Les faux initiés

Faux initiés
Profitant de cet engouement pour la Rose † Croix, de nombreuses sociétés groupées sous le nom de « Rose-Croix », ou inspirées par la Rose-Croix, apparaissent en Europe au dix-septième siècle, surtout en Allemagne... mais elles n'avaient absolument aucun lien de filiation avec l'ancien Cercle de Tübingen.

La Rose-Croix a instauré un genre d'idéal rosicrucien qui s'est répandu dans toute l'Europe comme une trainée de poudre et a influencé bon nombre d'intellectuels.

Dans la 1ère moitié du 18ème siècle, la « Société Alchimique de Nuremberg » se réclame du rosicrucianisme. Selon certains auteurs, G. W. Leibniz (1646-1716) aurait été le secrétaire de cette société.


En 1710, Sincerus Renatus (Samuel Richter), un pasteur luthérien intéressé par l'alchimie, fonde « l'Ordre de la Rose-Croix d’or » à Nuremberg et à Ancone. Cet ordre ne recrute que parmi les Francs-maçons, et forme ainsi une certaine osmose entre le rosicrucisme et la franc-maçonnerie.
 

La franc maçonnerie spéculative

La franc maçonnerie dite « spéculative », d'essence philosophique, prendra forme officiellement le 24 juin 1717 avec la formation de la première grande loge à Londres, dans un « terreau » préparé par le Rosicrucianisme. Cette grande loge naitra grâce à la réunion de quatre Loges à la taverne « L'Oie et le Grill ». Les Trois autres Loges portaient le nom de la taverne qui les hébergeait : « La Brasserie de la Couronne », « La Taverne du Pommier », et « Le Grand Verre et les Raisins ».

Le néo-druidisme a été fondé le 22 septembre 1717 lui aussi à la « Taverne du Pommier » par John Toland, un penseur proche des francs-maçons.

Il semble bien que cette Franc maçonnerie spéculative dérive de la Franc-maçonnerie opérative sous l'influence de l'idéal Rose-Croix. La notifications de statut dès 1390 atteste de l'existence en Écosse de sociétés de bâtisseurs et de tailleurs de pierres organisés autour de code de valeurs. Ces bâtisseurs, se transmettant cet art, étaient exonérés de toutes charges, d'où le terme Free Mason (littéralement franc-maçon, franc signifiant libre en vieux français). Ils constituaient ainsi des sociétés de travailleurs totalement indépendantes : c'était la Franc-maçonnerie opérative.

Dès 1638, les relations entre francs-maçons et Rosicruciens étaient évoquées dans The Muses, un poème d'Adamson. En 1676, le Poor Robin's Intelligence publia une notice indiquant que « l'Ancienne Fraternité de la Rose-Croix, les Adeptes de l'Hermétisme et de la Compagnie des Maçons Acceptés, ont décidé de dîner ensemble ». Ce lien sera encore souligné dans un article du Daily Journal de1730 qui indique :

Il existe une Société à l'étranger, de laquelle les Francs-Maçons anglais […] ont copié quelques cérémonies, et s'efforcent de persuader le monde qu'ils en sont issus et lui sont identiques. On les appelle Rosicruciens.  

Les dérives alchimiques de la Rose-Croix et les rites égyptiens

Vers 1757, Hermann Fictuld crée un rite maçonnique à tendance alchimique, composé d'un ensemble de grades rosicruciens : la Fraternité des Rose-Croix d'Or. C'est aussi la même année qu'apparait le grade de « Chevalier Rose-Croix » chez les Francs-maçons.

De cette fraternité sortira la loge des Trois Épées, puis, en 1776, l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système.

Sans aucun rapport avec l'alchimie, en 1767, Martinés de Pasqually (1727-1774) fonda l’ordre des chevaliers maçons Elus-Cohen de l’Univers. Louis Claude de Saint-Martin (1743 -1803), son secrétaire et disciple, participa à l’organisation de cet ordre qui influença l’ordre écossais rectifié.

Disparu en 1780, l’ordre fut reconstitué en 1942 par des initiés maçons sous l’appellation d’ordre Martiniste des Elus-Cohen.

En 1778, Alexandre Cagliostro fonde en Hollande une loge d'un genre nouveau : un rite égyptien. Selon lui en effet les origines des Rose-Croix remonteraient à l’époque de l’ancienne Égypte... pourtant les plus grands égyptologues n’y ont jusqu’à ce jour trouvé aucune trace du symbole de la rose-croix, pour la bonne et simple raison qu’en ce temps là, la rose n’existait pas. Il s’agit d’une fleur hybride, venue de Chine en Europe vers les premiers siècles de l’ère chrétienne.

Les sociétés modernes du dix-neuvième siècle

Ensuite, à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle vont se créer à nouveau plusieurs sociétés rosicruciennes sans aucun rapport avec celles du 18ème siècle.

C'est ainsi que voient le jour :

La Societas Rosicruciana in Anglia (S.R.I.A) : Fondée en 1866 par Robert Wentworth Little (1840-1878), un Franc-maçon trésorier de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

L’Hermetic Order of the Golden Dawn, appelé aussi Golden Dawn :
Ordre maçonnique rosicrucien fondé vers 1887 à Londres et à Auteuil par William Wynn Westcott (1848-1925), Samuel Liddell Mathers (1854-1918) et R. William Woodman, membres de la S.R.I.A. Mathers (le beau-frère du philosophe Henry Bergson) en devient le dirigeant. Les rituels empruntent beaucoup à la magie et aux kabbalistes chrétiens. En sortira Aleister Crowley, le mage noir qui fondera l’Astrum Argentinum.


L'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix : Fondé par Stanislas de Guaïta (1861-1897) en 1888, lui-même inspiré d'Eliphas Levi. Erik Satie et Claude Debussy en firent partie.

L'ordres Martiniste : Le martinisme, héritier de la pensée de Louis Claude de St-Martin, a été fondé en en 1891 par Augustin Chaboseau et le docteur Papus Gérard Encausse, (1865 -1916), ancien membre de la Société théosophique, il fut aussi partie de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. L'Ordre Martiniste exerce aujourd'hui ses activités sous l'égide de l'A.M.O.R.C.

L’Ordre de la Rose-Croix, du temple et du Graal (appelé aussi Rose-Croix esthétique) : Fondé en 1891 par Joséphin Péladan (1858-1918), dissident de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.

L'Association rosicrucienne (1907), fondation de Max Heindel aux États-Unis qui a son siège à Oceanside en Californie. Max Heindel (1865-1919) adhéra tout d'abord à la Société Théososophique. En 1907, il rencontra à Berlin un frère majeur de l'ordre de la Rose-Croix. De retour en Amérique, Heindel fonda alors son propre groupe qui porta le nom d'Association rosicrucienne d'Oceanside et, en 1920, un temple rosicrucien fut construit.

La « fraternité des polaires » : Fondée sur une méthode oraculaire enseignée par Zam Bathiva, se prétend une résurrection de la « vraie Rose-Croix »; et l’École internationale de la Rose-Croix.

Lectorium Rosicrucianum : Fondée dans les années 1920 aux Pays-Bas, elle se définit comme « fraternité gnostique », s’inspirant à la fois des cathares, du Graal, de la Rose-Croix et de la franc-maçonnerie. Elle reprend aussi l'ancien nom d' « ordre des Rose-Croix d'Or ».

L'Ancien et Mystique Ordre Rose-Croix (A.M.O.R.C.) : Fondée en 1909 par Harvey Spencer Lewis (né en 1889). C'est l'organisation rosicrucienne la plus connue et quantitativement la plus importante et elle recourt fréquemment à un vocabulaire maçonnique. Il s'agit de conférer à la jeune organisation la patine ancestrale de la maçonnerie et le même sérieux initiatique. Sa littérature n’est qu’une compilation des différents ésotérismes en vogue à l’époque, la plupart venant de la Théosophie, justement en plein essor à cette époque. (Par exemple, il y a reprise de la doctrine typiquement théosophique des races inférieures et supérieures). Spencer Lewis monta de toute pièce un canular invraisemblable auquel croient aveuglément les rosicruciens : Il prétend avoir été chargé de mission par la « grande loge blanche » pour « restaurer » et installer l’ordre rosicrucien aux États Unis. L’ordre rosicrucien qu’il a fondé ne serait pas la première manifestation de l’ordre : Celui-ci apparaîtrait cycliquement sur terre et ses périodes de fonctionnement alterneraient avec des périodes de mise en veilleuse.


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