Qui était Euclide ?

Euclide
Le plus ancien écrit connu faisant référence à la vie d’Euclide se trouve dans un résumé sur l’histoire de la géométrie écrit au Vème siècle par Proclus de Lycie (Byzance, Constantinople, Turquie entre le 07/02/412 et le 08/02/412 – Athènes, Grèce, 17/04/485), connu aussi sous son nom grec de « Proclos », philosophe néoplatonicien. Il a écrit « en rassemblant ses Éléments, Euclide en a coordonné beaucoup et a évoqué dans d’irréfutables démonstrations ceux que ses prédécesseurs avaient montrés d’une manière relâchée. Cet homme a d’ailleurs vécu sous le premier Ptolémée, car Archimède mentionne Euclide. Euclide est donc plus récent que les disciples de Platon, mais plus ancien qu’Archimède et Ératosthène ». Donc on peut en déduire qu’Euclide aurait vécu vers 300 avant J-C.

Il est à noter que nous n’avons pas retrouvé les écrits où Archimède mentionne Euclide. Archimède fait appel à des résultats des « éléments », il traite aussi de figures étudiées dans les « éléments » mais sans reproduire les énoncés euclidiens. Ce qui a fait envisager qu’Archimède se serait basé sur des sources antérieures à Euclide.



Pappos d’Alexandrie, un des plus importants mathématiciens de la Grèce antique, né en Égypte et ayant vécu au IVème siècle après J-C (dont très peu de choses sont connues de sa vie comme Euclide), connu pour son ouvrage le « Synagogé » (dont seuls 8 volumes nous sont parvenus), a émis l’hypothèse que les élèves d’Euclide auraient enseigné à Alexandrie.

C’est sur ce renseignement que certains auteurs auraient pensé qu’Euclide était rattaché au Mouseîon d’Alexandrie (construit en 290 avant J-C selon le modèle de l’académie platonicienne et du lycée aristotélicien). Mais nous n’avons retrouvé aucun document pouvant l’attester.

Au moyen-âge et à la renaissance, les éditeurs et traducteurs des « éléments » ont souvent confondu Euclide avec Euclide de Mégare (Mégare, Grèce, vers 450 avant J-C – 366 avant JC), philosophe de l’école socratique qui aurait été présent lors de la mort de Socrate et qui a été transcripteur d’un dialogue initialement rapporté par Socrate.

Pour faire simple, nous ne disposons (pour l’instant) d’aucune source contemporaine de l’existence d’Euclide. Sur cette absence de preuves, certains auteurs sont allés jusqu’à émettre l’hypothèse qu’Euclide aurait été un personnage fictif servant à désigner une école de mathématique (mais cette hypothèse n’est retenue par personne à part leurs auteurs).

 

L’œuvre d’Euclide

Proclos, dans son résumé de l’histoire de la géométrie (qui en passant a été écrite par son élève Eudème de Rhodes), considère que c’est Hippocrate de Chios (Chios, Grèce, vers le Vème siècle avant J-C, donc deux siècles avant Euclide) qui a le premier écrit des éléments de géométrie (mais nous n’avons pas encore découvert ces fameux écrits).

Si Euclide n’est pas l’inventeur ou bien le créateur de la géométrie, il a su éclaircir les définitions, définir des notions, établir des postulats. Euclide a été le théoricien génial de la géométrie, au point qu’il a été cité par de nombreux auteurs par la suite et que son œuvre a été maintes fois copiée, recopiée, traduite, etc.

Jusqu’au XIXème siècle, il a été considéré que c’était l’édition des « éléments » copiée en 364 en grec par Théon d’Alexandrie (Alexandrie, Égypte, vers 335 – Alexandrie, Égypte, vers 405) qui faisait référence, que l’on retrouvait dans son intégralité dans le Codex Bodleianus  daté du IXème siècle et dont on avait retrouvé une version en arabe.

En 1808, lors des campagnes napoléoniennes en Italie (et accessoirement du pillage de la bibliothèque du Vatican), François Peyrard (Saint-Victor-Malescours, Velay, France, 20/10/1759 – Paris, France, 03/10/1822) réussit à identifier dans un manuscrit en grec du Xème siècle une version antérieure à celle de Théon d’Alexandrie.

Les premières version imprimées

La première version imprimée des « éléments » (Elementa geometricae) l’a été en 1482 à Venise. C’était une version en latin issue d’une traduction de Campanus de Novare (Novare, Italie, vers 1210/1220 – Viterbe, Italie, 13/09/1296) d’après des versions en arabe du texte grec qui avaient déjà été traduits par Adélard de Bath (Bath, Somerset, Royaume Uni, vers 1080 – Bath, Somerset, Royaume Uni, vers 1152) et dont Campanus s’est inspiré.

Il est intéressant de noter que l’édition des « éléments » a pendant longtemps été le deuxième ouvrage le plus édité après la bible.

La version qui fait autorité de nos jours provient de Johan Ludvig Heiberg (Aalborg, Danemark, 27/11/1854 – Copenhague, Danemark, 04/01/1928) un philologue et historien des mathématiques danois. Pour faire sa traduction en allemand, il a intégré toutes les connaissances tirées de plusieurs manuscrits afin de se rapprocher au plus près de l’original que l’on prête à Euclide.

Donc l’œuvre d’Euclide (IIIème siècle avant J-C), vraisemblablement écrite en grec, a été recopiée de nombreuses fois, pour finalement être traduite en arabe, pour ensuite être traduite de nouveau en grec, puis en latin, pour finalement arriver à une version en allemand qui fait autorité…

Le cas de l’œuvre d’Euclide n’est pas un cas isolé, toutes les œuvres des grands philosophes, mathématiciens, penseurs, etc. antiques ont subies le même sort.

Il n’y a que des cas exceptionnels où nous possédons une copie très ancienne, en tout cas ayant été faite peu de temps après la disparition de son auteur. Dans la majorité des cas, il ne s’agit que de copie de copie et il faut espérer que les scribes aient été fidèles dans leurs différentes recopies, qu’ils n’aient pas rajouté de commentaires afin d’approfondir un raisonnement qui leur semblait obscur, ou bien dans une volonté d’apporter un nouvel éclaircissement ou des explications, ou bien qu’ils aient rajouté dans le texte un commentaire d’un auteur de leur temps qui faisait référence. A ce problème de recopie(s), il faut aussi prendre en considération celui de la traduction d’une langue à une autre où nous savons tous qu’un mot dans une langue n’a pas forcément la même exacte signification dans une autre langue.

Connaissons-nous vraiment les antiques ouvrages en tout cas dans leur version initiale ? En tout cas, méfiez vous des personnes qui vous déclareront qu’elles ont lu un auteur antique dans sa version originale, dans ce cas demandez-leur si c’était en allemand, en latin, en arabe, en grec ou en javanais.



Auteur : Frédéric de Villard – Aubaud

Frédéric de Villard–Aubaud

Historien-Ecrivain
Frédéric de Villard – Aubaud est un historien de formation, docteur en histoire et archéologie égyptienne et biblique, ancien maître de conférence, ancien professeur des universités, Docteur DA en musicologie, qui a déjà écrit plusieurs livres disponibles sur Amazon et dans d'autres librairies. Voir la page de son éditeur : la pierre philosophale
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