chrétiens au troisième siècle en Égypte. Son père était gouverneur d'Antinoé en Haute-Égypte, mais n'avait aucun enfant. Après avoir prié son Seigneur Jésus, Dieu lui a accordé ce saint. St Koltas a été élevé dans la crainte de Dieu et l'amour de l'Église. Il était pur dès sa jeunesse et désirait vivre une vie de célibat et de consécration à Dieu. Toutes les tentatives de son père pour le marier ont échoué ; la sœur de St. Koltas était cependant mariée à Arianus qui a succédé à son père en tant que gouverneur.

Après le départ de ses parents, St-Koltas a construit un refuge pour étrangers et voyageurs. Il a également étudié la médecine et l'a pratiqué gratuitement. Lorsque Dioclétien a apostasié, Arianus a suivi ses traces et a commencé à persécuter agressivement les chrétiens. St. Koltas a réprimandé son beau-frère pour avoir abandonné le culte du Vrai Dieu, mais Arianus ne voulait pas l'écouter. Par souci de la sœur de St. Koltas (la femme d'Arianus), cependant, Arianus n'a pas torturé le saint lui-même, mais l'a envoyé au gouverneur d'El-Bahnasa, où il a été emprisonné pendant trois ans. Sa sœur a prié pour sa libération, mais tous ses appels ont échoué. Enfin, le gouverneur lui coupa la tête et obtint la couronne du martyre. Après son martyre, de nombreux miracles sont apparus sur son corps. Le saint a une église de l'Antiquité à "Refa" près d'Assuit, en Égypte, où de nombreux miracles de guérisons se poursuivent. La fête de St Koltas est le 2 juin.



 

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